Analyse: Derrière la volatilité du secteur du luxe, des fonds spéculatifs et des craintes sur l’IA
par Helen Reid et Nell Mackenzie
PARIS/LONDRES, 17 février (Reuters) – Les groupes de luxe tels que LVMH et Kering, qui peinent à se remettre d’un ralentissement de deux ans dans le secteur, sont confrontés à des fluctuations de plus en plus prononcées de leurs cours de Bourse, alimentées par les paris des fonds spéculatifs et la nervosité des investisseurs face aux risques perturbateurs de l’IA.
L’action LVMH, premier groupe de luxe mondial avec une capitalisation boursière de 260 milliards d’euros, a enregistré fin janvier sa plus forte baisse journalière depuis 2020, son président-directeur général, Bernard Arnault, ayant adopté un ton prudent pour l’année à venir, anéantissant les espoirs d’une reprise rapide.
La publication des précédents résultats du géant français du luxe, en octobre 2025, avait en revanche fait grimper l’action de 12%, soit la meilleure séance depuis plus de deux décennies.
À DÉCOUVERT SUR LE LUXE
Les valeurs du luxe et le secteur de la consommation discrétionnaire au sens large figuraient parmi les plus vendues à découvert au cours cette saison des résultats, selon Hazeltree, fournisseur de données pour les fonds spéculatifs.
Un grand nombre de positions dites « courtes » – où les investisseurs parient sur la baisse du cours d’une action – peut entraîner d’importantes fluctuations de prix, des résultats meilleurs que prévu incitant les vendeurs à découvert à se retirer précipitamment.
L’action Kering a bondi de 11% la semaine dernière après que la maison-mère de Gucci a annoncé une baisse de son chiffre d’affaires légèrement inférieur aux prévisions au quatrième trimestre, et que le directeur général, Luca de Meo, a évoqué des signes d’une reprise « précoce et fragile ».
« Deux facteurs expliquent la volatilité des actions du secteur du luxe », explique Michael Oliver Weinberg, investisseur dans un fonds spéculatif et conseiller spécial du fonds de dotation de l’Université des sciences de Tokyo.
« Premièrement, l’indexation a immobilisé des capitaux dans des positions passives d »acheter et de conserver' », dit-il, faisant référence à la manière dont de grandes quantités d’actions sont bloquées dans des fonds indiciels, ce qui laisse moins de capitaux disponibles pour les fonds actifs, déclenchant des mouvements plus marqués.
« Deuxièmement, le marché est désormais dominé par des fonds spéculatifs multi-gestionnaires qui spéculent spécifiquement sur des actualités et des données lorsqu’ils disposent d’un avantage en matière de recherche ou d’information ».
RISQUE DE BULLE LIÉE À L’IA POUR LES ACTIONS DE LUXE
L’influence croissante des fonds spéculatifs a accru la volatilité des marchés d’actions européens ces dernières années.
La dépendance du secteur du luxe à l’égard des dépenses des plus riches l’expose également davantage que la plupart des autres secteurs à la Bourse de New York, qui, après un essor fulgurant, connaît des fluctuations de plus en plus importantes, alimentées par les tendances liées à l’IA.
Le directeur général de Kering, Luca de Meo, a déclaré que les Bourses étaient un baromètre des dépenses de luxe aux Etats-Unis et a souligné qu’une correction du marché de l’IA constituait un risque pour les acteurs européens du secteur.
« Beaucoup d’Americains ont beaucoup d’épargne à la Bourse, donc si le marché boursier se porte relativement bien, la consommation va continuer de pousser la croissance. S’il y a un crash, une bulle IA, etc, là on reparle. Mais pour l’instant, ça s’annonce bien », a déclaré Luca de Meo aux journalistes mardi dernier après la publication des résultats.
Tandis que les fonds spéculatifs profitent des fluctuations du marché, les investisseurs à long terme dans les entreprises du luxe doivent se montrer très prudents.
« Sur ces marchés aux niveaux records, très concentrés et aux valorisations élevées, il est clair que les gens sont extrêmement nerveux et que tout le monde a envie de vendre », souligne Christopher Rossbach, associé gérant de J. Stern & Co à Londres, qui détient des actions LVMH.
« Il faut examiner les fondamentaux de l’entreprise et faire abstraction du bruit ambiant, car d’importants problèmes cycliques ont touché les entreprises du luxe, mais elles sont en train de les surmonter », ajoute-t-il.
(Reportage Helen Reid à Paris et de Nell Mackenzie à Londres ; avec la contribution de Tassilo Hummel ; version française Diana Mandiá, édité par Blandine Hénault)
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