BCE: Knot et De Cos donnés favoris pour la présidence après le départ de Lagarde
par Francesco Canepa
FRANCFORT, 18 février (Reuters) – Les anciens gouverneurs des banques centrales espagnole et néerlandaise sont considérés comme les favoris pour remplacer Christine Lagarde à la tête de la Banque centrale européenne (BCE), probablement dans le cadre d’un accord plus large qui pourrait leur permettre à tous deux d’obtenir un poste important au sein de l’institution.
La présidente de la BCE prévoit de quitter son poste avant la fin officielle de son mandat, en amont de l’élection présidentielle en France prévue en 2027, afin de permettre au président Emmanuel Macron d’avoir son mot à dire dans le choix de son successeur, a rapporté mercredi le Financial Times (FT).
Les économistes soulignent qu’un départ anticipé de Christine Lagarde augmenterait les chances que les dirigeants européens parviennent à un accord pour pourvoir les trois postes du directoire de la BCE qui seront vacants l’année prochaine : celui de Christine Lagarde elle-même, celui du chef économiste Philip Lane en mai 2027 et celui d’Isabel Schnabel à la fin de 2027.
L’ancien gouverneur néerlandais Klaas Knot et son homologue espagnol Pablo Hernández de Cos sont considérés par les économistes comme les candidats les plus susceptibles d’occuper deux de ces postes, ce qui signifie que celui qui n’obtiendra pas le poste le plus élevé pourrait en obtenir un autre.
Tous deux sont vus comme des banquiers centraux expérimentés, capables de protéger la BCE des pressions politiques — un sujet brûlant depuis les demandes virulentes du président américain Donald Trump à la Réserve fédérale (Fed) — et qui ne devraient pas créer de grandes surprises dans la fixation des taux d’intérêt, qui restent inchangés depuis huit mois.
« Il est certain que ces décisions seront liées entre elles et feront l’objet d’un compromis », souligne Piet Haines Christiansen, stratège en chef chez Danske Bank. « Elles sont proches dans le temps et concernent le même groupe de candidats », a-t-il ajouté.
« FAUCONS » ET « COLOMBES »
En tant que gouverneurs des banques centrales nationales, ils ont tous deux fait partie du Conseil des gouverneurs de la BCE chargé de fixer les taux d’intérêt.
Klaas Knot était un « faucon » qui s’opposait souvent à la politique monétaire accommodante de la BCE sous la présidence de Mario Draghi, mais sa position s’est adoucie vers la fin de son mandat, qui s’est achevé en juin dernier.
Pablo Hernández de Cos, partisan d’une politique accommodante mais capable de changer d’avis lorsque l’inflation a explosé en 2022, a accepté le poste de directeur de la Banque des règlements internationaux (BRI) l’été dernier.
Le récent poste occupé par le banquier espagnol pourrait constituer un avantage pour son collègue néerlandais si le poste de Christine Lagarde venait à être vacant dans un avenir proche.
« Cela pourrait augmenter les chances de Knot, ce qui serait une bonne chose car il jouit d’une crédibilité et d’une bonne réputation en tant que faucon pragmatique », observe Frederik Ducrozet, responsable de la recherche macroéconomique chez Pictet Wealth Management.
Il ajoute que Pablo Hernández de Cos pourrait paraître « un peu trop accommodant », en référence à la baisse des taux d’intérêt qui favorise les pays endettés du sud de l’Europe, comme l’Italie et la Grèce, par rapport aux pays moins endettés du nord, comme l’Allemagne et les Pays-Bas.
Andrzej Szczepaniak, économiste de Nomura, fait toutefois remarquer que l’Espagne n’a jamais fourni de président à la BCE, contrairement aux Pays-Bas, et que Bruxelles vient de nommer le banquier central croate Boris Vujcic, un faucon, au poste de vice-président de la banque centrale, deux facteurs qui pourraient faire pencher la balance en faveur de l’Espagnol.
Le gouverneur de la Banque de France (BdF), François Villeroy de Galhau, a annoncé la semaine dernière qu’il quitterait son poste en juin, ce qui signifie que le locataire de l’Elysée devra également nommer son successeur avant l’élection présidentielle de 2027.
UN NOM SURPRISE?
Du côté allemand, le président de la Bundesbank, Joachim Nagel, a manifesté son intérêt pour le poste, tout comme l’actuelle membre du Conseil de la BCE, Isabel Schnabel, qui pourrait toutefois se heurter à des obstacles juridiques pour rester au sein du directoire, son mandat n’étant pas renouvelable.
La première économie européenne, qui abrite le siège de la BCE à Francfort, n’a jamais occupé la présidence non plus.
Les économistes s’accordent toutefois à dire que tous les candidats sont compétents et qu’ils assureraient la continuité d’une institution qui se targue d’être imperméable à la pression des gouvernements lorsqu’elle fixe les taux.
« Tout le monde souhaite que la BCE reste entre des mains stables et que son président jouisse d’une forte crédibilité sur les marchés », note Rebecca Christie, chercheuse du groupe de réflexion Bruegel, ajoutant que « tous les candidats en tête actuellement possèdent ces qualités ».
Tous les observateurs soulignent également que les gouvernements de la zone euro, dont le choix doit être ratifié par le Parlement européen, pourraient également proposer un nom surprise, comme cela a été le cas pour Christine Lagarde elle-même au moment de sa nomination.
Cette nomination s’inscrit par ailleurs dans le cadre d’une transaction plus large qui concerne également le poste de président de la Commission européenne. La dernière fois, ce poste a été attribué à l’Allemande Ursula von der Leyen, ce qui a permis à la France d’obtenir la présidence de la BCE.
Spyros Andreoupoulos, fondateur du cabinet de conseil Thin Ice Macroeconomics, souligne toutefois qu’un départ prématuré de Christine Lagarde pourrait dissocier ces deux postes, étant donné que le mandat d’Ursula von der Leyen à la tête de l’exécutif européen court jusqu’en 2029.
« Il est vraiment trop tôt dans le processus pour avoir des convictions fortes sur l’identité du prochain président », indique la banque néerlandaise ABNnAmro dans une note à ses clients. « Il se peut très bien que la décision soit influencée par des considérations politiques, ce qui ouvre la porte à de nouveaux candidats ».
(Reportage Francesco Canepa ; version française Diana Mandiá, édité par Blandine Hénault)
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