Le romancier britannique John le Carré est décédé à l’âge de 89 ans
LONDRES (Reuters) – Le romancier britannique John le Carré, auteur de nombreux best-sellers tels que « L’Espion qui venait du froid », est mort à l’âge de 89 ans, a annoncé dimanche son agent.
« C’est avec une grande tristesse que je dois partager la nouvelle que David Cornwell, connu dans le monde entier sous le nom de John le Carré, est décédé des suites d’une courte maladie (non liée au COVID-19) en Cornouailles dans la soirée du samedi 12 décembre 2020 », a dit Jonny Geller dans un communiqué.
L’épouse de John le Carré, Jane, et les quatre enfants du couple ont indiqué dans un communiqué succin qu’il avait succombé à une pneumonie.
Maître du roman d’espionnage, il aimait explorer les faits de trahison au coeur des services du renseignement britanniques et questionner les postulats occidentaux sur la Guerre froide en narrant les ambiguïtés morales de la lutte entre l’Union soviétique et l’Occident.
Loin du glamour de James Bond, les héros des romans de John le Carré étaient enfermés dans la jungle des miroirs du renseignement britannique après la trahison de Kim Philby, parti pour Moscou en 1963.
A ses yeux, la Guerre froide était un « Miroir aux espions » (le nom de l’un de ses romans paru en 1965), où il n’y avait aucun héros et où la morale pouvait être achetée, aussi bien à Moscou qu’à Berlin, Washington et Londres.
L’influence de l’écrivain était telle que le dictionnaire Oxford l’a crédité de la paternité de nombreux termes d’espionnage, tels que « taupe ».
Les espions britanniques ne supportaient pas que Le Carré décrive le service secret – le MI6 – comme incompétent, sans pitié et corrompu, mais ils continuaient à lire ses romans.
Parmi des millions de lecteurs fidèles figuraient aussi l’ancien président américain George H.W. Bush et l’ancienne Première ministre britannique Margaret Thatcher.
« NÉ POUR MENTIR »
Né le 19 octobre 1931 à Dorset, David John Moore Cornwell se rend en Suisse à la fin de son adolescence pour y apprendre l’allemand. C’est à ce moment-là qu’il est repéré par des espions britanniques.
Après avoir brièvement servi dans les rangs de l’armée britannique, il devient informateur du service de renseignement intérieur – le MI5 – à l’université d’Oxford, où il poursuit des études d’allemand.
Il rejoint ensuite le MI6 et est envoyé en Allemagne de l’Ouest au début des années 1960.
En parallèle, John le Carré écrit « L’Espion qui venait du froid », le récit d’un espion britannique sacrifié pour un ancien nazi devenu communiste et « taupe » des services britanniques.
Devenu trop célèbre pour rester espion, Le Carré se consacre à plein temps à l’écriture et s’intéresse aux trahisons des espions britanniques, qu’il dépeints comme aussi impitoyables que leurs rivaux communistes.
Après la chute de l’Union soviétique, il se focalise sur ce qu’il considère comme la corruption dans un ordre mondial dominé par les Etats-Unis, mettant en scène un chaos parfois controversé dans l’après-Guerre froide.
John le Carré s’était opposé à l’invasion américaine en Irak en 2003, et sa colère à l’égard des Etats-Unis était évidente dans ses derniers livres, moins incontournables que ses romans sur la Guerre froide mais au succès jamais démenti. Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma.
Mais comment décerner le vrai du faux dans une vie entière consacrée à l’espionnage ? « Je suis un menteur », a dit un jour John le Carré, selon des propos rapportés par son biographe Adam Sisman. « Né pour mentir, entraîné pour mentir par une industrie qui ment pour vivre, et je l’ai appliqué en tant que romancier ».
(avec Kanishka Singh; version française Jean-Philippe Lefief et Jean Terzian)
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