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La France dénonce un « coup dans le dos » australien, compare Biden à Trump

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PARIS (Reuters) – La France a reçu un « coup dans le dos » de la part de l’Australie et Joe Biden se comporte comme Donald Trump, a déclaré jeudi Jean-Yves Le Drian après le revirement australien conduisant à l’annulation soudaine d’un contrat de fourniture de sous-marins français au profit d’un partenariat stratégique avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

Face aux ambitions de la Chine dans la région indo-pacifique, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie ont annoncé la conclusion d’une alliance qui amènera cette dernière à renoncer à un contrat de plusieurs dizaines de milliards de dollars avec la France, annoncé en 2016, sur la fourniture de sous-marins conventionnels construits par Naval Group, dont Thales est l’un des principaux actionnaires.

L’Australie se dotera à la place de sous-marins nucléaires américains.

« C’est vraiment (…) un coup dans le dos », a dit Jean-Yves Le Drian sur France info. « Nous avions établi avec l’Australie une relation de confiance, cette confiance est trahie. »

« Je suis aujourd’hui en colère, avec beaucoup d’amertume », a-t-il ajouté. « Ça ne se fait pas entre alliés. »

La ministre des Armées, Florence Parly, a pour sa part dénoncé « une remise en cause de la parole donnée ». « Et en matière de géopolitique et de politique internationale, c’est grave », a-t-elle dit sur RFI, assurant que la France n’avait eu connaissance de ce revirement australien que mercredi.

« CE N’EST PAS FINI »

Les deux ministres français ont encore eu fin août une réunion en visioconférence avec leurs homologues australiens à l’issue de laquelle ils avaient salué « le très haut degré de coopération stratégique et opérationnelle entre la France et l’Australie », l’accord conclu en 2016 entre les deux pays étant d’une portée plus large que la simple fourniture de sous-marins.

Jean-Yves Le Drian a prévenu que la France allait exiger des « clarifications » à l’Australie après la rupture de ce pacte.

« Ce n’est pas fini (…) nous avons des contrats, il va falloir que les Australiens nous disent comment ils s’en sortent », a dit Jean-Yves Le Drian.

Sur le plan industriel, alors que des centaines d’emplois pourraient être en jeu, Florence Parly a déclaré que la France allait « étudier toutes les voies (pour) faire en sorte que l’entreprise concernée, Naval Group, ne subisse pas de dommage économique ».

Naval Group a exprimé dans un communiqué sa « grande déception » après l’annonce de la décision australienne, dont il étudiera les conséquences avec l’Australie « dans les jours à venir ».

Actionnaire à hauteur de 35% de Naval Group, Thales a pour sa part confirmé l’ensemble de ses objectifs financiers 2021 malgré cette annulation de contrat.

UNE DÉCISION « BRUTALE » DES ETATS-UNIS

Au-delà du cas de l’Australie, la France a déploré jeudi l’attitude « assez insupportable » de l’administration américaine de Joe Biden.

« Cette décision unilatérale, brutale, imprévisible, ça ressemble beaucoup à ce que faisait M. Trump », a dit Jean-Yves Le Drian, en référence au précédent président américain.

A la question de savoir si la France s’était « fait avoir » par les Etats-Unis, le ministre des Affaires étrangères a répondu: « Je pense que vous analysez à peu près bien la situation, mais ça ne se fait pas entre alliés. »

« Notre position est celle d’une grande fermeté, d’une incompréhension totale et d’une demande d’explications », a-t-il ajouté.

Cette alliance américano-australienne au détriment de la France constitue à Paris un élément de défiance supplémentaire à l’égard des Etats-Unis de Joe Biden à peine plus d’un mois après la prise de Kaboul par les taliban, qui a contraint les Occidentaux à évacuer dans l’urgence et le chaos leurs ressortissants d’Afghanistan face au refus américain de retarder leur retrait militaire au-delà du 31 août malgré les demandes des Européens.

« Nous sommes lucides sur la manière dont les Etats-Unis considèrent leurs alliés et leurs partenaires, nous l’avons vu précédemment », a dit Florence Parly. « Nous aurions sans doute souhaité que les Etats-Unis puissent prendre en compte différemment leurs partenaires et leurs alliés. »

A Londres, le Premier ministre britannique Boris Johnson a affirmé devant le Parlement que la relation militaire entre la Grande-Bretagne et la France était « extrêmement solide ».

« Nous sommes aux côtés des Français, que ce soit au Sahel, où nous menons une opération conjointe contre les terroristes au Mali, ou en Estonie où nous avons actuellement la plus vaste opération de l’Otan », a-t-il dit.

La veille, Joe Biden avait assuré que la France restait « un partenaire crucial dans la zone indo-pacifique ».

La France est un « allié et partenaire clé de l’Australie », a également déclaré le Premier ministre australien Scott Morrison.

Pour Josep Borrell, le Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères, qui a dit ne pas été avoir consulté, cette annonce a rappelé l’importance pour l’Union européenne de renforcer son influence dans la région Indo-Pacifique.

« Nous devons survivre par nos propres moyens, comme le font les autres », a dit le porte-parole de la diplomatie européenne, ajoutant toutefois qu’il ne voulait pas nuire aux relations avec l’Australie.

La Chine a quant à elle dénoncé un partenariat anglo-saxon « sévèrement dommageable à la paix régionale et la stabilité », synonyme d’intensification de la course aux armements et nuisible aux efforts de non-prolifération nucléaire.

« La Chine suivra étroitement le développement de cette situation », a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian.

(Reportage Bertrand Boucey avec Anait Miridzhanian, édité par Jean-Stéphane Brosse et Jean-Michel Bélot)

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