Faible mobilisation de la filière aéronautique à Toulouse contre les plans sociaux
TOULOUSE (Reuters) – Après la mobilisation historique mercredi de plusieurs milliers de salariés d’Airbus à Toulouse (Haute-Garonne), ce sont seulement 250 personnes qui ont défilé jeudi midi au départ de Blagnac, lieu du siège social de l’avionneur européen, vers l’aéroport de Toulouse-Blagnac pour protester contre les nombreux plans sociaux annoncés dans la filière aéronautique.
Cette journée de mobilisation était organisée à l’appel de la CGT, première organisation syndicale représentative de la filière aéronautique en Occitanie, qui compte 1.100 entreprises et 110.000 emplois, soit 40% de l’emploi industriel régional.
Derrière une banderole « Non aux suppressions de postes, répartition du travail entre tous sans perte de salaires », le cortège a rallié l’aéroport de Toulouse vers 13h15, comptant dans ses rangs des salariés de Derichebourg, de Latécoère, d’Akka Technologies mais aussi des représentants politiques de la France Insoumise, parmi lesquels le leader du mouvement, Jean-Luc Mélenchon.
Le député de la France Insoumise a plaidé pour « l’utilisation des compétences et savoir faire pour aller vers la reconversion écologique ».
« Pour la France, il y a un enjeu à garder cette capacité. Il est absolument certain que l’on ne retrouvera pas le niveau de production initiale d’avant la période Covid. Il faut dire franchement qu’on ne doublera pas le trafic aérien », a-t-il dit.
« VARIABLE D’AJUSTEMENT »
Egalement présent dans le cortège, Guillaume, ingénieur chez le sous-traitant Sogeclair depuis huit ans, s’inquiète de la baisse de charges d’Airbus, qui a déjà impacté sa société. Sogeclair a présenté fin juin un projet de plan de sauvegarde de l’emploi concernant 245 personnes en France sur 360.
« Près de 240 personnes sont toujours en chômage partiel actuellement car la baisse de cadence chez Airbus nous a touché directement », confie-t-il. « Je crains pour mon emploi car nous sommes le fusible, la variable d’ajustement ».
« Il faut profiter de cette période de baisse d’activité pour la formation mais j’ai l’impression que les milliards donnés par l’Etat vont juste renforcer les trésoreries des entreprises mais pas servir à préserver l’emploi », a-t-il ajouté.
José Pujol travaille quant à lui pour la société Latécoère, qui compte 1.200 salariés en Occitanie. « Pour l’instant aucun plan social n’a été annoncé mais nous attendons septembre pour voir l’impact sur l’emploi », assure-t-il.
« Nous avons dans notre société du personnel hautement qualifié qu’il ne faut pas perdre. Il faut se diversifier pour ne pas subir ce qu’ont connu il y a quelques années l’automobile et la chimie. Il faut voir autre chose que le côté économique et ne pas oublier l’humain car si 3.000 postes sont supprimés chez Airbus, cela sera trois fois plus pour la sous-traitance ».
UNE « CASSE SOCIALE » OPPORTUNISTE ?
Le 30 juin, Airbus a annoncé son intention de supprimer 15.000 postes d’ici l’été 2021, dont un tiers en France et 3.378 à Toulouse, dans le cadre d’un plan de restructuration mis en place pour faire face à la crise du transport aérien provoquée par la pandémie de coronavirus.
Treize ans après Power 8 qui portait sur 10.000 suppressions de postes chez Airbus et ses sous-traitants, il s’agit du plan social le plus lourd de l’histoire de l’avionneur.
Les syndicats de la filière aéronautique redoutent une « casse sociale » pas uniquement justifiée par la conjoncture économique.
« Bien sûr, il y a les baisses de cadence dans l’aéronautique mais il y a aussi des entreprises qui saisissent cette opportunité pour, en fait, sortir du tiroir des remises en cause au niveau de cession de sites, de consolidation, de suppressions d’emplois et de baisse de rémunération et une augmentation du temps de travail comme par exemple chez Derichebourg où un accord de performance collective a été signé faisant perdre 400 à 500 euros sur des salaires de 1.700 euros », a expliqué à Reuters Xavier Petracchi, délégué syndical CGT Airbus groupe.
Face à la crise, le gouvernement a lancé début juin un plan de 15 milliards d’euros – dont une aide de sept milliards déjà accordée à Air France – pour soutenir la filière aéronautique française, des aides assorties de conditions sur l' »accélération de la transformation écologique ».
Répondant aux critiques sur les plans sociaux annoncés dans l’aéronautique, la ministre déléguée chargée de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher a défendu jeudi la stratégie du gouvernement.
« Ce que nous faisons (…) en prenant des mesures d’accompagnement d’Air France, d’Airbus, de Renault, c’est pour empêcher ces entreprises de disparaître et c’est pour sauver le maximum d’emplois possible », a-t-elle dit sur Radio classique.
(Julie Rimbert, avec Myriam Rivet à Paris; édité par Henri-Pierre André et Blandine Hénault)
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