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En Europe, la « roulette russe » des injections anti-COVID-19 face à la pénurie d’aiguilles

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par Matthias Blamont et Caroline Copley

PARIS/BERLIN (Reuters) – Face à la pénurie d’aiguilles et de seringues adaptées à la vaccination contre le coronavirus, Laurent Fignon, médecin spécialiste en gériatrie dans le sud de la France, se retrouve parfois contraint d’improviser pour administrer aux résidents des maisons de retraite et au personnel de santé les doses du vaccin de Pfizer et BioNTech.

Autorisée ce mois-ci par le régulateur sanitaire européen, l’extraction de six doses dans chaque flacon du laboratoire américain au lieu de cinq nécessite l’utilisation d’une aiguille à la fois suffisamment fine pour minimiser les pertes et suffisamment longue pour permettre l’injection du vaccin dans le muscle deltoïde du receveur.

L’hôpital de Cannes, dans lequel Laurent Fignon travaille, a reçu de Santé Publique France des aiguilles trop courtes, a dit le médecin, qui a dû s’appuyer sur l’ingéniosité des pharmaciens de son établissement et sur la solidarité d’autres hôpitaux pour optimiser les flacons et vacciner selon le protocole du laboratoire.

« C’est juste une roulette russe (…) Impossible de savoir ce que l’on reçoit », a-t-il déclaré à Reuters.

Les campagnes vaccinales de nombreux pays européens ont été compliquées en janvier après que Pfizer a annoncé une réduction temporaire de sa production. L’Anglo-Suédois AstraZeneca a informé l’UE que ses livraisons seraient inférieures aux volumes convenus, également en raison de problèmes industriels.

Pfizer pense toutefois pouvoir livrer deux milliards de doses du vaccin contre le COVID-19 en 2021, avec l’augmentation de ses capacités et l’extraction systématique de six doses de ses flacons.

La Commission européenne fait d’ailleurs pression sur Pfizer et son partenaire pour obtenir davantage de seringues dites à espace mort faible qui limitent les pertes et d’aiguilles adaptées.

La société de biotechnologie allemande a déclaré qu’elle avait acheté 50 millions d’aiguilles pour les vendre à prix coûtant à des pays du monde entier.

Cependant, les dirigeants de l’industrie estiment que si la production d’aiguilles et de seringues au niveau mondial est suffisante pour répondre à la demande actuelle, la coordination chaotique des commandes entrave la livraison du matériel aux structures qui en ont le plus besoin.

Des travaux sont en cours pour évaluer la demande future et trouver des moyens d’y répondre, disent-ils.

APPEL À LA COORDINATION

En Allemagne, la distribution des vaccins est assurée par le gouvernement fédéral, mais les Länder sont responsables de l’obtention des aiguilles et des seringues nécessaires à l’injection des doses avec, pour l’heure, des résultats mitigés.

Certains d’entre eux, comme le Bade-Wurtemberg et la Thuringe, ont commandé très tôt le bon type d’aiguilles et de seringues. Mais d’autres, tels que la Bavière, la Sarre et la Basse-Saxe, doivent rattraper leur retard.

À la frontière tchèque, la Saxe doit également faire jouer la concurrence car la rareté de l’offre fait grimper les prix, a souligné Lars Werthmann, responsable régional de la logistique à la Croix-Rouge allemande.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de renoncer à une seule dose pour le moment. Et nous ne pouvons pas justifier un échec à cause d’une seringue à 5 centimes », a-t-il commenté.

B. Braun, le principal fabricant européen de matériel d’injection, dit faire face à une demande accrue de seringues et d’aiguilles.

« Avec nos concurrents, nous sommes actuellement en mesure de couvrir toutes les demandes liées aux produits nécessaires aux vaccinations », a indiqué Christine Bossek, porte-parole du groupe privé allemand. « Nous travaillons en parallèle sur des solutions pour nous assurer que ce sera également le cas à l’avenir. »

L’association fédérale de l’industrie des technologies médicales BVMed a par ailleurs affirmé qu’il n’y avait pas de ralentissement de la production et que le rythme d’approvisionnement en seringues et aiguilles était adéquat. L’organisation a toutefois appelé à une meilleure coordination des commandes.

« MAL EQUIPÉS »

La Suisse avait précédemment passé des commandes d’équipement en vue d’injecter cinq doses par flacon de vaccin. Le pays est désormais en pourparlers avec Pfizer pour obtenir le matériel nécessaire à l’extraction des six doses, a déclaré l’Office fédéral suisse de la santé publique.

Les responsables du Royaume-Uni, qui a démarré plus rapidement la campagne de vaccination, soulignent que les équipes de santé du pays ont reçu le kit d’injection approprié.

À Cannes, Laurent Fignon prévient que l’extraction de six doses ne pourra pas durer si les médecins ne disposent pas du matériel adapté.

« Certains pays ont été correctement équipés dès le départ, ça n’a pas été le cas ici en France, » dit-il.

Le ministère français de la Santé, qui a reconnu que l’extraction de la sixième dose était difficile et requérait un équipement spécifique, a indiqué qu’il était en train de travailler à améliorer l’approvisionnement.

En plus de l’engagement de BioNTech pour la fourniture d’aiguilles à prix coûtant, Pfizer a affirmé être en discussions étroites avec la Commission européenne et les États membres au sujet de leurs programmes de vaccination en vue de les aider à garantir la fourniture de seringues adaptées.

 

(Avec John Miller, Francesco Guarascio, Alistair Smout et Ludwig Burger, version française Juliette Portala, édité par Jean-Michel Bélot)

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