La reconduction de Powell à la Fed devrait encore peser en Europe
par Marc Angrand
PARIS (Reuters) – Les principales Bourses européennes sont attendues en nette baisse mardi sur fond de dégradation continue de la situation sanitaire et après la clôture mitigée de Wall Street en réaction à la décision de Joe Biden, le président américain, de proposer au Congrès la reconduction de Jerome Powell à la présidence de la Réserve fédérale, qui pourrait conduire cette dernière à accélérer le resserrement de sa politique monétaire.
Les contrats à terme sur indices suggèrent un repli de 0,35% pour le CAC 40 à Paris, de 0,79% pour le Dax à Francfort, de 0,54% pour le FTSE 100 à Londres et de 0,99% pour l’EuroStoxx 50.
En proposant au Congrès la reconduction de Jerome Powell à la tête de la Fed, tout en désignant Lael Brainard pour la vice-présidence de l’institution, Joe Biden évite une confrontation directe avec le camp républicain à moins d’un an des élections de mi-mandat mais pour beaucoup d’investisseurs, il ouvre la voie à une accélération de l’arrêt des achats d’obligations voire du relèvement des taux d’intérêt.
Le marché obligataire ne s’y est pas trompé et la séance de lundi a été marquée par une nette hausse des rendements: le deux ans, le plus sensible aux anticipations de taux d’intérêt, a bondi de 8,5 points de base à 0,59%, son plus haut niveau depuis début mars 2020 (avant la pandémie) et le dix ans près de neuf points à 1,625%.
Les contrats à terme sur les taux des fonds fédéraux intègrent désormais une probabilité de 100% d’une hausse d’un quart de point de l’objectif de la Fed d’ici fin juin 2022.
« Le gouvernement américain a décidé de jouer la continuité en ne prenant pas de risque en plein resserrement monétaire. Cependant les valeurs de croissance pourraient être sous pression à court terme, les anticipations de hausses de taux en 2022 devenant de plus en plus probables », résume John Plassard, de Mirabaud Securities.
Les préoccupations des investisseurs aux Etats-Unis tranchent ainsi de plus en plus nettement avec l’actualité du moment en Europe, où l’heure est bien davantage aux restrictions sanitaires qu’au resserrement monétaire.
La matinée sera animée par les premiers résultats des enquêtes d’IHS Markit auprès des directeurs d’achats du secteur privé en Europe, des indices PMI attendus en baisse même s’ils ne devraient pas refléter intégralement la récente dégradation de la situation sanitaire.
LES VALEURS A SUIVRE :
A WALL STREET
La Bourse de New York a fini en ordre dispersé lundi, le Dow Jones profitant de la hausse des valeurs financières après le choix du président américain, Joe Biden, de reconduire Jerome Powell à la présidence de la Fed tandis que le Standard& Poor’s 500 et le Nasdaq cédaient du terrain après des records en début de séance.
L’indice Dow Jones a gagné 0,05%, soit 17,27 points, à 35.619,25, le S&P-500 a perdu 15,02 points (-0,32%) à 4.682,94 et le Nasdaq Composite a reculé de 202,68 points (-1,26%) à 15.854,76.
La reconduction de Jerome Powell à la tête de la banque centrale a provoqué une hausse des rendements obligataires qui a favorisé les banques mais pénalisé les grands groupes de hautes technologies comme Microsoft (-0,96%).
Le S&P des bancaires a pris 2,04%, Goldman Sachs 2,27%.
Les contrats à terme sur indices suggèrent pour l’instant une ouverture en légère baisse.
EN ASIE
Les marchés japonais sont restés fermés, la journée étant fériée dans l’archipel.
En Chine, le CSI 300 a terminé la journée inchangé mais le SSE Composite de Shanghai a gagné 0,2%, le marché continuant de tabler sur de nouvelles mesures de soutien à l’économie.
Le secteur immobilier (+0,98%), notamment, a profité des informations de Reuters selon lesquelles les autorités financières ont demandé à certaines banques d’augmenter leurs volumes de prêts aux promoteurs. À Hong Kong, l’action Evergrande prend 10,55%.
CHANGES/TAUX
Dopé par les spéculations sur un resserrement accéléré de la politique de la Fed, le dollar varie peu mais il a atteint en début de séance en Asie un nouveau plus haut de 16 mois face à un panier de devises de référence avant de se stabiliser. Face au yen, il a même touché un plus haut de quatre ans et demi à 115,15.
L’euro lui, poursuit sa baisse et il est tombé à 1,1227 dollar, son plus bas niveau depuis juillet 2020.
Sur le marché obligataire, le rendement des bons du Trésor américain à dix ans, à 1,6374%, amplifie sa hausse et en Europe, la remontée des rendements se poursuit dans les premiers échanges, à -0,284% pour le Bund à dix ans, plus de sept point au-dessus du point bas de la veille.
PÉTROLE
Le marché pétrolier recule de nouveau face à la perspective d’un recours des Etats-Unis, du Japon et de l’Inde à leurs réserves stratégiques pour peser sur les cours.
Le Brent abandonne 0,85% à 79,02 dollars le baril et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) 1,2% à 75,83 dollars.
Le département américain de l’Energie devrait annoncer ce mardi un recours à la réserve pétrolière stratégique (SPR) américaine, en coordination avec des mesures similaires prises par d’autres pays, a déclaré une source au sein de l’administration Biden informée des discussions.
(édité par Bertrand Boucey et Blandine Hénault)
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