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Journée mondiale de prière – Des chrétiennes palestiniennes censurées en Allemagne

Evénement inédit, la liturgie pour l’édition 2024 de la Journée mondiale de prière, qui était cette année confiée au comité palestinien, a été modifiée outre-Rhin. Réactions.
«L’essence de la Journée mondiale de la prière (JMP) réside dans la célébration de la diversité. Or, votre décision de modifier unilatéralement notre liturgie porte atteinte aux principes fondamentaux que vise précisément cet événement mondial.»

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C’est au travers d’une lettre ouverte, adressée à leurs «sœurs chrétiennes d’Allemagne» et datée du 17 janvier, que le comité des femmes palestiniennes a décidé de réagir à la «mise à jour» de leur liturgie par le comité allemand. Car si ce dernier considère qu’il s’agit uniquement d’une «contextualisation de la situation particulière de l’Allemagne» et non d’une «censure ou d’une intervention inappropriée», les Palestiniennes parlent de changements allant par endroits jusqu’à «dénaturer le sens» de leurs propos.

Indisposition

Si le nouveau document est encore indisponible, le comité allemand s’est expliqué brièvement par voie de communiqué: «La terreur du Hamas du 7 octobre et la guerre à Gaza ont encore réduit la disposition de nombreuses personnes en Allemagne à accueillir les expériences palestiniennes.» Cette actualisation devrait précisément, selon les mots du communiqué, «contribuer à rendre audibles les paroles des chrétiens palestiniens malgré toutes les tensions».

Le comité allemand réfute cependant clairement l’idée que la liturgie originale soit «une erreur ou antisémite». Il admet, «dans le même temps, prendre au sérieux les critiques et les allégations d’antisémitisme», qui ont été exprimées par courrier ou dans la presse allemande.

Il y était fait notamment référence notamment au statut de victimes des déplacés palestiniens, au symbole des coquelicots «représentant historiquement la résistance par l’effusion de sang» ou encore des doutes quant à la position militante pro-Hamas de l’illustratrice de l’affiche – «des allégations qui n’ont pas pu être dissipées», selon le comité allemand.

Pour autant, en date du 13 octobre, la pasteure luthérienne Sally Azar, présidente du comité palestinien insistait bien sur le fait «que le soutien à la Palestine dans sa quête de justice et de paix ne doit pas être assimilée à l’antisémitisme ou au rejet d’un groupe particulier. Notre appel à l’humanité et à la compassion transcende la religion ou les affiliations politiques.»

Lourd passé

La décision de l’Allemagne est cependant un cas isolé. D’ailleurs, alors même que le comité suisse alémanique et autrichien travaillent d’ordinaire ensemble sur la traduction de la liturgie, ces deux pays ont décidé de ne pas suivre l’Allemagne – ce qui a d’ailleurs été souligné avec gratitude par le comité de femmes palestiniennes.

Même décision du côté de la France, où la présidente du comité national Christiane Brinkert indique qu’il n’est aucunement envisagé de modifier le contenu des textes proposés et invite clairement à «ne pas faire l’amalgame entre la Palestine et le Hamas». «Le conflit au Moyen-Orient touche de plein fouet l’Allemagne», analyse-t-elle. «En raison de leur passé, les Allemands se sentent un peu obligés de soutenir davantage Israël.»

Désapprobation du comité international

«Nous respectons votre histoire en ce qui ce qui concerne ce pays lors de sa création (Israël, ndlr.), mais nous attendons également le respect de nos points de vue et de nos perspectives sur la vie des femmes dans notre pays», formule d’ailleurs le comité palestinien.

Du côté du comité international, basé à New York, la décision de modifier la parole de ces femmes palestiniennes ne passe pas, d’autant qu’elle est inédite. «Nous nous engageons à être aux côtés de nos sœurs de Palestine. Leur liturgie a été élaborée selon un processus rigoureux impliquant notre comité exécutif et finalisé en septembre 2022», signale Katie Reimer, sa présidente exécutive. «Nous ne recommandons aucun changement à cette liturgie. Comme chaque année, nous demandons aux comités nationaux d’honorer les voix des femmes qui nous invitent à prier avec elles.»

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