Des soldats européens, dont français, au Groenland, Trump campe sur ses positions
par Jacob Gronholt-Pedersen
NUUK, Groenland, 15 janvier (Reuters) – Des soldats français et allemands se sont rendus au Groenland jeudi dans le cadre d’exercices décidés par le Danemark et ses alliés visant à rassurer Donald Trump sur la sécurité des Etats-Unis, alors que le président américain continue de faire pression pour acquérir l’île de l’Arctique.
Le chef de la Maison blanche a répété mercredi que les Etats-Unis avaient besoin de prendre possession du Groenland, disant ne pas pouvoir compter sur le Danemark pour protéger l’île, après une réunion entre représentants de haut rang américains, danois et groenlandais lors de laquelle des « divergences fondamentales » ont été constatées.
« L’ambition américaine de prendre le contrôle du Groenland est intacte (…). C’est sérieux, et nous poursuivons en conséquence nos efforts pour empêcher que ce scénario ne devienne réalité », souligne jeudi la Première ministre danoise Mette Frederiksen dans un commentaire écrit à Reuters.
De nombreux dirigeants ont prévenu qu’une prise de contrôle du Groenland par l’armée américaine pourrait signifier la fin de l’Otan.
Avant la réunion de mercredi, le Groenland et le Danemark ont dit avoir commencé à augmenter leur présence militaire sur et autour de l’île, en étroite coopération avec des membres de l’alliance transatlantique, pour tenir leur promesse de renforcer la défense de l’Arctique.
Les alliés européens du Danemark, dont l’Allemagne, la France, la Suède et la Norvège, ont annoncé l’envoi de personnels militaires au Groenland pour commencer à préparer des exercices de plus grande envergure prévus dans le courant de l’année.
CHASSEURS ALPINS
« Les forces armées danoises, en collaboration avec un certain nombre d’alliés arctiques et européens, étudieront dans les semaines à venir la façon dont une présence accrue et des exercices dans l’Arctique peuvent être mis en œuvre en pratique », a déclaré le ministère danois de la Défense.
Les Etats-Unis comptent actuellement quelque 200 militaires sur l’île, dont la population est d’environ 57.000 habitants.
L’ampleur du renforcement militaire n’a pas été rendue publique jusqu’à présent, mais les premiers déploiements semblent modestes. Les forces armées allemandes ont ainsi déployé une équipe de reconnaissance de 13 personnes à Nuuk jeudi matin, a indiqué le ministère allemand de la Défense.
Mercredi en fin de journée, un avion de l’armée de l’air danoise a atterri à l’aéroport de Nuuk et du personnel en treillis militaire a débarqué pour les exercices.
Emmanuel Macron a pour sa part décidé, à la demande du Danemark, que la France participerait aux exercices conjoints organisés au Groenland dans le cadre d’une opération nommée « Endurance Arctique ».
Jeudi, lors de ses voeux aux armées, le chef de l’Etat français a annoncé que le groupe d’une quinzaine de chasseurs alpins attendu sur place serait renforcé « dans les prochains jours par des moyens terrestres, aériens et maritimes ».
Marc Jacobsen, professeur associé au Collège royal de défense du Danemark, estime que l’augmentation des effectifs militaires européens au Groenland constitue un signal à l’intention de l’administration américaine.
« Il y a deux messages (…). L’un est dissuasif, il s’agit de montrer que ‘si vous décidez d’agir militairement, nous sommes prêts à défendre le Groenland' », a-t-il déclaré à Reuters.
« L’autre message consiste à dire : ‘Nous prenons vos critiques au sérieux, nous renforçons notre présence, nous veillons à notre souveraineté et nous améliorons la surveillance du Groenland’. »
LA POLOGNE N’ENVOIE PAS DE MILITAIRES
Donald Trump clame depuis des semaines sa volonté de prendre le contrôle du Groenland, à la localisation stratégique et riche en minerais, faisant valoir que les États-Unis devraient posséder l’île pour empêcher la Russie ou la Chine de l’occuper.
Le président américain a également déclaré que toutes les options étaient sur la table pour sécuriser ce territoire autonome du Royaume du Danemark, sans exclure une intervention militaire.
Le Groenland et le Danemark affirment pour leur part que le territoire n’est pas à vendre et que les menaces de recours à la force sont irresponsables, appelant à résoudre entre alliés les préoccupations en matière de sécurité.
Après leurs entretiens de mercredi à la Maison Blanche avec le secrétaire d’État Marco Rubio et le vice-président JD Vance, le ministre danois des Affaires étrangères Lars Lokke Rasmussen et son homologue groenlandais Vivian Motzfeldt ont déclaré que les États-Unis et le Danemark formeraient un groupe de travail pour discuter d’un large éventail de préoccupations concernant l’île.
L’Otan ne permettra ni à la Russie ni à la Chine d’utiliser la région arctique à des fins militaires, a déclaré jeudi le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius.
La Pologne n’enverra pas de soldats au Groenland, a pour sa part indiqué le Premier ministre Donald Tusk, ajoutant qu’une attaque d’un pays de l’Otan sur le territoire d’un autre membre de l’alliance transatlantique serait « un désastre politique » et « la fin du monde tel que nous le connaissons ».
« L’heure n’est pas aux discussions internes. L’heure est à l’unité, au calme et à la responsabilité », a déclaré jeudi le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen sur Facebook.
(Reportage de Jacob Gronholt-Pedersen à Nuuk et Terje Solsvik à Oslo, avec John Irish à Paris, Tom Little à Copenhague, Gwladys Fouche à Oslo, Barbara Erling, Pawel Florkiewicz et Anna Wlodarczak-Semczuk à Varsovie et Linda Pasquini, version française Benjamin Mallet, édité par Sophie Louet et Kate Entringer)
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