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Désaccords entre Dassault et Airbus sur le programme Eurodrone, selon des sources

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PARIS/BERLIN, 12 juin (Reuters) – L’entreprise française Dassault Aviation réclame une compensation au groupe aérospatial européen Airbus à la suite de modifications apportées aux modalités de répartition des travaux du programme Eurodrone, ont indiqué à Reuters trois sources proches du dossier.

Ce différend est une nouvelle illustration des tensions entre les deux groupes après l’échec du projet franco-allemand de système ​de combat aérien ‌du futur (SCAF) et de la difficulté pour l’Union européenne de ​mener à bien des ⁠programmes de coopération militaire.

Le désaccord porte sur la diminution de la charge de ‌travail attribuée à Dassault après ‌la décision française de suspendre les achats d’Eurodrone, un drone développé par la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne pour concurrencer le Reaper américain.

Impulsé en 2016, le programme Eurodrone prévoit le développement à l’horizon 2030-2031 d’un ​drone de surveillance MALE (moyenne altitude, longue endurance). Airbus Defence and Space (ADS) en est le maître d’oeuvre aux côtés de Dassault Aviation et de l’italien Leonardo.

Paris n’a pas officiellement quitté le programme Eurodrone, évalué à 7 milliards d’euros. Toutefois, le projet d’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) française soustrait les fonds initialement prévus pour l’achat de six systèmes Eurodrone à horizon ⁠2035.

« Le besoin militaire de la capacité MALE de théâtre a été réorienté », précise le gouvernement dans son projet de ⁠loi, estimant que l’Eurodrone se révèle « aujourd’hui moins adapté » aux conflits de haute intensité, tandis que des drones « de moindre coût » sont désormais en développement.

RELATIONS AU POINT MORT

En vertu du principe européen du « retour géographique », les Etats participant à des programmes industriels ont la garantie que le montant des contrats noués avec leur industrie nationale soit proportionnel à leur investissement.

Dans cette logique ⁠et ‌en l’absence d’engagement gouvernemental, les sociétés françaises appelées à contribuer au programme Eurodrone sont perdantes.

Dassault ⁠Aviation a en conséquence demandé à être dédommagée par le chef de file ​du projet, Airbus, ​pour une partie des investissements perdus, ont indiqué les sources.

Dassault Aviation s’est refusée à tout commentaire et a renvoyé ​vers Airbus.

Airbus a déclaré n’avoir rien à ajouter aux commentaires formulés en avril par son patron Guillaume Faury, selon lesquels le projet Eurodrone était très susceptible ‌d’aller de l’avant avec ​une configuration légèrement différente en raison du changement de pied du ministère français des Armées.

Le ministère français des Armées n’a ​pas répondu dans l’immédiat à une demande de commentaire.

Les relations entre Dassault et Airbus, qui incarnent deux cultures industrielles opposées, se sont fortement détériorées cette année.

L’incapacité à s’entendre sur la gouvernance de la prochaine étape du SCAF a conduit à l’effondrement du programme, mais contrairement au SCAF, l’Eurodrone est à un stade avancé de développement, de sorte que les conséquences contractuelles immédiates d’une éventuelle rupture sont ⁠très différentes.

Une source proche du dossier observe que si les discussions sur les deux programmes impliquant Dassault et Airbus sont distinctes sur le papier, elles n’en demeurent pas moins liées sur ​les plans « psychologique et politique ».

(Reportage Tim Hepher, Florence Loeve et Sabine Siebold, version ​française Elena Smirnova, édité par Sophie Louet)

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