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USA 2020: Moins de chaos, mais des piques, lors de l’ultime débat Trump-Biden

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par Trevor Hunnicutt et Jeff Mason

NASHVILLE, Tennessee (Reuters) – Le président républicain Donald Trump et son rival démocrate Joe Biden ont livré jeudi des visions diamétralement opposées de la crise sanitaire du coronavirus, cherchant à convaincre lors d’un ultime débat les quelques Américains encore indécis à douze jours de l’élection présidentielle du 3 novembre.

Donald Trump a affiché plus de retenue que fin septembre lors du premier débat, chaotique et miné par des interruptions, mais ses retrouvailles avec Joe Biden ont tout de même été marquées par de nombreuses attaques personnelles, symboles du peu d’estime que se portent les deux hommes.

Sans coupures de parole intempestives, du fait notamment de nouvelles règles, ce second débat a permis des échanges plus constructifs sur un éventail de sujets comme l’économie, le changement climatique, les questions raciales, le système de santé et l’immigration.

Un thème a toutefois dominé le débat: l’épidémie de coronavirus, qui a tué plus de 221.000 personnes aux Etats-Unis et s’est imposée au centre de la campagne électorale.

Et si le président républicain, comme ses conseillers l’y avaient invité, a tempéré ses ardeurs, il n’est pas sûr que le débat de Nashville aura au final modifié la donne. « Trump était bon ce soir. On pourrait même lui donner la victoire aux points. Mais ce n’est pas le bouleversement dont il avait besoin », analyse Liam Donovan, spécialiste électoral du Parti républicain en Virginie.

Le rendez-vous télévisé de jeudi soir constituait l’une des dernières opportunités pour Donald Trump de modifier le cours de la campagne électorale, alors que les sondages le placent en retrait par rapport à Joe Biden dans les intentions de vote, même si l’écart est restreint dans certains « swing states » – les Etats qui devraient décider de l’issue de l’élection.

En outre, rares sont les électeurs encore indécis, et l’engouement pour le vote anticipé – plus de 48 millions d’Américains ont déjà transmis leur bulletin de vote, du jamais-vu – réduit d’autant la fenêtre d’opportunité dont Donald Trump aurait pu bénéficier: les votes déjà exprimés ne seront pas changés.

« VIVRE AVEC ? VOYONS, NOUS MOURRONS AVEC »

Jeudi soir devant les caméras, Joe Biden a poursuivi sur la lancée de ces critiques sur la gestion de la crise sanitaire par l’administration Trump, un thème sur lequel une majorité d’Américains partagent le même avis que le candidat démocrate.

« Quiconque est responsable d’autant de morts ne devrait pas rester président des Etats-Unis », a-t-il déclaré.

Donald Trump, qui a par le passé érigé la solidité de l’économie américaine en exemple de réussite de son mandat, a défendu son approche face à l’épidémie de coronavirus et déclaré que le pays ne pouvait pas se permettre de fermer à nouveau son économie, malgré une flambée des nouveaux cas.

« Nous apprenons à vivre avec », a dit le président républicain, qui a minimisé pendant des mois la gravité du coronavirus, ajoutant que celui-ci « s’en allait ».

« Vivre avec ? Voyons, nous mourrons avec », a réagi son rival démocrate.

Donald Trump a aussi déclaré que la disponibilité d’un vaccin était potentiellement une question de « semaines ». La plupart des experts sanitaires, dont des représentants de l’administration, estiment qu’il est peu probable qu’un vaccin soit disponible à grande échelle avant l’été 2021.

BILAN

Alors qu’il continue par instinct d’adopter une position d’outsider, Donald Trump a dressé un portrait peu flatteur de Joe Biden, le décrivant comme un politicien de carrière au bilan négligeable en près de 50 ans.

Mais l’ancien vice-président, élu pour la première fois au Sénat en 1972, a répliqué en renvoyant à de multiples reprises au bilan de Donald Trump à la Maison blanche, soulignant l’impact économique de la crise sanitaire sur la vie des Américains.

Une fois passé le thème du coronavirus, les échanges entre Donald Trump et Joe Biden ont basculé sur des accusations mutuelles de liens inadéquats avec des pays étrangers.

Le président républicain a répété ses accusations selon lesquelles l’ancien vice-président et son fils Hunter ont eu des pratiques déloyales en Chine et en Ukraine. Aucun élément de preuve n’a pu être vérifié pour étayer ces accusations, que Joe Biden dément.

Cette volonté de Donald Trump de salir l’image de son rival démocrate en évoquant des liens d’affaires supposés avec l’Ukraine fait écho aux accusations de conflits d’intérêt ayant visé le président républicain, ainsi que ses fils, depuis 2017 et son arrivée à la Maison blanche.

« ÂNERIES »

Joe Biden a dit n’avoir jamais perçu « un seul centime » d’un quelconque pays étranger, avant d’accuser Donald Trump de tenter de détourner l’attention des Américains.

« Il y a une raison pour laquelle il évoque toutes ces âneries », a déclaré le candidat démocrate, le regard fixé vers la caméra. « Il n’est pas question de sa famille ni de ma famille. Il est question de votre famille, et votre famille souffre durement. »

« Communiquez vos déclarations de revenus ou arrêtez de parler de corruption », a ajouté Joe Biden, en référence à une enquête du New York Times sur le peu d’impôts qu’aurait payés Donald Trump au cours des dix dernières années.

Le président républicain, qui a rompu avec une tradition longue de plusieurs décennies voulant que les candidats à la Maison blanche dévoilent leurs avis d’imposition, a assuré avoir payé des « millions » en impôts. Trump a de nouveau déclaré qu’il rendrait ces documents publics une fois terminé un audit de longue date.

Autres thèmes au programme, et points de contentieux entre les deux rivaux: le système d’assurance-santé, la politique à l’égard de la Chine et les questions raciales.

Joe Biden a accusé Donald Trump d’être l' »un des présidents les plus racistes » de l’histoire et lui a reproché de verser « de l’huile sur chaque feu raciste ».

Le président républicain a marqué sa désapprobation et s’est décrit comme « la personne la moins raciste » de la salle, disant avoir fait plus que quiconque pour les communautés afro-américaine et hispanique.

(avec James Oliphant à Washington et Chris Kahn à New York; version française Jean Terzian, édité par Henri-Pierre André et Jean-Stéphane Brosse)

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