EDF: Des mois de retard et 300 millions d’euros de plus pour l’EPR de Flamanville
par Benjamin Mallet
PARIS (Reuters) – EDF a annoncé mercredi un nouveau retard et un surcoût supplémentaire pour le projet de réacteur nucléaire de type EPR de Flamanville (Manche), désormais estimé à 12,7 milliards d’euros pour un démarrage prévu au deuxième trimestre 2023, en raison d’opérations de reprises de soudures plus longues que prévu.
Selon les précédentes indications fournies par le groupe, en 2019, le coût de construction de cette « tête de série » était estimé à 12,4 milliards d’euros et le chargement du combustible du réacteur devait intervenir fin 2022.
EDF a dû revoir le calendrier « en tenant compte de l’état d’avancement des opérations et de la préparation du démarrage dans un contexte industriel rendu plus difficile par la pandémie », a-t-il expliqué dans un communiqué.
Xavier Ursat, le directeur exécutif en charge de la direction « Ingénierie et projets nouveau nucléaire », a précisé lors d’une conférence téléphonique que le report de la mise en service de l’EPR était principalement dû au retard pris dans la reprise de soudures défectueuses, dont l’achèvement est désormais prévu fin août au lieu de fin avril précédemment.
Selon EDF, les inspections consécutives à des fuites d’assemblages de combustible du réacteur EPR n°1 de Taishan, en Chine, ont en outre montré « un phénomène d’usure mécanique de certains composants », déjà constaté sur plusieurs réacteurs du parc français, qui « ne remet pas en cause le modèle EPR ».
Le groupe a expliqué que les fuites de Taishan étaient dues à des ruptures de dispositifs maintenant les crayons de combustibles dans les assemblages, ce qui pourrait le conduire à mettre en place à Flamanville d’autres technologies déjà « disponibles » et « éprouvées ».
« Sur un objet industriel comme celui-ci, il est tout de même assez normal (…) qu’on fasse quelques constats qui font l’objet d’un retour d’expérience et qui permettent de continuellement s’améliorer pour la suite », a déclaré Xavier Ursat.
« Taishan (…) montre qu’il y a quelques corrections ou quelques adaptations à faire, mais en aucun cas une remise en cause de l’EPR. »
GREENPEACE VEUT « UN MORATOIRE »
En plus de terminer les reprises de soudures défectueuses et de tirer les enseignements des difficultés rencontrées à Taishan, EDF va devoir mener une nouvelle campagne d’essais et obtenir des autorisations administratives, une fois qu’il aura soldé « l’instruction des derniers sujets techniques » avec l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), avant de pouvoir charger le combustible de Flamanville.
Estimé à trois milliards d’euros lors de l’annonce du projet en 2004, l’EPR de Flamanville devait initialement entrer en service en 2012, mais des difficultés à répétition sur le chantier ont entraîné de multiples retards et surcoûts du projet.
Les dernières estimations d’EDF interviennent alors qu’Emmanuel Macron a annoncé début novembre la relance de la construction de réacteurs en France, sans toutefois préciser le nombre ou le type d’unités envisagées, ni leur financement.
EDF propose dans ce cadre un EPR « nouveau modèle » (ou « EPR 2 »), présenté comme plus simple et moins cher à construire que celui de Flamanville, avec six réacteurs estimés à quelque 50 milliards d’euros en tenant compte d’une intervention de l’Etat – selon des modalités qui restent à préciser – permettant d’améliorer les conditions de financement des projets.
Le PDG du groupe, Jean-Bernard Lévy a estimé début janvier qu’il était « urgent » que le gouvernement passe « d’une phase de déclaration de principe à une phase de lancement des actions concrètes » sur le sujet.
Greenpeace a réagi mercredi aux annonces d’EDF en dénonçant un « énième dérapage de la technologie EPR (qui) interroge sur le positionnement de certain-es candidat-es à l’élection présidentielle » et en demandant « un moratoire sur les travaux de l’EPR de Flamanville, afin de conduire une évaluation en toute indépendance de la viabilité des réacteurs nucléaires EPR ».
Le titre EDF affichait une hausse de 0,3% à la Bourse de Paris vers 12h30.
« C’était la dernière mauvaise nouvelle qu’on attendait sur ce sujet-là », a déclaré Louis Boujard, analyste chez Oddo BHF.
« Ça a été logiquement décalé et ça revient dans un calendrier dans lequel l’incertitude (…) est maintenant beaucoup, beaucoup plus faible. Donc c’est en cela que ça constitue plutôt une bonne nouvelle. »
(Reportage Benjamin Mallet, avec Sarah Morland, édité par Jean-Michel Bélot et Blandine Hénault)
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