Hongrie: Le limogeage d’un rédacteur en chef fait craindre pour la liberté de la presse
par Marton Dunai
BUDAPEST (Reuters) – Le propriétaire du principal site indépendant d’informations en Hongrie, index.hu, a annoncé mercredi le licenciement de son rédacteur en chef, un mois après les craintes exprimées par ce dernier quant à l’indépendance du média vis-à-vis du gouvernement.
Le licenciement de Szabolcs Dull a accru l’inquiétude d’une partie des journalistes hongrois, qui accusent le gouvernement nationaliste du Premier ministre Viktor Orban d’atteintes à la liberté de la presse pour obtenir une couverture médiatique favorable.
Index, qui avait placé son « baromètre de l’indépendance » sur « danger » pour dénoncer des tentatives d’influence sur son contenu, est de loin le principal média critique envers le gouvernement en Hongrie.
Les employés d’index.hu ont qualifié ce licenciement d' »inacceptable » et de tentative manifeste de pression pour nuire à l’indépendance de leur production éditoriale.
Si le gouvernement, qui ne s’est pas exprimé sur ce cas particulier, dément toute ingérence dans les médias, ce limogeage pourrait tout de même tendre encore plus les relations entre la Hongrie et la Commission européenne.
L’exécutif de l’UE, qui accuse Budapest de fragiliser l’Etat de droit, a engagé une procédure judiciaire qui pourrait aboutir à des sanctions financières contre la Hongrie.
Dans le cadre du plan de relance de l’UE adopté mardi, les dirigeants des Vingt-Sept ont toutefois finalement renoncé à conditionner le versement d’aides financières au respect de l’Etat de droit. Ce compromis pourrait, selon des analystes politiques, enhardir Viktor Orban.
« L’indépendance politique d’Index n’est pas menacée, » a rétorqué Laszlo Bodolai, le patron de la fondation propriétaire de l’éditeur du site. Selon lui, le rédacteur en chef limogé n’a pas su maîtriser les tensions internes dues à la perception d’une influence extérieure sur le fonctionnement de la rédaction, ce qui a entraîné une baisse des revenus et du volume publicitaire.
Szabolcs Dull pense pour sa part que son licenciement est lié aux commentaires qu’il a publiés sur le site au sujet de tentatives d’interférence extérieure et à l’évolution du « baromètre de l’indépendance » créé en 2018.
« Index est une puissante citadelle que quelqu’un veut à l’évidence abattre », a-t-il dit dans un message vidéo aux salariés vu par Reuters.
Les craintes pour l’indépendance d’Index se sont renforcées depuis que l’homme d’affaires Miklos Vaszily, jugé proche du gouvernement, a acquis cette année un contrôle important sur le financement du site internet.
Agnes Urban, directrice de l’institut de surveillance des médias Mertek, a déclaré à Reuters que le licenciement de Szabolcs Dull était un « signal inquiétant » qui renforce les craintes pour la liberté des médias en Hongrie.
(Avec Anita Komuves; version française Kate Entringer, édité par Bertrand Boucey)
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