JO: Le CIO suspend 2 entraîneurs biélorusses, Tsimanouskaïa évoque un ordre venu « d’en haut »
par Karolos Grohmann, Gabrielle Tétrault-Farber et Parniyan Zemeryalai
TOKYO (Reuters) – Deux responsables de la délégation biélorusse aux Jeux olympiques de Tokyo impliqués dans la tentative de rapatriement de force de l’athlète Kristsina Tsimanouskaïa, désormais réfugiée en Pologne, ont été exclus du village olympique et leurs accréditations ont été révoquées, annonce vendredi le Comité international olympique (CIO).
L’entraîneur en chef de l’équipe d’athlétisme biélorusse Youri Moïssevich et le directeur adjoint du centre biélorusse d’entraînement d’athlétisme olympique, Artur Shoumak, se sont vu demander de quitter le village olympique dans la capitale japonaise. Cette éviction n’a pas été commentée par la délégation olympique biélorusse à Tokyo.
« Dans l’intérêt du bien-être des athlètes du Comité national olympique de Biélorussie encore présents à Tokyo, le CIO a, par une mesure provisoire, annulé et retiré les accréditations de ces deux entraîneurs », a expliqué le CIO en ajoutant que les deux hommes pourraient faire valoir leur point de vue.
Les deux entraîneurs, tout comme le Comité national olympique biélorusse, avaient expliqué avoir retiré Kristsina Tsimanouskaïa des Jeux du fait de l’avis des médecins sur son état émotionnel et psychologique.
Dans un entretien exclusif accordé à Reuters jeudi à Varsovie, Kristsina Tsimanouskaïa a expliqué que les deux hommes lui avaient dit que l’ordre de la renvoyer en Biélorussie dimanche, à la veille de sa participation programmée au 200 mètres femme, venait « d’en haut ».
« Nous n’avons pas pris cette décision, nous nous contentons de l’exécuter », lui auraient-ils dit en expliquant qu’elle disposait de 40 minutes pour faire ses valises et se rendre à l’aéroport.
Pour éviter ce rapatriement de force dans son pays après ses critiques à l’encontre de ses entraîneurs, la sprinteuse de 24 ans a d’abord réclamé la protection de la police japonaise. Elle s’est réfugiée lundi dans l’enceinte de l’ambassade polonaise au Japon avant de gagner mercredi la Pologne – qui lui a accordé un visa humanitaire – où elle a retrouvé son mari jeudi.
Cette fuite mouvementée, qui fait écho aux défections vers l’Ouest d’athlètes soviétiques pendant la Guerre froide, menace d’isoler encore davantage le président Alexandre Loukachenko, déjà soumis à des sanctions occidentales.
Les vastes manifestations organisées pour contester sa réélection jugée frauduleuse le 9 août 2020 ont été sévèrement réprimées, et la plupart des chefs de file de l’opposition sont emprisonnés ou ont été contraints à l’exil.
Aux sanctions infligées au régime biélorusse à la suite de la répression de l’opposition ce sont ajoutées de nouvelles mesures après le détournement vers Minsk fin mai d’un avion commercial afin de permettre l’arrestation du journaliste dissident Roman Protassevitch.
Sollicité pour un commentaire après les déclarations de Kristsina Tsimanouskaïa, le porte-parolat du président biélorusse – dont le fils Viktor Loukachenko préside le Comité national olympique biélorusse – n’a pas répondu.
(Reportage Karolos Grohmann, Gabrielle Tetrault-Farber et Parniyan Zemaryalai ; version française Myriam Rivet, édité par Blandine Hénault)
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