Zone euro: Divergence au sein de la BCE sur l’impact d’une récession
par Balazs Koranyi
FRANCFORT (Reuters) – Les responsables de la politique monétaire au sein de la Banque centrale européenne (BCE) sont de plus en plus en désaccord sur les perspectives de croissance économique en zone euro, ont rapporté des sources proches des débats de l’institution.
Selon ces sources, leur divergence pourrait structurer le débat sur la baisse des taux pendant des mois, certains redoutant une récession, tandis que d’autres souhaitent se concentrer sur les pressions inflationnistes persistantes.
La BCE a réduit en juin ses taux directeurs pour la première fois depuis le cycle du durcissement entamé en juillet 2022 et il est quasiment acquis qu’elle les assouplira à nouveau en septembre, en réponse au ralentissement de la croissance des prix.
Les décisions à plus long terme de l’institution pourraient toutefois être plus compliquées, car l’évolution de l’économie de la zone euro devient plus incertaine, montrent des entretiens avec près d’une dizaine de sources.
Le coeur du débat porte sur la manière dont la faiblesse de la croissance économique et une possible récession auront un impact sur l’inflation – l’objectif ultime de la banque centrale – alors qu’elle tente de ramener la hausse des prix à 2% en moyenne d’ici fin 2025.
Même si une grande partie des discussions au sein de la BCE a un caractère privé, des entretiens avec des sources ayant une connaissance directe de la situation révèlent des points de vue divergents.
Sollicité, un porte-parole de la BCE s’est refusé à tout commentaire.
Les responsables de la BCE dits « colombes », dont la proportion reste minoritaire, estiment que l’économie croît à un rythme plus faible que prévu, que les risques de récession augmentent et que les entreprises ayant accumulé de la main-d’oeuvre commencent à réduire leurs effectifs, ce qui fragilise le marché de l’emploi.
Pour les colombes, une détérioration de l’emploi entraînerait également celle du revenu disponible, ce qui pèserait rapidement sur la consommation et provoquerait une récession qui se renforce d’elle-même.
« Cela affaiblirait les pressions sur les prix plus rapidement que nous ne le prévoyons actuellement, et je pense donc que le risque d’un retour à une inflation inférieure à l’objectif est réel », indique l’une des sources, qui a requis l’anonymat.
Cela donne à penser que la BCE est en retard dans sa trajectoire de baisse des taux d’intérêt et d’un atterrissage en douceur de l’économie, ce qui plaide en faveur d’une réduction plus rapide des coûts d’emprunt, selon ces sources.
L’inflation dans le bloc monétaire est tombée à 2,2% sur un an en août mais devrait repartir à la hausse vers la fin de l’année et ne revenir à 2% qu’à la fin de 2025.
RISQUE DE RÉCESSION
Les responsables de la BCE dits « faucons », qui ont dominé le débat depuis le début du cycle de hausses rapides des taux d’intérêt en 2022, soutiennent de leur côté que les chiffres de la croissance réelle sont constamment supérieures aux faibles résultats relevés dans les enquêtes de conjoncture et que l’économie résiste plutôt bien.
La consommation est robuste, la zone euro vient de bénéficier d’une superbe saison touristique et la construction rebondit enfin, ce qui soutient l’activité économique, disent-ils.
Ils soulignent par ailleurs que la croissance des salaires reste bien supérieure aux niveaux compatibles avec un objectif d’inflation à 2%, de sorte que les revenus réels se redressent rapidement et devraient continuer à protéger l’économie.
Alors que l’industrie connaît un profond ralentissement et pourrait entraîner l’Allemagne dans une récession, plusieurs des sources ont noté qu’il s’agit davantage d’un problème structurel dont la résolution pourrait prendre des années et que la politique monétaire n’a que peu d’impact dessus.
D’après les tenants de la ligne « dure » au sein de la BCE, tout cela plaide en faveur d’une baisse lente des taux directeurs, peut-être au rythme d’une réduction tous les trimestres, jusqu’à ce que la BCE soit certaine que l’inflation se dirige à nouveau vers les 2%.
Les faucons sont par ailleurs susceptibles de s’opposer à tout assouplissement de la politique monétaire qui repousserait à 2026 la date à laquelle l’objectif d’inflation serait atteint, estimant, selon les sources, que cela pourrait mettre en péril la crédibilité de la BCE.
Isabel Schnabel, membre du conseil des gouverneurs de la BCE et perçue comme favorable à une politique plus restrictive, estime que les inquiétudes liées à l’inflation devraient l’emporter sur celles liées à la croissance.
« La politique monétaire doit rester axée sur le retour rapide de l’inflation à notre objectif », a-t-elle déclaré dans un discours prononcé vendredi. « Si les risques pour la croissance ont augmenté, un atterrissage en douceur semble toujours plus probable qu’une récession », a-t-elle ajouté.
LA RÉUNION D’OCTOBRE
Il est peu probable que ce désaccord entre membres de la BCE ait un impact sur la décision de septembre, étant donné qu’il existe déjà un large consensus pour réduire les taux, ont dit les sources.
Mais il pourrait affecter la manière dont la présidente de la BCE, Christine Lagarde, communiquera la décision de septembre, modifiant ainsi les attentes pour la réunion d’octobre.
Les colombes souhaitent que Christine Lagarde souligne lors de sa conférence de presse du 12 septembre les risques sur la croissance économique et indique que des baisses de taux d’affilée ne sont pas exclues.
Les faucons craignent qu’un tel message renforce les anticipations du marché, ce qui mettrait la BCE dans l’embarras. Les investisseurs considèrent déjà qu’il y a 40% à 50% de chances qu’une réduction de taux ait lieu en octobre, et un message aussi accommodant de la part de la BCE ne ferait que renforcer ces paris.
« Je pense que les réductions (de taux) sur une base trimestrielle sont pertinentes et que les données ne permettent pas d’accélérer le rythme », a dit l’une des sources.
Si les gouverneurs de la BCE doivent se mettre d’accord sur le texte du communiqué de politique monétaire, Christine Lagarde jouit d’une certaine liberté dans la transmission du message et peut choisir de mettre l’accent sur certains points.
Les économistes semblent également avoir un avis mitigé sur les perspectives économiques, même si la plupart d’entre eux s’accordent à dire qu’elles sont loin d’être brillantes.
« Même si les Etats-Unis évitent la récession, l’Europe pourrait ne pas y parvenir », relève Thierry Wizman, stratège chez Macquarie.
Thierry Wizman fait valoir que la faible demande chinoise pour les produits européens exacerbe le ralentissement dans le bloc monétaire, tandis que le risque politique en France et en Allemagne pourrait également peser sur le moral des consommateurs.
ABN Amro, pour sa part, s’attend à une poursuite de la croissance économique, même si celle-ci devrait être faible.
« La reprise économique en zone euro peine à prendre de l’élan », écrit ABN Amro. « Le taux d’épargne élevé suggère que les consommateurs sont moins disposés à dépenser en termes de revenus réels, en particulier en France, aux Pays-Bas et en Allemagne », ajoute la banque néerlandaise.
(Reportage Balazs Koranyi; version française Claude Chendjou, édité par Blandine Hénault)
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