Philipe Lane (BCE) minimise la nécessité d’une intervention sur les obligations françaises
par Balazs Koranyi et Francesco Canepa
LONDRES (Reuters) – Les turbulences actuelles sur les marchés obligataires de la zone euro, en particulier en France sur fond d’incertitude quant à l’issue des élections législatives anticipées, ne sont pas désordonnées, a déclaré lundi le chef économiste de la Banque centrale européenne (BCE), Philip Lane, minimisant la nécessité d’une intervention de la BCE.
La perspective d’une victoire des formations d’extrême droite ou gauche a poussé vendredi l’écart de rendement entre les obligations françaises et allemandes à dix ans à un plus haut de sept ans, au-dessus de 82 points de base, ce qui a conduit certains analystes à spéculer sur une éventuelle intervention de la BCE.
Le chef économiste a toutefois déclaré que les derniers mouvements du marché ne remplissaient pas l’une des principales conditions d’intervention de l’institution, à savoir une évolution injustifiée et désordonnée des rendements.
« Ce que nous observons sur les marchés, c’est une réévaluation des prix, mais ce n’est pas un marché désordonné pour le moment », a-t-il dit lors d’un entretien dans le cadre de l’événement Reuters Newsmaker à la Bourse de Londres.
Il n’a pas abordé directement la situation en France, mais a déclaré que tous les gouvernements de la zone euro devaient se conformer au cadre budgétaire de l’Union européenne (UE) et dialoguer avec la Commission européenne.
Cinq responsables de l’institution ont dit à Reuters que la BCE n’avait pas l’intention de discuter d’un recours à son programme d’achat d’obligations d’urgence pour venir en aide à la France.
Le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen, qui est en tête des sondages d’opinion, promet une réduction de l’âge de départ à la retraite et une baisse de la TVA, notamment à 5,5% sur l’énergie, l’alimentation et l’essence.
Le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire, a prévenu vendredi que la deuxième économie de la zone euro risquait de connaître une crise financière si l’extrême droite remportait les élections prévues les 30 juin et 7 juillet.
La BCE peut acheter des quantités illimitées d’obligations d’un pays de la zone euro soumis à des pressions du marché dans le cadre de son Instrument de Protection de la Transmission (IPT), mais dans le respect de paramètres tels que les règles budgétaires de l’UE.
Philip Lane a par ailleurs déclaré que la BCE était « assez confiante » quant au retour de l’inflation à 2% à la fin de l’année prochaine.
Toutefois, certains acteurs du marché commencent à douter que les prix dans les 20 pays partageant l’euro se comporteront comme le prévoit la BCE, en particulier après la publication de données solides sur les salaires et l’inflation au cours des dernières semaines.
(Reportage Balazs Koranyi, David Milliken, Marc Jones et Dhara Ranasinghe ; rédigé par Francesco Canepa à Francfort ; version française Diana Mandiá, édité par Blandine Hénault)
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