Chrétiens persécutés au Pakistan
Le 22 juillet dernier, la Cour Suprême a suspendu la condamnation à mort de la chrétienne Asia Bibi, symbole du débat sur la loi anti-blasphème au Pakistan. Il y a quatre ans, le ministre des minorités religieuses Shahbaz Bhatti a été abattu à Islamabad. Il s’était prononcé en faveur de la libération d’Asia Bibi et de la révision des lois sur le blasphème. Ces deux exigences ne se sont malheureusement toujours pas réalisées.
Les lois sur le blasphème au Pakistan
Ce que l’on nomme «lois sur le blasphème» est contenu dans les articles 295 à 298 («Infractions à la religion») du Code pénal pakistanais. Quelques normes protègent la religion en général, d’autres se réfèrent explicitement à la protection de l’islam, au Coran et au prophète Mahomet. Elles s’opposent notamment au mouvement Ahmadiyya, qualifié d’«hérétique», auquel il est interdit d’utiliser des termes islamiques.
La plupart des accusations de blasphème sont arbitraires, sachant qu’il s’agit d’un très bon moyen pour se débarrasser d’un ennemi contre lequel on n’a aucun grief sérieux. Depuis la promulgation des lois sur le blasphème dans les années 1980, plusieurs milliers d’infractions ont été enregistrées. Environ 1000 personnes ont été condamnées, quelques-unes ont même été condamnées à mort. Asia Bibi est la première femme qui a été condamnée à la peine capitale pour blasphème. Il est à noter que jusqu’à présent, aucune de ces peines capitales n’a été exécutée. Par contre, des islamistes ont déjà lynché plusieurs dizaines de personnes qui étaient accusées de blasphème.
Plus de la moitié des plaintes sont portées contre des musulmans. Mais proportionnellement à la population, les minorités religieuses sont visées de manière totalement disproportionnée: alors que les minorités religieuses ne constituent qu’environ 7 % de la population du Pakistan, elles sont la cible de 40 % des accusations de blasphème.
Shahbaz Batti

Shahbaz Bhatti † à Islamabad, avec les collaborateurs de CSI John Eibner (à gauche) et Gunnar Wiebalck © CSI France
Shahbaz Batti, membre du Parti du peuple pakistanais et ministre des Minorités religieuses dans le gouvernement du Premier ministre Youssouf Raza Gilani, était le seul chrétien du gouvernement pakistanais. Il était conscient que son engagement mettait en danger sa propre vie. Mais les menaces de mort ne l’empêchaient pas de protester contre les lois sur le blasphème, qui permettaient trop facilement de condamner des innocents. Il ne craignait même pas de visiter Asia Bibi, la plus connue parmi les prisonniers accusés de blasphème.

Imran Ghafur Masih a été condamné à mort pour blasphème ; un voisin qui convoitait sa librairie l’a accusé d’avoir brûlé des pages du Coran pour se débarrasser de lui © CSI France
Le 2 mars 2011, il est abattu par des islamistes sur le chemin du travail. « Cet assassinat est un avertissement pour tous ceux qui se prononcent contre les lois sur le blasphème », déclare alors un porte-parole des talibans.
Quatre ans après le meurtre de M. Bhatti, aucune condamnation n’a été prononcée. Un des suspects a été acquitté par manque de preuves ; un autre, qui avait avoué le crime, a été libéré sous caution en juillet 2014, soi-disant pour des raisons médicales. Deux autres suspects se trouvent encore en prison. Dans le bulletin d’octobre 2014, Christian Solidarity International a lancé un appel pour exiger la condamnation des assassins de M. Bhatti.
Salman Taseer

Shagufta Kausar (image) et Shafqat Emmanuel sont condamnés à mort pour des SMS blasphématoires, alors qu’ils sont presque analphabètes. Ils sont parents de quatre enfants © CSI France
Deux vies ont été laissées pour des exigences qui ne sont toujours pas remplies. Deux mois avant Shahbaz Bhatti, c’est le gouverneur musulman de la province du Punjab, Salman Taseer, qui a été tué. Et Asia Bibi est encore enfermée. Et aucune révision des lois sur le blasphème n’est prévue. Des personnes innocentes sont régulièrement accusées de blasphème et rouées de coups par des foules sauvages. Plusieurs dizaines d’entre elles ont même été assassinées.
Shama Bibi et Shahzad Masih
Le meurtre de Shama Bibi (28 ans) et de son mari Shahzad Masih (32 ans) l’année dernière a suscité l’indignation sur la scène internationale. Accusés d’avoir brûlé des pages du Coran, on les avait jetés vivants dans un four en brique. Shama et Shahzad avaient quatre enfants et Shama était enceinte du cinquième.
Les protestations se sont rapidement éteintes, mais une fois encore, rien n’a changé. – Nous n’avons pas le droit de nous résigner devant cette injustice révoltante! Shahbaz Bhatti et Salman Taseer ne peuvent pas être morts en vain!
Asia Bibi
Asia Bibi est également accusée de blasphème contre le prophète et condamnée à mort. Selon la jurisprudence pakistanaise, le blasphème est condamné plus durement que le vol ou même le meurtre. C’est « le crime des crimes », écrit Asia Bibi dans son livre, rédigé par la journaliste française Anne-Isabelle Tollet. Pour se débarrasser d’une personne avec qui on est en conflit, il suffi t de l’accuser de blasphème, ajoute Asia Bibi.

Asia Bibi est une jeune chrétienne du Pakistan, mère de cinq enfants, condamnée à mort pour blasphème.
Il faisait très chaud ce jour-là. Asia Bibi travaillait aux champs avec un groupe de femmes. L’une d’elles qui, comme Asia Bibi, habitait le village d’Ittanwali, se mit à injurier la jeune femme, lui ordonnant de se convertir à l’islam.
Elle l’accusait d’avoir pollué l’eau en buvant, et que les musulmanes ne pouvaient pas boire après elle à la même source. « Je n’ai pas l’intention de me convertir, répondit Asia Bibi, je crois en Jésus-Christ. Il est mort sur la croix pour les péchés de l’humanité. Qu’a donc fait votre prophète Mahomet pour sauver l’humanité ? Pourquoi serait-ce à moi de me convertir, et non à vous ? »
Folles de rage, les femmes se jetèrent sur Asia Bibi pour la tabasser, l’insultant de façon abjecte. Asia Bibi a immédiatement été emprisonnée. Son mari et ses enfants, eux aussi menacés de mort, ont dû quitter le village. Le 8 novembre 2010, Asia Bibi a été condamnée à mort ainsi qu’à une amende élevée. Sa condamnation a été confirmée en 2014 par la Cour supérieure de Lahore. Le 22 juillet 2015, la Cour suprême du Pakistan a accepté d’examiner l’appel de cette mère de famille chrétienne.
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