Zone euro-L’inflation pourrait rester élevée même en cas d’accord de paix au M.-O., dit Lane
FRANCFORT, 23 juin (Reuters) – L’inflation dans la zone euro pourrait rester supérieure à l’objectif de 2% fixé par la Banque centrale européenne (BCE) jusqu’en 2027, et ce même si la paix au Moyen-Orient se maintenait, a déclaré mardi Philip Lane, économiste en chef de la BCE.
La Banque centrale européenne (BCE) a relevé ses taux d’intérêt début juin afin d’empêcher que la hausse des prix de l’énergie ne fasse grimper les anticipations d’inflation à long terme, et les marchés financiers s’attendent à au moins un nouveau relèvement d’ici la fin de l’année, même si les prix de l’énergie sont retombés bien en-deçà de leurs récents sommets.
S’adressant aux eurodéputés à Bruxelles, Philip Lane a indiqué mardi que l’inflation pourrait rester bien au-dessus de l’objectif jusqu’au premier semestre 2027, après avoir dépassé les 3% en mai.
« Si les progrès récents vers un règlement du conflit au Moyen-Orient sont les bienvenus, l’incertitude reste élevée et des risques persistent quant au fait que l’inflation reste supérieure à notre objectif à moyen terme de 2% pendant un certain temps », a déclaré Philip Lane.
La situation ne nécessite pour autant qu’une réponse modérée en matière de politique monétaire, d’après Philip Lane.
« Nous adoptons une approche mesurée », a-t-il déclaré devant la commission des Affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen.
« Il ne s’agit pas d’une réponse massive ou gigantesque. C’est une réponse calibrée en fonction de ce que nous observons », a-t-il ajouté.
Les graphiques publiés parallèlement au discours de Philip Lane ont toutefois montré que la récente baisse des prix place désormais le pétrole plus fermement entre les scénarios « de référence » et « plus modéré » de Francfort.
Si ces scénarios ne laissent pas directement présager la prochaine décision de politique monétaire, une évolution vers un scénario moins sévère réduit l’urgence pour la BCE de donner suite dès le mois prochain à la hausse des taux décidée en juin.
Les marchés n’estiment qu’à une chance sur cinq qu’une hausse ait lieu en juillet, et la prochaine décision n’est pleinement anticipée que pour décembre.
Peter Kazimir, gouverneur de la banque centrale slovaque et l’une des voix les plus restrictives (« hawkish ») au sein du Conseil des gouverneurs de la BCE, a néanmoins déclaré que Francfort n’avait pas encore achevé sa mission, car la paix ne réparera pas instantanément les dégâts causés par l’inflation.
« Je pense que la direction à suivre est claire et que nous avons encore du travail à accomplir », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse de la banque centrale slovaque.
L’un des arguments en faveur d’une action précoce est que, si l’inflation n’est pas étouffée dans l’oeuf, elle risque de déclencher une spirale salaires-prix qui s’autoalimente et qui pourrait s’avérer plus difficile à endiguer par la suite.
Philip Lane a ajouté que la forte inflation et le coût élevé de l’énergie pèseraient sur l’activité économique, mais que l’impact serait atténué avec un marché du travail solide, des investissements massifs dans l’intelligence artificielle, ainsi que des dépenses publiques consacrées à la défense et aux infrastructures.
« La croissance est inférieure à ce que nous avions espéré, mais elle est bien supérieure à celle d’une économie stagnante », a déclaré Philip Lane. « L’économie bénéficie d’une dynamique assez soutenue. »
(Rédigé par Balazs Koranyi ; version française Coralie Lamarque, édité par Augustin Turpin)
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