Les alliés des USA craignent un accord bâclé avec l’Iran
par John Irish et Parisa Hafezi
PARIS/DUBAI, 20 avril (Reuters) – Les alliés européens des Etats-Unis craignent que les négociateurs américains, dépourvus de véritable expérience du dossier, ne cherchent à conclure à la hâte un accord cadre avec l’Iran permettant à Donald Trump de revendiquer une victoire diplomatique sans rien résoudre des problèmes de fond, disent des diplomates ayant traité par le passé avec Téhéran.
Ils redoutent plus précisément que les Américains concluent un accord superficiel sur le programme nucléaire iranien et un allègement des sanctions contre Téhéran, qui ne ferait qu’ouvrir la voie à des mois voire des années de discussions complexes sur le plan technique en vue de son application concrète.
« L’inquiétude n’est pas qu’il n’y ait pas d’accord », a dit un diplomate européen de haut rang, l’un des huit interrogés par Reuters ayant travaillé sur le dossier du nucléaire iranien, ou continuant à le faire. « C’est qu’il y ait un mauvais accord initial qui crée des problèmes sans fin pour la suite. »
En réponse à des questions de Reuters portant sur l’équipe de négociateurs américains, sa méthode, ses objectifs et les dangers potentiels d’un accord rapide, la Maison blanche a rejeté ces critiques.
« Le président Trump a prouvé sa capacité à conclure de bons accords pour le compte des Etats-Unis et le peuple américain et il acceptera seulement un (accord) érigeant l’Amérique en priorité », a dit Anna Kelly, porte-parole de la Maison blanche.
Les diplomates français, britanniques et allemands, représentant trois pays ayant commencé à négocier avec l’Iran dès 2003, reconnaissent ne pas être impliqués cette fois.
De 2013 à 2015, ces trois pays ont oeuvré avec les Etats-Unis pour parvenir à un accord avec l’Iran sur un encadrement de son programme nucléaire en échange d’un allègement des sanctions internationales à son encontre, connu sous l’appellation Plan d’action global conjoint (JCPoA, selon son sigle anglais).
Donald Trump a retiré les Etats-Unis de cet accord, l’un des marqueurs diplomatiques de son prédécesseur Barack Obama, en 2018 au cours de son premier mandat à la Maison blanche, le jugeant « horriblement déséquilibré ».
LE VOLET NUCLÉAIRE EST LE PLUS ARDU
Après 40 jours de bombardements israélo-américains sur l’Iran, des négociateurs américains, emmenés par le vice-président JD Vance, et iraniens se sont retrouvés le 11 avril au Pakistan pour une séance de pourparlers infructueux, sur fond de profonde méfiance réciproque et de méthodes de négociation diamétralement opposées. Des signaux contradictoires sont envoyés depuis sur une éventuelle nouvelle rencontre à Islamabad.
« Il nous a fallu 12 ans et un immense travail technique », rappelle Federica Mogherini, impliquée dans la négociation du JCPoA en tant que haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères. « Est-ce que quelqu’un pense sérieusement que cela peut être fait en 21 heures? »
Pour les diplomates, une ébauche d’accord est possible, bâtie autour d’un volet nucléaire et d’un volet économique. La partie nucléaire demeure de loin la plus ardue, préviennent-ils cependant.
« Les Américains pensent que vous vous entendez sur trois ou quatre points dans un document de cinq pages et c’est bon mais sur le volet nucléaire, chaque clause ouvre la porte à une dizaine d’autres litiges », dit un autre diplomate européen.
Les discussions se concentrent sur le stock iranien de quelque 440 kg d’uranium hautement enrichi à 60%, susceptible de pouvoir rapidement servir à la fabrication de plusieurs armes nucléaires avec un enrichissement supplémentaire.
La solution privilégiée serait de réduire sa teneur en Iran même sous la supervision de l’Agence internationale de l’Energie atomique (AIEA). Une autre piste consisterait à adopter une approche hybride, avec une partie de ce stock expédiée à l’étranger.
La Turquie et la France ont été mentionnées comme des destinations possibles. Envoyer cet uranium aux Etats-Unis serait politiquement difficile pour l’Iran tandis que la Russie suscite des réticences à Washington, ont dit deux diplomates.
Le sort de cet uranium hautement enrichi nécessite à lui seul de longues négociations sur la manière de le récupérer, alors qu’il a probablement été enseveli par les frappes aériennes des Etats-Unis et d’Israël, sur la vérification des quantités ou encore sur son transport dans des conditions de sécurité suffisantes.
L’Iran a aussi évoqué la possibilité d’entreposer ce stock à l’étranger pour une période donnée.
« Quoi qu’il se passe maintenant, ce n’est que le point de départ », dit un diplomate occidental impliqué par le passé dans des pourparlers nucléaires. « C’est pourquoi le JCPoA de 2015 court sur 160 pages. »
« CE N’EST PAS UN ACCORD IMMOBILIER »
Au-delà de ce stock, le coeur des négociations porte sur le droit même de l’Iran à enrichir de l’uranium. Donald Trump exige publiquement un arrêt complet de cette activité tandis que l’Iran revendique ce droit à des fins civiles et dément toute ambition militaire.
Un compromis possible consisterait en un moratoire suivi d’une reprise de l’enrichissement à des niveaux très faibles encadré de strictes conditions.
Les Européens soulignent que l’AIEA doit jouer un rôle central dans ce processus, notamment via des vérifications poussées et un accès sans entrave aux sites iraniens.
« Une négociation avec l’Iran est méticuleuse et subtile: chaque mot compte », souligne Gérard Araud, qui a négocié au nom de la France de 2006 à 2009. « Ce n’est pas quelque chose que vous bâclez. »
Le volet économique d’un potentiel accord porte sur une levée des sanctions et un dégel d’avoirs iraniens.
A court terme, Téhéran réclame un accès à une partie des fonds iraniens bloqués à l’étranger. Un allègement plus global des sanctions interviendrait dans un second temps et nécessiterait un feu vert européen, disent les diplomates, alors que l’Iran considère comme essentielles sur le long terme les relations commerciales avec l’Europe.
Selon des responsables, les Américains là encore distinguent l’accord de principe du laborieux processus qu’il entraîne, une approche susceptible selon eux de heurter la culture politique iranienne.
« Ces négociations, ce n’est pas un accord immobilier qu’on conclut d’une poignée de mains », dit un diplomate régional de haut rang, informé par Téhéran, en allusion au profil des principaux représentants de Donald Trump, Steve Witkoff et son gendre Jared Kushner. « Elles impliquent des étapes, un allègement de sanctions et des pas réciproques dans le domaine nucléaire. »
« PAS ASSEZ D’EXPERTISE »
La guerre a durci la position de l’Iran, disent les diplomates, le conflit ayant pour l’instant prouvé sa capacité à absorber la pression même s’il cherche une bouffée d’oxygène financière.
La principale exigence de Téhéran est une garantie de non-agression après les attaques lancées par Israël et les Etats-Unis en pleine séquence diplomatique.
Cette préoccupation vaut aussi pour les alliés des Etats-Unis dans la région. Les pays du Golfe souhaitent que soient abordés le programme de missiles balistiques de l’Iran et les activités de ses organisations supplétives, tandis qu’Israël plaide pour une coercition maximale.
L’Iran, dont les capacités ont été affectées par le conflit, considère en revanche ses missiles comme une source de dissuasion essentielle.
Pour les diplomates, il est irréaliste de demander à Téhéran de renoncer totalement à ses missiles balistiques sans lui fournir des garanties de sécurité plus vastes.
Un responsable de haut rang au sein de l’administration Trump a déclaré que les lignes rouges américaines portaient sur l’arrêt de l’enrichissement d’uranium, le démantèlement des principaux sites d’enrichissement, la récupération du stock d’uranium hautement enrichi et un processus plus large d’apaisement impliquant les alliés dans la région.
Les responsables européens admettent qu’ils se sont en partie mis eux-mêmes hors jeu en faisant en sorte l’an dernier que les sanctions de l’Onu contre l’Iran soient rétablies et en qualifiant les Gardiens de la révolution iraniens d’organisation terroriste.
Ils pensent toutefois que la décision des Européens de rester à l’écart du conflit actuel n’est pas passée inaperçue à Téhéran.
« Il n’y a tout simplement pas assez d’expertise dans cette délégation américaine », dit un responsable européen, en rappelant qu’environ 200 diplomates et experts des questions financières et nucléaires étaient impliqués dans les discussions ayant abouti en 2015. « Nous avons travaillé sur ce dossier pendant deux décennies. »
Un responsable de la Maison blanche a déclaré que des représentants du Conseil de sécurité nationale, du département d’Etat et du département de la Défense étaient présents à Islamabad et continuaient de participer aux efforts en cours.
(Avec Trevor Hunnicutt et Matt Spetalnick à Washington, version française Bertrand Boucey, édité par Blandine Hénault)
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