L’Allemagne évite la récession mais l’inflation atteint 11,6%
par Rachel More
BERLIN (Reuters) – L’économie allemande a échappé à la récession au troisième trimestre, une performance inattendue, mais la menace d’une contraction de l’activité reste bien présente, d’autant que la crise de l’énergie liée à la guerre en Ukraine continue d’alimenter l’inflation, montrent les indicateurs économiques publiés vendredi.
L’indice des prix à la consommation calculé aux normes européennes IPCH affiche une progression de 1,1% en octobre par rapport à septembre et de 11,6% sur un an, selon la première estimation de Destatis, l’institut fédéral de la statistique.
Les économistes et analystes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne une hausse de 0,5% d’un mois sur l’autre et de 10,9% en rythme annuel, inchangée par rapport à septembre.
L’indice des prix à la consommation calculé aux normes allemandes ressort en hausse de 0,9% sur un mois et de 10,4% par rapport à octobre 2021.
L’institut d’études économiques Ifo a prévenu vendredi que les consommateurs ne ressentaient pas encore pleinement l’impact de l’inflation même si la part des entreprises qui prévoient d’augmenter leurs prix a légèrement diminué ces dernières semaines.
La poussée inflationniste est alimentée en premier lieu par la chute des importations d’énergie en provenance de Russie, qui attise aussi les craintes de pénurie pendant l’hiver.
Malgré ce contexte très défavorable, le produit intérieur brut (PIB) allemand a augmenté de 0,3% sur la période juillet-septembre par rapport aux trois mois précédents, a annoncé Destatis.
Les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne une contraction de 0,2% après la modeste expansion (+0,1%) de la période avril-juin.
« L’économie allemande (…) a continué à se maintenir malgré des conditions économiques mondiales difficiles avec la pandémie de COVID-19, les chaînes d’approvisionnement perturbées, la hausse des prix et la guerre en Ukraine », a déclaré Destatis dans un communiqué.
La croissance en rythme annuel en données corrigées des variations saisonnières (CVS) a ralenti à 1,2% après 1,6% (révisé) au deuxième trimestre. Mais elle dépasse elle aussi le consensus, qui la donnait à 0,8% seulement.
« L’économie allemande a maintenu la tête hors de l’eau », a commenté Thomas Gitzel, chef économiste de VP Bank.
« Mais les fardeaux des prochains trimestres seront énormes », a-t-il ajouté, expliquant que la bonne surprise du troisième trimestre ne faisait que retarder l’entrée en récession.
En début de semaine, l’Ifo a dit prévoir une contraction de 0,6% du PIB au quatrième trimestre.
Le gouvernement, lui, a dit prévoir une croissance de 1,4% sur l’ensemble de cette année et une contraction de 0,4% en 2023. Vendredi, un porte-parole du ministère de l’Economie a expliqué qu’il était trop tôt pour évaluer l’impact des derniers chiffres du PIB.
« La récession va probablement frapper pendant l’hiver mais elle pourrait être moins grave qu’on ne le craignait initialement », a dit Jens-Oliver Niklasch, économiste de LBBW.
Il explique la bonne surprise du troisième trimestre par la fin des restrictions sanitaires et par les mesures de soutien aux ménages et aux entreprises annoncées pendant l’été.
(Reportage Rachel More, Rene Wagner et Reinhard Becker, version française Laetitia Volga et Marc Angrand, édité par Kate Entringer)
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