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Stellantis va concentrer ses investissements sur 4 marques phares-sources

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par Giulio Piovaccari, Nora Eckert et Gilles Guillaume

MILAN, 24 avril (Reuters) – Stellantis entend consacrer la majorité de ses investissements futurs à ses marques Peugeot, Fiat, Jeep et Ram dans le cadre du plan stratégique que doit présenter en mai le directeur général Antonio Filosa, ont indiqué cinq sources, qui évoquent une « hausse significative » des financements alloués à ces quatre blasons phares.

Le quatrième groupe automobile mondial en termes de ventes dévoilera le 21 mai, lors d’un événement à Détroit, sa stratégie à long terme qui entend mettre l’accent sur ses marques internationales les plus populaires et les plus rentables.

Les autres marques de Stellantis, dont Citroën, Opel et Alfa Romeo, bénéficieront de financements pour développer des modèles sur la base de ​la technologie utilisée pour les quatre marques ‌phares, ont précisé les sources.

Les marques avec les plus faibles volumes, qui bénéficiaient auparavant d’une part plus égale des investissements ​internes, deviendront des entités régionales ou nationales sur ⁠des marchés spécifiques où elles sont déjà bien implantées, ou bien où elles présentent un fort potentiel, ont ajouté les sources.

Depuis la fusion en 2021 entre ‌PSA et FCA, Stellantis dispose du plus important portefeuille ‌de l’industrie automobile, avec pas moins de 14 marques. Le groupe, qui tente de regagner des parts de marché aux Etats-Unis et en Europe, fait aussi face à la concurrence des acteurs chinois sur le continent européen et sur les marchés émergents.

Il a accusé en 2025 une perte nette de 22,3 milliards d’euros, liée à des charges exceptionnelles de 25,4 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année pour avoir notamment surestimé la vitesse ​de transition vers l’électrique.

La refonte stratégique de Stellantis est soutenue par les actionnaires principaux du groupe, dont la société d’investissement Exor, ont indiqué trois sources.

Auprès de Reuters, Stellantis a affirmé que ses marques constituaient sa force et souligné son alliance entre « envergure mondiale et ancrage local », sans commenter directement le projet de réorganisation.

NE SE PRIVER D’UN POTENTIEL

Plombée par les difficultés du groupe, la valorisation boursière de Stellantis a chuté pour s’établir à 21 milliards d’euros, soit à peine plus que la capitalisation de la start-up Rivian spécialisée dans l’électrique et moitié moins que celle de Volkswagen.

Certains analystes et investisseurs ont suggéré que Stellantis supprime certaines marques, qui ont tendance à se cannibaliser notamment en Europe, afin de réduire les coûts et d’accroître l’efficacité opérationnelle. Des noms comme ⁠Lancia, DS, Citroën ou Opel ont été évoqués.

Mais Antonio Filosa, qui a repris les rênes du groupe l’an dernier après le départ fracassant de Carlos Tavares, ne souhaite pas supprimer des marques pour lesquelles il perçoit un potentiel sur certains ⁠marchés régionaux ou nationaux importants, ont indiqué quatre sources.

« Certaines de ces marques pourraient s’avérer utiles au groupe à l’avenir, si les conditions de marché évoluent », pointe Marco Santino, associé du cabinet de conseil Oliver Wyman.

Il souligne que l’histoire de l’automobile montre qu’une fois une marque de voiture interrompue, il est « très difficile de la relancer ».

L’ancien directeur général Carlos Tavares, l’un des architectes de la création de Stellantis, a toujours refusé d’envisager publiquement l’abandon de certaines marques, voulant donner à chacune d’entre elle le temps de faire ses preuves.

Mais après son départ en décembre 2024, le président du groupe John Elkann s’est attelé à la question de savoir quel blason aurait un avenir viable.

PAS ENCORE DE « BAISSER DE RIDEAU »

Le projet d’Antonio ⁠Filosa vise à ‌concentrer les investissements sur Jeep, Ram, Peugeot et Fiat, vu le niveau élevé de volume et de marge de ces marques, a dit une des sources, ajoutant que son ⁠prédécesseur à la tête de Stellantis insistait pour un partage plus équilibré des investissements à travers tout le portefeuille.

Avec la nouvelle stratégie marques, Stellantis utilisera par exemple ​Citroën, Opel ou Alfa Romeo de ​manière plus tactique dans des pays donnés ou sur des segments de marché spécifiques, selon quatre sources.

Les marques plus régionales pourraient ainsi utiliser des plateformes et des technologies développées par les marques principales, avec l’ajout d’options design intérieur ou ​extérieur pour les distinguer des autres, a précisé une des sources.

Une logique de « rebadging » – changer cette fois uniquement le badge de la marque sur un modèle sinon en tout point identique – est aussi à l’étude pour certains marchés spécifiques, ont ajouté deux des sources.

Reuters a par exemple rapporté ce mois-ci que Stellantis était en ‌discussions avancées avec Leapmotor pour co-développer un SUV électrique ​de marque et de design Opel sur une plateforme et avec la technologie de son partenaire chinois.

D’après un haut dirigeant de Stellantis, le succès du plan à long terme dépendra moins d’une compression du portefeuille de marques que de ​l’utilisation stratégique de chacune d’entre elles selon les géographies afin de gagner des parts de marché.

Stellantis a longtemps projeté de baser la plupart de ses modèles sur un nombre limité de plateformes dites « multi-énergies », permettant de produire à la fois des voitures en version électrique, hybride ou thermique pur.

De telles architectures sont ultra-polyvalentes, mais du coup plus complexes, plus lourdes et plus chères.

Cette stratégie était conçue en prévision d’une transition rapide vers le 100% électrique, mais ce scénario ne s’est pas matérialisé comme prévu, a souligné un ancien haut dirigeant du groupe.

Stellantis pourrait encore à terme se débarrasser de certaines marques, selon les analystes, mais l’histoire de l’automobile, bien que jonchée de noms disparus, montre que les constructeurs ne prennent généralement cette décision qu’en dernier recours, comme General Motors a dû s’y résoudre avec Saturn et Pontiac ⁠lors de sa faillite de 2008.

Sur le court terme, la direction de Stellantis « devra se concentrer sur les marques qui comptent », a dit Larry Dominique, consultant et ancien dirigeant de la marque Alfa Romeo en Amérique du Nord.

« Stellantis pourrait décider, à un moment donné, de baisser le rideau sur certaines marques. Mais cette décision devra être prise sur la base de la performance future des marques ​principales », a-t-il ajouté.

(Reportage Giulio Piovaccari à Milan, Gilles Guillaume à Paris et Nora Eckert à Detroit; avec la contribution d’Alessandro Parodi à ​Gdansk; rédigé par Giulio Piovaccari; version française Blandine Hénault, édité par Benoit Van Overstraeten)

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