Au Nigeria, une veuve chrétienne porte plainte contre l’État
La jeune Nigériane Faith Barnabas a disparu le 30 avril 2026. Selon la Commission de la charia de l’État fédéré de Bauchi, elle se trouverait dans un centre public de protection de la jeunesse et se serait convertie à l’islam. Le gouvernement de Bauchi refuse de rendre Faith à sa famille.
Kumabe Zakari, une veuve chrétienne du Nigéria, a porté plainte contre l’État fédéré de Bauchi après que sa fille de 17 ans, Faith Barnabas, a prétendument disparu, changé de nom et a été déclarée convertie à l’islam, alors qu’elle est encore mineure au regard de la loi. Cette affaire s’inscrit dans un schéma bien documenté dans le nord du Nigéria, à majorité musulmane, où les organisations de défense des droits de l’homme et les experts de l’ONU recensent depuis plusieurs années des enlèvements, des conversions forcées et des mariages forcés de jeunes filles chrétiennes mineures. Cela se produit en dépit de la Constitution nigériane, qui garantit à chaque individu le droit de choisir librement sa religion et d’en changer.
La plainte a été déposée le 29 juin 2026 devant la Haute Cour fédérale de Jos, capitale de l’État fédéré de Plateau, dans la région de la Middle Belt, la Ceinture centrale du Nigéria. Cette affaire soulève la question fondamentale de savoir si un État fédéré peut reconnaître la conversion d’un enfant mineur et, ce faisant, le soustraire à l’autorité parentale du parent survivant.
Kumabe Zakari réclame la libération immédiate de sa fille Faith Barnabas d’un centre public de protection de la jeunesse, ainsi qu’une indemnisation de 150 millions de nairas (environ 95 000 dollars américains) pour ce qu’elle considère comme une violation des droits constitutionnels de sa fille.
Le Nigéria, pays le plus peuplé d’Afrique avec plus de 220 millions d’habitants, est réparti de manière presque égale entre chrétiens et musulmans. Dans douze États fédérés du Nord, dont celui de Bauchi, la charia islamique s’applique parallèlement au droit national. Cette coexistence de systèmes juridiques différents donne régulièrement lieu à des conflits concernant les conversions religieuses, l’âge minimum du mariage et la garde des enfants, car les tribunaux de la charia accordent souvent la priorité à des prescriptions religieuses qui contredisent le droit fédéral.
La disparition et la réaction des autorités
Selon les informations contenues dans la déclaration sous serment de la mère, Faith Barnabas a disparu en avril 2026 du domicile de sa grand-mère à Bauchi, après avoir passé l’examen d’entrée à l’université. Sa mère accuse Sadiq Ahmad Hussaini, un homme adulte, d’avoir exercé une influence sur la jeune fille pendant des années. Le 30 avril, il l’aurait emmenée de Jos vers un lieu inconnu. La police a ensuite arrêté Hussaini, à la suite de quoi celui-ci aurait révélé le lieu où se trouvait la jeune fille.
Dix jours plus tôt déjà, le 20 avril, la famille aurait reçu une lettre de la Commission de la charia de l’État fédéré de Bauchi. Celle-ci indiquait que Faith s’était convertie à l’islam et portait désormais le nom de Sa’adatu.
L’intervention de la police n’a toutefois pas permis à Faith d’être rendue à sa mère. Elle a au contraire été confiée à l’Agence d’État pour les orphelins et les enfants particulièrement vulnérables (BASOVCA). Bien qu’un tribunal de district de Bauchi ait ordonné, le 20 mai, par ordonnance provisoire, la remise de la jeune fille à sa mère, l’agence refuse toujours de s’y conformer à ce jour.
Selon la requête, la BASOVCA interdit à la mère tout contact avec sa fille, tandis que Hussaini serait autorisé à rendre visite à la jeune fille.
Sont notamment mis en cause la Commission des services de police, le chef de la police de l’État fédéré de Bauchi, le gouvernement de l’État fédéré, le procureur général, la Commission de la charia, la BASOVCA ainsi que Sadiq Ahmad Hussaini, qui est désigné dans les dossiers judiciaires comme le prétendu petit ami de la mineure.
La plainte
Les treize chefs de requête de la plainte demandent au tribunal de constater qu’une mineure de 17 ans ne peut prendre seule la décision de changer de religion sans le consentement de ses parents. Toute tentative visant à changer la religion de Faith constituerait une violation des articles 35, 37 et 38 de la Constitution nigériane de 1999, qui protègent la liberté individuelle, la vie familiale ainsi que la liberté de pensée, de conscience et de religion.
L’article 38, paragraphe 1, garantit à toute personne le droit de changer de religion. Cette formulation correspond à l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ainsi qu’à l’article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, que le Nigéria a ratifié en 1993.
Par ailleurs, la mère demande l’annulation de tous les documents liés à la prétendue conversion ainsi que des ordonnances judiciaires interdisant aux autorités de prendre d’autres mesures dans cette affaire. À titre subsidiaire, elle réclame une indemnisation de 50 millions de nairas (environ 36 000 dollars américains) à la police et, conjointement, 100 millions de nairas supplémentaires (environ 73 000 dollars américains) aux autres parties défenderesses représentant l’État.
Ses avocats, du cabinet Wholesome Attorneys, invoquent la loi de 2023 sur la protection de l’enfance de l’État fédéré de Bauchi ainsi que la loi fédérale sur les droits de l’enfant. Selon ces textes, seuls les parents seraient habilités à prendre des décisions concernant les questions religieuses de leur enfant mineur. Ils se réfèrent en particulier à l’article 8 de la loi de Bauchi, selon lequel l’autorité parentale doit être respectée par toutes les personnes, autorités et institutions.
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