COP26: Londres promet la fin de l’ère du charbon alors que les émissions de CO2 explosent
par Kate Abnett et Elizabeth Piper
GLASGOW (Reuters) – La Grande-Bretagne, hôte de la conférence des Nations unies sur le climat (COP26), a annoncé jeudi que 77 pays s’étaient engagés à renoncer progressivement au charbon, la plus polluante des énergies fossiles qui alimentent le changement climatique.
Cette promesse, dont le respect et le rythme demeurent incertains, a été faite alors que selon une nouvelle étude, les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement de la planète sont déjà presque revenues à leur niveau d’avant la pandémie de COVID-19.
« Nous nous attendions à un rebond » après le coup d’arrêt porté à l’économie mondiale par la pandémie, a déclaré l’auteur de l’étude, Pierre Friedlingstein, chercheur en modélisation climatique à l’université anglaise d’Exeter. « Mais nous avons été surpris par l’intensité et la rapidité du rebond. »
Face à cette démonstration que les engagements des Etats à réduire leurs émissions de CO2 ne sont pas tenus, le président de la COP26, Alok Sharma, a annoncé que 77 pays avaient promis de fermer progressivement leurs centrales à charbon – qui produisent plus de 35% de l’électricité mondiale – et à ne pas en construire de nouvelles.
« Aujourd’hui, je pense que l’on peut dire que la fin de l’ère du charbon est en vue », a-t-il déclaré, en se félicitant des progrès accomplis depuis 2019.
« Qui aurait pensé, à l’époque, que nous pourrions couper le robinet des financements internationaux du charbon ou que nous tournerions le dos aux centrales à charbon? »
Plébiscitée par les pays riches qui ont déjà renoncé à cette source d’énergie, cette promesse pourrait cependant se heurter aux réticences des pays en développement qui, en dépit de ses inconvénients, continuent à voir dans le charbon une énergie peu coûteuse et accessible.
La demande de charbon devrait ainsi atteindre un niveau record cette année, particulièrement en Asie où plus de 90% des 196 centrales électriques au charbon en cours de construction sont localisées.
LOIN DE L’OBJECTIF
La poursuite du recours massif aux énergies fossiles les plus polluantes continue de compromettre tous les efforts de limitation du réchauffement de la planète, même quand l’économie mondiale connaît un coup d’arrêt comme celui de la pandémie de COVID-19.
En 2020, sous l’effet des confinements dans de nombreux pays, les émissions de dioxyde de carbone ont enregistré une baisse record de 1,9 milliard de tonnes (-5,4%). Un répit de courte durée puisque selon l’étude, elles devraient augmenter de 4,9% cette année à la faveur de la reprise économique.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime malgré tout possible de limiter le réchauffement de la planète à 1,8 degré Celsius par rapport à la période pré-industrielle si tous les pays respectent les engagements qu’ils ont pris.
Cela se rapprocherait de l’objectif de 1,5°C considéré par les experts des Nations unies comme la limite à ne pas dépasser pour éviter les effets les plus dévastateurs et potentiellement irréversibles du changement climatique, comme les ouragans, les vagues de chaleur, les sécheresses et les inondations qui ont déjà commencé à sévir.
Mais faut-il encore pour cela que toutes les promesses faites en vue de la COP26, et depuis son ouverture lundi à Glasgow, soient respectées. En particulier celle formulée par de nombreux pays – mais pas les plus gros pollueurs comme la Chine et la Russie – de parvenir au « zéro émission nette » d’ici 2050.
Pour y parvenir, l’AIE considère qu’aucun nouveau projet d’exploitation d’énergies fossiles ne doit être approuvé après 2021 – un objectif bien trop ambitieux pour que l’accord sur le charbon présenté jeudi par Alok Sharma suffise.
L’INDONÉSIE ENTEND POURSUIVRE LA DÉFORESTATION
Le gouvernement britannique espère que 190 pays finiront par signer cet engagement non contraignant, qui prévoit que les pays riches renoncent au charbon pendant la décennie 2030 et les pays pauvres pendant la décennie suivante.
Mais outre un rythme trop lent, rien n’indique pour le moment que des pays comme la Chine, l’Inde, l’Indonésie ou la Turquie, qui prévoient de construire nombre de nouvelles centrales à charbon dans les prochaines années, adhéreront à cet objectif.
Pékin s’est certes engagé le mois dernier à ne plus financer de centrales électriques au charbon hors de ses frontières, mais n’a rien dit de celles qui sont sur son territoire, soit près de la moitié des 2.600 centrales au charbon en service ou en cours de construction dans le monde.
Les effets d’annonce les plus séduisants ne sont de plus pas toujours suivis d’effet, comme l’illustre l’un des engagements les plus spectaculaires de la COP26 jusqu’à présent, celui pris lundi par une centaine de pays de mettre fin à la déforestation et à la dégradation des sols d’ici la fin de la décennie.
Cette promesse, applaudie par les défenseurs de l’environnement, s’est heurtée au mur de la réalité jeudi lorsque l’Indonésie, qui abrite une des plus grandes forêts tropicales du monde, a expliqué qu’elle était en contradiction avec ses projets de développement économique.
« Contraindre l’Indonésie au ‘zéro déforestation’ en 2030 serait clairement inapproprié et injuste », a réagi sur Twitter la ministre de l’Environnement, Siti Nurbaya Bakar, alors que son pays a brûlé en 2019 l’équivalent de la moitié de la surface de la Belgique pour produire de l’huile de palme.
(Reportage de Kate Abnett, Katy Daigle, William James, Elizabeth Piper, Andrea Januta, Noah Browning, Fathin Ungku et Stanley Widianto ; écrit par Kevin Liffey ; version française Tangi Salaün, édité par Sophie Louet)
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