Les discussions sur le nucléaire iranien reprennent dans un climat tendu
par Parisa Hafezi
DUBAI (Reuters) – L’Iran et les grandes puissances reprennent ce jeudi à Vienne leurs discussions pour tenter de sauver l’accord sur le nucléaire iranien dans un climat plombé par la décision de Téhéran de produire de l’uranium enrichi à 60%.
La République islamique a annoncé mardi cette décision, confirmée depuis par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qu’elle présente comme une riposte à une explosion qui s’est produite dimanche sur son site souterrain de Natanz et que l’Iran attribue à Israël.
Les Etats-Unis et les parties européennes à l’accord sur le nucléaire (Plan d’action global commun, PAGC) ont averti l’Iran que cette initiative risquait d’entraver les efforts visant à relancer l’accord dont Washington s’est retiré sous la présidence de Donald Trump il y a trois ans.
En enrichissant l’uranium à 60%, l’Iran se rapproche du niveau de pureté de 90% jugé nécessaire à la fabrication d’un uranium de qualité militaire.
Le président iranien Hassan Rohani a réaffirmé jeudi la position de Téhéran selon laquelle la République islamique n’a aucunement l’intention de fabriquer une bombe atomique et appelé les interlocuteurs de l’Iran à respecter leurs engagements.
« Ne vous inquiétez pas à propos de l’Iran. Nous continuons à respecter nos obligations », a-t-il dit lors d’une réunion de son gouvernement, retransmise à la télévision. « Même aujourd’hui, si nous le souhaitions, nous pourrions enrichir l’uranium à 90%. Mais nous ne cherchons pas à acquérir une arme nucléaire (…). Si les autres respectent à nouveau tous leurs engagements (…), nous cesserons l’enrichissement à 60% et à 20%. »
L’Iran reviendra alors sous le plafond de 3,67% fixé par le PAGC, a-t-il dit.
RÉUNION « TRÈS DIFFICILE » EN PERSPECTIVE
En échange de l’encadrement de ses activités nucléaires, la République islamique avait obtenu des signataires de l’accord de Vienne (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni, Allemagne) la levée des sanctions internationales à son encontre, mais les Etats-Unis ont rétabli de lourdes mesures de rétorsion depuis qu’ils ont dénoncé le pacte.
L’Iran, qui s’est progressivement affranchi de ses engagements depuis mai 2019, réclame la levée de toutes les sanctions avant de se conformer à nouveau à l’accord.
« Cela va être une réunion très difficile. Notre position est claire. Comme l’a dit notre guide hier (Ali Khamenei), nous ne pouvons pas mener des négociations éternellement », a déclaré un haut responsable iranien impliqué dans les discussions, alors que la prochaine élection présidentielle en Iran aura lieu en juin.
Ali Khamenei, le guide suprême de la Révolution iranienne, a accusé mercredi les Etats-Unis de vouloir imposer leurs conditions pour sauver l’accord et des négociations à l’usure, reprochant en outre aux puissances européennes de jouer le jeu de Washington.
Le refus de Téhéran de participer à des discussions directes avec les Américains a obligé la semaine dernière, lorsqu’ont démarré les pourparlers, les Européens à faire la navette entre deux hôtels de la capitale autrichienne où sont logées les délégations des deux ennemis jurés.
Les parties signataires à l’accord de Vienne ont mis en place deux groupes d’experts dont la tâche est de définir des listes de sanctions que Washington pourrait lever en parallèle à des dispositions que l’Iran pourrait à nouveau s’engager à respecter.
(version française Jean-Stéphane Brosse)
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