Les Emirats Arabes Unis quitteront l’Opep et l’Opep+ le 1er mai
DUBAI, 28 avril (Reuters) – Les Émirats arabes unis ont annoncé mardi leur retrait de l’OPEP et de l’OPEP+, un coup dur pour ces deux groupes de pays exportateurs de pétrole et pour l’Arabie saoudite, leur chef de file, à un moment où la guerre en Iran a provoqué un choc énergétique historique et déstabilise l’économie mondiale.
Le retrait surprise des EAU, membre depuis 1967 de l’organisation fondée en 1960, pourrait semer le désordre et affaiblir le cartel, qui s’efforce en général de présenter un front uni malgré des désaccords internes sur toute une série de questions allant de la géopolitique aux quotas de production.
Les pays producteurs de l’OPEP du Golfe ont déjà du mal à acheminer leurs exportations via le détroit d’Ormuz, une voie navigable au large de l’Iran par laquelle transite habituellement un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux.
Ce détroit a été fermé de fait par l’Iran peu de temps après la guerre déclenchée contre lui par les Etats-Unis et Israël le 28 février, ce qui a fait flamber les cours du brut et crée de grosses incertitudes sur les perspectives mondiales.
Ce retrait des EAU de l’OPEP représente une grande victoire pour le président américain Donald Trump, qui a accusé l’organisation de « voler le reste du monde » en gonflant les prix du pétrole.
La décision des EAU intervient alors que le pays, plaque tournante commerciale régionale et l’un des alliés les plus importants de Washington, a reproché aux autres États arabes de ne pas en avoir fait assez afin de les protéger contre les nombreuses attaques iraniennes depuis le début de la guerre.
Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Émirats arabes unis, a critiqué la réponse des pays arabes et du Golfe aux attaques iraniennes lors d’une session du Gulf Influencers Forum lundi.
« Les pays du Conseil de coopération du Golfe se sont soutenus mutuellement sur le plan logistique, mais sur les plans politique et militaire, je pense que leur position a été la plus faible de toute leur histoire »; a-t-il déclaré.
« Je m’attendais à cette position de faiblesse de la part de la Ligue arabe et cela ne me surprend pas, mais je ne m’y attendais pas de la part du Conseil de coopération (du Golfe) et cela me surprend », a-t-il ajouté.
LA MOTIVATION ET LA CAPACITÉ D’AUGMENTER LEUR PRODUCTION
Le ministre de l’Énergie des EAU a déclaré mardi à Reuters que le fait de quitter l’OPEP et l’OPEP+ offrait à Abou Dhabi une certaine souplesse, le pays n’ayant plus aucune obligation envers le groupe.
Il a précisé que les EAU n’avaient pas consulté directement d’autres pays, ni l’Arabie saoudite, avant de prendre cette décision.
Jorge Leon, analyste chez Rystad, a estimé que le retrait des Émirats arabes unis de l’OPEP et de l’OPEP+ marque un tournant important pour l’organisation.
« Avec l’Arabie saoudite, c’est l’un des rares membres à disposer d’une capacité de réserve significative – le mécanisme par lequel le groupe exerce son influence sur le marché. »
« Si les effets à court terme pourraient être limités compte tenu des perturbations actuelles dans le détroit d’Ormuz, l’implication à plus long terme est un affaiblissement structurel de l’OPEP », a-t-il ajouté.
« En dehors du groupe, les Émirats arabes unis auront à la fois la motivation et la capacité d’augmenter leur production, ce qui soulève des questions plus larges quant à la pérennité du rôle de l’Arabie saoudite en tant que stabilisateur central du marché – et laisse présager un marché pétrolier potentiellement plus volatil à mesure que la capacité de l’OPEP à lisser les déséquilibres de l’offre diminue », a poursuivi Jorge Leon.
(Nayera Abdallah, version française Benoit Van Overstraeten et Etienne Breban, édité par Tangi Salaün)
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