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Evo Morales se réfugie au Mexique

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MEXICO (Reuters) – L’ex-président bolivien Evo Morales s’est réfugié mardi au Mexique, contraint de laisser derrière lui un pays qui a basculé dans le chaos dans les heures ayant suivi sa démission.

Evo Morales, qui se dit victime d’un complot fomenté selon lui par Carlos Mesa, son principal rival pour l’élection présidentielle du 20 octobre, a remercié le gouvernement mexicain qui, a-t-il dit, lui a « sauvé la vie » en lui accordant l’asile politique.

Il a promis de rester engagé sur la scène politique. « Aussi longtemps que je vivrai, nous resterons en politique », a-t-il dit lors d’une brève déclaration à la presse à sa descente d’avion, où l’attendait le ministre mexicain des Affaires étrangères, Marcelo Ebrard.

Les seuls crimes qu’il est prêt à confesser, a-t-il poursuivi, est d’appartenir à la communauté amérindienne et d’être un « anti-impérialiste ».

Morales est arrivé à bord d’un avion de l’armée de l’air mexicaine venu le récupérer dans la ville de Chimore, dans le centre de la Bolivie, où ses partisans ont retardé son décollage en entourant l’aéroport.

Son vol a ensuite été perturbé par le refus du Pérou d’autoriser une escale technique. L’avion a dû prendre la direction du Paraguay pour refaire le plein de carburant.

Après son atterrissage à Mexico, peu après 11h00 (17h00 GMT), Evo Morales a pris place à bord d’un hélicoptère militaire pour une destination que les autorités mexicaines n’ont pas dévoilée pour des motifs de sécurité.

La démission de Morales, qui était arrivé à la présidence en 2006, est survenue après plusieurs semaines de manifestations violentes pour contester le résultat de l’élection présidentielle. L’opposition a dénoncé une fraude du président sortant, dont la commission électorale a annoncé la réélection à l’issue du premier tour du scrutin le 20 octobre.

Premier président indigène de l’histoire du pays, Morales est vu par de nombreux Boliviens comme l’homme qui a apporté stabilité et croissance économique, mais ses détracteurs dénoncent un autocrate ayant défié les résultats du référendum de 2016 sur la limitation de la fonction présidentielle.

Pillages, affrontements, barricades: la Bolivie a plongé dans le chaos lundi dans les heures qui ont suivi la démission du président Evo Morales, lequel a annoncé dans la soirée être en route pour le Mexique, alors que l'armée bolivienne est venue épauler la police pour faire face aux actes de "vandalisme". /Photo prise le 11 novembre 2019/REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

Pillages, affrontements, barricades: la Bolivie a plongé dans le chaos lundi dans les heures qui ont suivi la démission du président Evo Morales, lequel a annoncé dans la soirée être en route pour le Mexique, alors que l’armée bolivienne est venue épauler la police pour faire face aux actes de « vandalisme ». /Photo prise le 11 novembre 2019/REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

TROUBLES ET PILLAGES

Son gouvernement s’est effondré dimanche quand l’Organisation des Etats américains (OEA) a signalé, dans un rapport rédigé sur la base d’un audit du scrutin présidentiel, de graves irrégularités dans le processus électoral.

Morales a été abandonné par des alliés au sein du parti au pouvoir et par l’armée. Il a annoncé dans la foulée dimanche son départ, qu’il a confirmé lundi dans une lettre à l’assemblée législative.

Sa démission, ainsi que celle de son vice-président, crée une vacance du pouvoir dans l’attente des résultats d’un nouveau scrutin encore hypothétique. Elle a également provoqué un nouvel accès de violences et de pillages.

Des entreprises ont été attaquées, des bâtiments ont été incendiés et la plupart des écoles et commerces sont restés fermés lundi. Les transports publics étaient à l’arrêt et les routes bloquées.

Le commandant des forces armées boliviennes a annoncé avoir ordonné aux troupes de mener des opérations conjointes avec la police contre les « actes de vandalisme ». S’exprimant devant des journalistes à La Paz, Williams Kaliman a assuré que les forces de sécurité feraient un usage « proportionné » de la force.

La démission de Morales doit encore être approuvée par l’Assemblée législative, convoquée mardi par les deux chambres du Congrès, ce qui pourrait être repoussé du fait de la situation sécuritaire.

Les élus du Mouvement pour le socialisme (MAS), le parti de Morales, menacent en outre de boycotter la séance.

Aux termes de la loi, le président du Sénat est chargé d’assurer l’intérim en cas d’absence de président et de vice-président. Mais la présidente du Sénat, Adriana Salvatierra, a elle aussi quitté ses fonctions dimanche soir.

La deuxième vice-présidente du Sénat, la chrétienne évangélique Jeanine Añez a annoncé elle qu’elle était disposée à assumer la présidence intérimaire, « seulement pour faire le nécessaire afin de convoquer des élections transparentes ».

Sous la présidence de Morales, la Bolivie a affiché l’un des plus forts taux de croissance d’Amérique latine et son taux de pauvreté a été réduit de moitié. Mais sa volonté de rester au pouvoir en briguant un quatrième mandat lui a fait perdre une partie de ses soutiens, y compris au sein de la communauté indigène.

(Stefanie Eschenbacher et Dave Graham avec Monica Machicao et Daniel Ramos à La Paz; Jean-Stéphane Brosse, Jean Terzian et Henri-Pierre André pour le service français)

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