Deux nouvelles arrestations après la mort d’un militant identitaire, le siège de LFI évacué
PARIS, 18 février (Reuters) – Le siège national de La France insoumise (LFI), parti mis en cause dans la mort du militant identitaire Quentin Deranque à Lyon, a été brièvement évacué mercredi à Paris en raison d’une alerte à la bombe, une « menace » exacerbant le climat de tension politique à l’approche des élections municipales de mars.
Le parti de Jean-Luc Mélenchon est de fait sous pression et isolé après l’interpellation de l’assistant d’un de ses députés, Raphaël Arnault, dans l’enquête pour « homicide volontaire » ouverte après l’agression mortelle d’un militant du collectif d’extrême droite Némésis en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences-Po Lyon, jeudi dernier.
Après avoir annoncé peu après 11h00 que le siège de LFI, situé dans le 10e arrondissement à Paris, venait d’être évacué à la suite d’une « menace à la bombe », le coordinateur du parti, Manuel Bompard, a déclaré à la presse environ une heure plus tard qu’une inspection des locaux avait permis d’écarter la présence d’explosifs et que les salariés pouvaient reprendre leurs activités.
Une source policière a par la suite confirmé qu’aucun élément suspect n’avait été découvert.
Un courriel de menaces transmis à plusieurs destinataires non précisés, que l’entourage de Jean-Luc Mélenchon a rendu public, affirmait notamment que des « explosifs » avaient été placés dans les locaux dans la nuit de mardi à mercredi avec ces deux phrases de conclusion : « Vous allez le payer au centuple pour avoir assassiné Quentin. En 2027 on va faire du sale. »
Au total, 11 personnes âgées « d’une vingtaine d’années » ont été interpellées puis placées en garde à vue dans le cadre de l’enquête sur la mort du militant : neuf mardi soir (deux femmes et sept hommes) puis deux autres mercredi matin (une femme et un homme), a fait savoir le parquet de Lyon.
Les interpellations sont intervenues dans le Rhône, la Drôme, l’Aisne, l’Isère, et la Haute-Loire.
GARDES À VUE PROLONGÉES
Les gardes à vue des neuf personnes interpellées mardi soir ont été prolongées mercredi de 24 heures, a déclaré le parquet de Lyon.
« Sur les onze personnes interpellées, sept d’entre elles sont actuellement placées en garde à vue pour les chefs d’homicide volontaire, violences aggravées de trois circonstances avec ITT inférieure à 8 jours et association de malfaiteurs en vue de commettre un délit puni d’au moins cinq ans d’emprisonnement », a-t-il précisé. « Les quatre autres personnes gardées à vue, le sont du chef de mise à disposition de moyens en vue de se soustraire aux recherches. »
Une source policière a dit mardi soir à Reuters que Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire de Raphaël Arnault, député LFI du Vaucluse depuis 2024, figurait parmi les premiers interpellés.
Son avocat Me Bertrand Sayn, interrogé par le correspondant de Radio France à Lyon, a déclaré que Jacques-Elie Favrot avait reconnu « la commission de violences et sa présence sur les lieux » mais réfuté être l’auteur des coups mortels.
« Il a exposé également qu’en aucun cas il ne s’agissait d’un guet-apens, mais en vérité d’un affrontement », a ajouté l’avocat, dont le client s’est dit « dévasté par l’ampleur de cette tragédie ».
La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a interdit à Jacques-Elie Favrot ainsi qu’à un autre collaborateur de Raphaël Arnault également placé en garde à vue d’accéder au Palais Bourbon.
Elle a également estimé que LFI devait s’interroger sur l’opportunité de maintenir Raphaël Arnault dans ses rangs.
BREGEON APPELLE À « FAIRE LE MÉNAGE »
Raphaël Arnault, qui a fondé le groupuscule antifasciste la Jeune Garde en 2018, a été condamné en février 2022 à quatre mois de prison avec sursis pour « violences volontaires en réunion » en marge d’un rassemblement d’extrême droite à Lyon.
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a confirmé mercredi au Sénat que l’élu faisait l’objet d’une fiche « S » du renseignement intérieur.
Le groupe de la Jeune Garde a été dissous en juin 2025. Selon la même source policière, les personnes en garde à vue sont issues de « la mouvance d’ultra-gauche ».
S’exprimant mercredi matin sur franceinfo, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a pressé LFI de « faire le ménage » dans ses rangs, reprenant une expression employée la veille par le Premier ministre Sébastien Lecornu.
Reprochant au parti de Jean-Luc Mélenchon d’avoir cultivé une proximité avec la Jeune Garde, « qui fait du combat physique son but et sa méthode », l’ancien président socialiste François Hollande a estimé pour sa part que ce lien devait être « rompu entièrement » par LFI, formation avec laquelle, a-t-il dit, « la relation (…) est terminée ».
La présidente du groupe LFI à l’Assemblée, Mathilde Panot, a accusé les détracteurs de LFI de porter une responsabilité « immense » dans les menaces visant le parti d’extrême gauche.
« Après les dégradations de nos permanences, les menaces de mort et de viol contre nous, je veux dire solennellement à ceux qui ne cessent de nous cibler : votre responsabilité est immense », a-t-elle écrit sur le réseau social X. « À ceux qui pensent nous intimider : nous ne céderons pas et jamais vous n’arriverez à bout de nous ! »
(Rédigé par Benjamin Mallet, avec Elizabeth Pineau, Bertrand Boucey, et Nicolas Delame; édité par Blandine Hénault, Sophie Louet, Jean-Stéphane Brosse et Jean Terzian)
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