L’inflation britannique réaccélère en février, la BoE sous pression
par William Schomberg et David Milliken
LONDRES (Reuters) – La hausse des prix à la consommation (CPI) au Royaume-Uni a réaccéléré, contre toute attente, à 10,4% sur un an en février, montrent les statistiques publiées mercredi par l’ONS, à la veille de la réunion de la Banque d’Angleterre (BoE).
Les économistes interrogés par Reuters prévoyaient un ralentissement à 9,9%, après +10,1% un mois plus tôt et un pic de 41 ans inscrit en octobre à +11,1%.
En excluant les prix de l’énergie et d’autres éléments volatiles, les prix ont progressé de 6,2%, contre une hausse de 5,8% en janvier et un consensus de +5,7%.
L’inflation dans le secteur des services, considéré comme une bon baromètre des pressions sous-jacentes sur les prix dans l’économie, a atteint 6,6% en rythme annuel après +6,0% en janvier.
Pour Nicholas Hyett, analyste chez Wealth Club, la hausse plus forte que prévu de l’inflation britannique met désormais les banquiers centraux dans l’embarras.
« L’espoir était qu’une baisse régulière de l’inflation permettrait aux banquiers centraux de revenir sur les hausses de taux. Au lieu de cela, la flambée des prix signifie que la lutte contre l’inflation n’est pas encore terminée », a-t-il déclaré.
« Ces chiffres accroîtront la pression sur la BoE demain (…) La décision sera d’autant plus facile si la Fed suit aujourd’hui l’exemple de la Banque centrale européenne et augmente encore les taux », souligne pour sa part Eleone Balse de Kingswood, faisant référence aux décisions de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine prévues à 18h00 GMT, à celles de la Banque d’Angleterre attendues jeudi et au choix de la BCE la semaine dernière de relever ses taux de 50 points de base malgré les turbulences dans le secteur bancaire.
UNE HAUSSE DE 25 PDB JUGÉE 100% PROBABLE
Les marchés monétaires prévoient désormais avec une probabilité de 100% une remontée de ses taux de 25 points de base, à 4,25%. Cette probabilité n’était que de 50% mardi avant la publication de cette statistique. Certains investisseurs tablaient même sur un statu quo.
« Au regard des mouvements du marché ces derniers temps, cela place la Banque d’Angleterre dans une position incroyablement difficile car une pause dans la hausse des taux pourrait ne pas suffire », a déclaré Richard Carter, directeur d’études sans l’obligataire chez Quilter Cheviot.
Le rendement du « Gilt » à deux ans, le plus sensible aux variations sur les taux d’intérêt, prend 16 points de base à 3,44% après être monté brièvement à un sommet depuis le 15 mars à 3,482%.
Aux changes, la livre sterling progresse de 0,53% face au dollar, à 1,2279, et de 0,39% contre l’euro, à 0,8781.
Selon l’ONS, la fin des promotions sur les boissons en janvier dans les pubs et les restaurants est le principal facteur de la hausse de l’inflation en février. Les pénuries de salades et légumes ont également contribué à la hausse, a ajouté l’ONS.
« Les prix des aliments et des boissons non alcoolisées ont atteint leur taux le plus élevé en plus de 45 ans, avec des augmentations notamment sur les salades et légumes, car les coûts énergétiques élevés et le mauvais temps dans certaines zones en Europe ont entraîné des pénuries et un rationnement », a déclaré Grant Fitzner, chef économiste à l’ONS.
Le ministre britannique des Finances, Jeremy Hunt, a estimé que la baisse attendue de l’inflation ne pouvait pas être prise pour acquise.
« Nous devons donc nous en tenir à notre plan pour la réduire de moitié cette année », écrit-il dans un communiqué.
La veille, devant le Parlement, il avait jugé qu’une inflation supérieure à 10% était « dangereusement élevée ».
(Reportage David Milliken et William Schomberg; version française Claude Chendjou, édité par Kate Entringer et Blandine Hénault)
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