La Russie en défaut sur sa dette étrangère selon les USA
par Karin Strohecker, Andrea Shalal et Emily Chan
LONDRES (Reuters) – La Russie est en défaut sur sa dette étrangère pour la première fois depuis plus d’un siècle, a annoncé la Maison blanche, une nouvelle conséquence des sanctions prises contre Moscou après l’invasion de l’Ukraine, qui ont fermé à l’Etat russe la plupart de ses accès au système financier international.
Le Kremlin, qui a les moyens d’honorer ses obligations grâce aux recettes pétrolières et gazières, a toutefois rejeté les déclarations américaines en accusant l’Occident d’organiser un défaut artificiel.
Plusieurs détenteurs d’obligations avaient auparavant déclaré ne pas avoir reçu les intérêts dus lundi à l’expiration du délai de grâce d’un mois prévu après l’échéance contractuelle.
« Les informations de ce matin sur la situation de défaut de la Russie pour la première fois depuis plus d’un siècle ne font qu’illustrer la force des mesures qu’ont prises les Etats-Unis avec leurs alliés et partenaires, mais aussi l’ampleur de l’impact sur l’économie russe », a déclaré un responsable américain en marge du sommet du G7 en Allemagne.
Depuis l’invasion de l’Ukraine le 24 février dernier, la Russie peine à honorer ses obligations sur les quelque 40 milliards de dollars (37,8 milliards d’euros) de dettes en devises étrangères actuellement en circulation.
Le Kremlin a déclaré à plusieurs reprises qu’il n’y avait aucune raison pour que la Russie fasse défaut mais qu’elle était incapable de verser des fonds aux détenteurs d’obligations en raison des sanctions.
Un défaut de paiement serait surtout symbolique, car la Russie ne peut de toute façon pas emprunter à l’étranger pour le moment et qu’elle n’en a pas besoin, mais il risquerait d’augmenter ses coûts d’emprunt à l’avenir.
Les paiements concernés portent sur 100 millions de dollars d’intérêts sur deux obligations, l’une libellée en dollars américains et l’autre en euros, que la Russie devait régler le 27 mai. Les paiements bénéficient d’un délai de grâce de 30 jours, qui a expiré dimanche.
Le ministère russe des Finances a déclaré avoir effectué les paiements en euros et en dollars à l’agence de paiement National Settlement Depository (NSD), ajoutant qu’il avait ainsi respecté ses obligations.
Lors d’un point de presse téléphonique, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que les paiements étaient bloqués par la chambre de compensation européenne Euroclear en raison des sanctions occidentales, ajoutant que « ce n’est pas notre problème ».
Euroclear n’a pas répondu dans l’immédiat à une demande de commentaire.
Certains détenteurs taïwanais des obligations concernées n’avaient pas reçu de paiement lundi, ont déclaré des sources à Reuters.
Pour de nombreux détenteurs d’obligations, la non-réception du paiement d’un coupon dans les délais constitue un défaut de paiement. Aucune date limite exacte n’étant spécifiée dans le prospectus, les avocats affirment que la Russie pourrait toutefois disposer d’un jour ouvrable supplémentaire pour payer les détenteurs d’obligations.
(Reportage Karin Strohecker, avec la contribution de Emily Chan et Sujata Rao; version française Dagmarah Mackos et Marc Angrand, édité par Kate Entringer)
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