France: Des aides-soignantes et infirmières contre l’obligation vaccinale
FONTENAY-AUX-ROSES (Hauts-de-Seine) (Reuters) – Depuis qu’Emmanuel Macron a annoncé l’obligation vaccinale contre le COVID-19 pour les soignants en France, sous peine de licenciement, Sandra Barona ne décolère pas.
L’aide-soignante de 45 ans qui travaille depuis sept ans dans une maison de retraite à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine) estime que le vaccin a été développé trop rapidement et que l’on manque de recul. Elle s’oppose donc à toute vaccination dans l’immédiat et envisage des mesures drastiques.
« Nous sommes dans un pays libre, soi-disant. ‘Liberté Egalité’. Si ça change, je pense qu’on devrait changer la devise également. Là on devient une dictature. On nous force à faire des choses qu’on ne veut pas faire », dit-elle.
« Je suis prête à démissionner, à changer de voie, pour ne pas faire le vaccin », ajoute-t-elle, reconnaissant toutefois qu’elle devra probablement se faire vacciner pour pouvoir voyager et rendre visite à sa mère en Guyane.
Face à la faible couverture vaccinale de certains professionnels, Emmanuel Macron a déclaré lundi que la vaccination serait rendue obligatoire d’ici le 15 septembre pour les personnels de santé, les employés dans les hôpitaux, les maisons de retraites, les établissements pour handicapés ou encore les bénévoles travaillant au contact des personnes âgées et fragiles, y compris à domicile.
Les professionnels non vaccinés à compter de cette date seront mis en congé sans solde, le temps pour eux de se mettre en conformité. S’ils ne sont toujours pas vaccinés quelques semaines plus tard, ils seront licenciés, a prévenu mardi le ministre de la Santé, Olivier Véran, sur BFMTV.
Selon Santé publique France, 61% des professionnels exerçant en Ehpad et en USLD (Unité de soins de longues durée) ont reçu une première dose de vaccin et 45% sont complètement vaccinés.
Il s’agit d’un taux plus important que dans la population générale mais insuffisant aux yeux du gouvernement qui craint une reprise de l’épidémie durant l’été avec la progression du variant Delta et de nouvelles contaminations chez les personnes les plus fragiles.
Certains soignants dénoncent une ingratitude de la part du gouvernement et une stigmatisation injuste alors qu’ils prenaient de nombreux risques au plus fort de la crise.
« Avant on était les héros et maintenant on nous montre du doigt en disant que c’est nous qui contaminons nos patients. Mais, on respecte les gestes barrière, on met le masque, on se lave les mains », dit Marie-France Boudret, infirmière dans un établissement à Boulogne-Billancourt.
« On était au cœur de cette pathologie. On a vu nos patients partir dans des conditions catastrophiques donc on fait très attention », ajoute celle qui s’est fait vacciner « à contrecoeur » en juin dernier, pensant bien que l’obligation allait devenir une réalité.
Martine Martin, une infirmière de 47 ans, qui exerce également dans les Hauts-de-Seine, ne prendra pas le risque de perdre son travail et ira se faire vacciner, mais, atteinte d’une maladie chronique très grave, elle se dit très inquiète des conséquences d’une injection sur sa santé.
« Je suis malade pendant trois semaines avec un vaccin contre la grippe. Que va-t-il m’arriver avec le vaccin contre le Covid ? », se demande-t-elle. « L’Etat n’en a rien à faire ».
« On doit être parfaits, prendre en charge des tonnes de personnes dans des conditions toujours plus difficiles, mais en retour, qui est là pour nous ? Personne. »
(Reportage Caroline Pailliez et Antony Paone, édité par Sophie Louet)
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