Syrie: Damas reprend des territoires aux Kurdes, affrontements autour de prisons
19 janvier (Reuters) – Les troupes de Damas ont renforcé lundi leur emprise dans le nord et l’est de la Syrie au lendemain du retrait soudain des forces kurdes, qui fait suite à un accord de cessez-le-feu conclu sous la pression de l’avancée des forces gouvernementales.
Les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes, autrefois principales alliées des États-Unis en Syrie, ont accepté dimanche de se retirer de deux provinces à majorité arabe qu’elles contrôlaient depuis des années, Deir al Zor et Raqqa, y compris des champs pétrolifères.
Malgré l’accord, qui prévoit la fusion de toutes les forces des FDS au sein des ministères syriens de la Défense et de l’Intérieur, des affrontements ont été signalés lundi.
Les FDS ont déclaré qu’elles se heurtaient aux forces gouvernementales près d’une prison où sont incarcérés des membres du groupe État islamique (EI), à al Aqtan dans la périphérie de Raqqa, dans le nord du pays.
La coalition kurde a également déclaré qu’une prison où elles détenaient des milliers de combattants de l’EI à Chaddadeh dans l’est du pays avait été saisie après une attaque par des groupes armés affiliés au gouvernement syrien.
Les FDS ont dit avoir affronté les assaillants et les avoir repoussés à plusieurs reprises, mais que des dizaines de leurs combattants avaient été tués. Les forces de la coalition dirigée par les États-Unis ne sont pas intervenues malgré les appels à l’aide répétés, a déclaré le groupe kurde.
L’armée syrienne a déclaré que des membres de l’EI s’étaient échappés de leurs geôles.
Le ministère syrien de la Défense a démenti toute attaque de prisons et déclaré que ses forces étaient parvenues à al Aqtan et avaient commencé à « sécuriser » l’établissement et ses environs.
En vertu d’un accord d’intégration conclu dimanche, la responsabilité des prisons abritant des détenus de l’EI doit être transférée au gouvernement syrien.
FORCES GOUVERNEMENTALES DÉPLOYÉES À RAQQA
L’armée syrienne a accusé les FDS de tenter de faire échouer l’accord, rapportant que trois de ses soldats avaient été tués dans des attaques.
Le retrait des FDS marque toutefois le plus grand changement d’équilibre territorial depuis que les combattants islamistes ont renversé le président Bachar al Assad en 2024.
Cela fait également pencher la balance du pouvoir en faveur du président syrien Ahmed al Charaa après des mois d’impasse dans les négociations avec les FDS.
La Turquie voisine, qui considère les FDS comme une organisation terroriste et qui a déployé à plusieurs reprises des forces dans le nord de la Syrie afin de limiter le pouvoir kurde, a salué l’accord signé par son Ahmed al Charaa et le commandant des FDS Mazloum Abdi.
Des journalistes de Reuters ont fait état de la présence de forces gouvernementales à Raqqa, que les FDS avaient reprise à l’organisation État islamique en 2017, et dans les installations pétrolières et gazières de la province orientale de Deir al Zor, jusqu’à présent contrôlées par les forces kurdes.
Les FDS, menées par les Unités de protection du peuple (YPG), avaient établi leur contrôle sur environ un quart du territoire syrien pendant la guerre civile de 2011-2024, tout en combattant avec le soutien des troupes américaines contre l’EI.
Les États-Unis, qui ont depuis établi des liens étroits avec Ahmed al Charaa sous la présidence de Donald Trump, ont été étroitement impliqués dans la médiation entre les parties.
À Raqqa, les forces de sécurité intérieure et la police militaire ont mis en place des points de contrôle et vérifiaient les pièces d’identité.
Des sources sécuritaires à Raqqa ont déclaré à Reuters que la ville avait été vidée des combattants des FDS pendant la nuit, même si des tireurs isolés ont résisté jusqu’à dimanche soir.
À Deir al Zor, un journaliste de Reuters a constaté des forces de sécurité syriennes à la fois sur le champ pétrolifère d’al Omar, le plus grand de Syrie, et sur le champ gazier de Conoco.
LES FDS CONSERVENT LE CONTRÔLE DU NORD-EST DE LA SYRIE
Les FDS conservent le contrôle de la province nord-est de Hassaké, dont la ville à majorité kurde de Qamichli, les principales prisons où sont détenus les membres de l’EI et un camp accueillant des milliers de prisonniers liés à l’EI.
Mazloum Abdi, le commandant des FDS, a confirmé dimanche que les FDS avaient accepté de se retirer des provinces de Deir al Zor et de Raqqa.
Mazloum Abdi et Ahmed al Charaa devaient se rencontrer lundi. Les détails de l’accord seront communiqués au public après son retour sur le territoire contrôlé par les FDS, ont rapporté les médias kurdes.
Les FDS restent déterminées à protéger les « acquis » de la région kurde dans le nord-est, a déclaré Mazloum Abdi.
L’accord engage également les FDS à expulser toutes les personnalités non syriennes affiliées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
Des membres du Parti de la justice et du développement (AKP) du président turc Recep Tayyip Erdogan ont déclaré que cela levait un obstacle majeur dans le processus de paix entre la Turquie et le PKK.
(Reportage Jana Choukeir et Maya Gebeily, Suleiman al-Khalidi, Jana Choukeir et Ahmed Elimam, Daren Butler, Ece Toksabay ; rédigé par Tom Perry ; version française Etienne Breban ; édité par Sophie Louet)
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