Funérailles de Déby au Tchad, les rebelles visés par une frappe
par Madjiasra Nako
N’DJAMENA (Reuters) -Les obsèques du président Idriss Déby sont célébrées ce vendredi à N’Djamena, en présence d’Emmanuel Macron, arrivé la veille au soir dans la capitale tchadienne, QG de l’opération Barkhane menée par la France au Sahel.
La mort d’Idriss Déby a été annoncée mardi, des suites de blessures reçues alors qu’il s’était rendu sur la ligne de front séparant ses troupes des forces du groupe rebelle FACT (Front pour l’alternance et la concorde au Tchad) au nord de N’Djamena.
Les insurgés ont déclaré une trêve le temps des funérailles. Ils ont également déclaré que leur centre de commandement avait été visé par une frappe aérienne dans la nuit de mercredi à jeudi et que leur chef, Mahamat Mahadi Ali, était visé. Le FACT accuse la France d’avoir prêté assistance à ce bombardement par des moyens de surveillance aérienne.
« Notre centre de commandement a été bombardé sur ordre de la junte militaire avec la complicité des agences étrangères présentes dans notre pays », a déclaré le FACT dans un communiqué.
Il n’a pas précisé où se situait ce centre de commandement ni donné de détails sur d’éventuelles dégâts ou victimes des suites de ce raid aérien.
« L’armée française n’a mené aucune frappe aérienne cette semaine au Tchad », a réagi l’état-major des armées à Paris.
De source française, on indique que si l’aviation tchadienne a bien mené un raid sur la ligne de front, Mahamat Mahadi Ali n’en était pas la cible.
Les insurgés du FACT, un groupe formé en 2016 par des officiers militaires dissidents, ont pénétré le 11 avril dans le nord du Tchad depuis leur base en Libye et avancé vers le Sud. Ils se trouvent à environ 300 km au nord de N’Djamena.
Outre Emmanuel Macron, le président guinéen Alpha Condé, son homologue nigérien Mohamed Bazoum et une dizaine d’autres chefs d’Etat africains assistent aux obsèques.
Des tentes ont été dressées en vue de la cérémonie à proximité du palais présidentiel où plusieurs milliers de Tchadiens ont convergé pour rendre hommage au défunt, au pouvoir pendant trente ans.
« Il nous a protégés pendant si longtemps qu’aujourd’hui, nous sommes venus lui souhaiter un repos éternel. Un repos mérité », a déclaré Hassan Adoum, venu assister à la cérémonie.
Emmanuel Macron a été le premier dignitaire étranger à s’incliner devant le cercueil du président tchadien, drapé dans les couleurs de son pays.
Dès son arrivée à N’Djamena jeudi soir, le chef de l’Etat français s’était entretenu avec le conseil militaire de transition mis en place à l’annonce du décès d’Idriss Déby et présidé par le fils du président défunt, Mahamat Idriss Déby.
Un nouvel entretien a eu lieu vendredi matin avant les funérailles, en présence des dirigeants du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie et du Niger.
« Le G5 Sahel est mobilisé aux côtés du Tchad », a déclaré une source à l’Elysée, en évoquant une « unité de vues » entre la France et ses alliés pour soutenir le « processus de transition civilo-militaire pour la stabilité de la région ».
Des sources diplomatiques et militaires françaises ont indiqué que Paris envisagerait sérieusement d’intervenir si les rebelles venaient à trop s’approcher de N’Djamena et menacer la stabilité du pays.
Mahamat Idriss Déby, qui est âgé de 37 ans et a le grade de général, a promis que l’armée rendrait le pouvoir aux civils dans un délai de 18 mois.
L’opposition tchadienne dénonce un coup d’Etat institutionnel et a appelé à mener une campagne de désobéissance civile, alors qu’un général a déclaré que de nombreux officiers étaient opposés au plan de transition.
(Avec Edward McAllister; version française Jean-Stéphane Brosse et Tangi Salaün, édité par Jean-Michel Bélot)
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