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Face aux « menaces », la France crée un service militaire volontaire

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PARIS (Reuters) – Emmanuel Macron a annoncé jeudi la transformation du Service national universel (SNU), un dispositif décrié, en service militaire volontaire à l’heure où l’Union européenne est contrainte à un aggiornamento sécuritaire face à la « menace » russe et au retrait progressif des Etats-Unis.

La France épouse ainsi un mouvement à l’oeuvre dans plusieurs pays européens qui ont adapté ou réactivé la conscription militaire ou l’enrôlement volontaire à l’aune de ces nouveaux enjeux géostratégiques – singulièrement du conflit russo-ukrainien en cours depuis février 2022.

Le président Jacques Chirac avait décidé en 1996 la suspension de la conscription en France, effective depuis 1997.

Un service national universel civil a été créé en 2019 pour les jeunes de 15 à 17 ans, avec un « séjour de cohésion » et deux semaines de mission d’intérêt général, mais le « SNU » n’a jamais suscité l’engouement.

Dans un discours prononcé à l’occasion d’une visite à la 27e brigade d’infanterie de montagne de Varces (Isère), Emmanuel Macron a pourtant insisté sur la « soif d’engagement » des jeunes, et la nécessité de leur fournir un terrain d’expression.

« Notre jeunesse aspire à la liberté et a soif d’engagement. Il existe une génération prête à se lever pour la patrie (…) Offrons à notre jeunesse un idéal en même temps que cette liberté de servir notre pays », a déclaré le chef de l’Etat.

« Notre nation sera forte si notre jeunesse est unie autour de nos valeurs. »

Cet engagement voulu par le président de la République pourra donc s’exprimer à compter de l’été 2026 dans le cadre du nouveau service national, qui concernera essentiellement les jeunes âgés de 18 à 19 ans sur une base purement volontaire.

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« Trois mille jeunes seront choisis à l’été 2026 », à partir de candidatures déposées en début d’année, a déclaré Emmanuel Macron, qui a avancé un objectif de 10.000 jeunes incorporés par an à partir de 2030 et de 50.000 à partir de 2035.

Il s’agira d’un service militaire d’une durée de dix mois, pendant lesquels les jeunes seront intégrés aux forces armées, avec un uniforme et une arme, a précisé le chef de l’Etat. Ils toucheront une solde dont il n’a pas précisé le montant.

Le coût de ce nouveau service national sera financé « par l’actualisation de la loi de programmation militaire 2026-2030, qui prévoit un budget supplémentaire de plus de 2 milliards d’euros », a-t-il indiqué.

Lors de son traditionnel discours aux Armées, le 13 juillet dernier, le président, chef des armées, avait mis en exergue « un moment de bascules », citant notamment « la permanence d’une menace russe aux frontières de l’Europe » et « l’hybridité croissante des conflits ».

Emmanuel Macron a repris cette thématique à Varces, mais après la polémique suscitée par les récents propos du chef d’état-major des armées françaises, le général Fabien Mandon, s’inquiétant du fait que le pays ne serait « pas prêt à accepter de perdre ses enfants », il a insisté sur le fait que les jeunes qui feront leur service militaire n’auront pas vocation à être déployés sur un théâtre de guerre étranger.

« Nos jeunes, je le dis avec clarté, serviront sur le territoire national et uniquement sur le territoire national, c’est-à-dire en métropole et dans nos outre-mer. Le service national, c’est le territoire national », a-t-il martelé.

« LA PEUR N’ÉVITE JAMAIS LE DANGER »

Selon une étude de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM) publiée en avril 2024 sous la direction de la sociologue Anne Muxel dont l’Elysée a pris connaissance, quatre jeunes sur dix âgés de 18 à 25 ans, soit une proportion relativement constante depuis une bonne vingtaine d’années, se disent prêts à s’engager.

« Certains événements majeurs, notamment en 2015 après la série d’attentats touchant le pays, ont même déclenché un surcroît d’adhésion à ce type d’engagement. Ces dispositions favorables ne se traduisent pas automatiquement par des passages à l’acte concrets, loin de là, mais elles confirment la bonne image des armées », relève la directrice déléguée du Cevipof.

« Confrontés à la perspective d’éventuels conflits majeurs sur le sol français, leurs capacités de résilience [des jeunes, NDLR] sont perceptibles dans leurs réponses. Une large majorité d’entre eux se sent concernée et dit pouvoir se battre. »

Cette perspective fait bondir dans les rangs de La France insoumise (LFI), qui refuse, par la voix de son chef de file Jean-Luc Mélenchon, de « prévoir des sacrifices qui seraient la conséquence de nos échecs diplomatiques. » L’ancien sénateur plaidait toutefois lors de la campagne présidentielle de 2022 pour une conscription obligatoire de neuf mois.

« Dans ce monde incertain où la force prime sur le droit, où la guerre se conjugue au présent, notre nation n’a droit ni à la peur, ni à la panique, ni à l’impréparation, ni à la division », lui a indirectement répondu Emmanuel Macron en conclusion de son discours à Varces.

« La peur n’évite jamais le danger. La seule façon de l’éviter, c’est de s’y préparer », a-t-il insisté.

Les autres partis d’opposition ont plutôt bien accueilli la création du service militaire volontaire, le Parti socialiste disant y voir « un élément de la dissuasion », tandis que les Républicains et le Rassemblement national ont salué l’initiative présidentielle.

(Rédigé par Sophie Louet, Elizabeth Pineau et Tangi Salaün, édité par Blandine Hénault)

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