La Syrie face au défi de la reconstruction et de la réunification
DAMAS, 8 décembre (Reuters) – La Syrie a marqué lundi le premier anniversaire de la chute de Bachar al Assad, l’an I de la reconstruction et de la pacification pour un pays fracturé, économiquement sinistré et meurtri par des années de guerre civile.
Des cérémonies officielles étaient prévues en plusieurs villes du pays et particulièrement à Damas sur la place centrale des Omeyyades, théâtre de scènes de liesse après la fuite de Bachar al Assad vers la Russie, et symbole d’une « libération » précaire après 54 années de domination de la dynastie Assad.
Des parades militaires devaient également avoir lieu lundi.
Dans la nuit du 7 au 8 décembre 2024, Bachar al Assad et sa garde rapprochée prenaient acte de l’effondrement du régime baasiste face à l’avancée fulgurante de la coalition de groupes armés rebelles emmenée par le Hayat Tahrir al Cham (HTC), ex-branche syrienne d’Al Qaïda, et le djihadiste Ahmed al Charaa. Après Alep, Deraa, ou encore Homs, Damas tombait pratiquement sans coup férir.
A Alep, des habitants ont formé des cortèges de voitures, klaxonnant et brandissant le nouveau drapeau syrien. « Nous commençons à aimer le pays. Avant, on ne l’aimait pas, on le fuyait », témoigne Mohammed Karam Hammami.
Ahmed al Charaa, qui s’emploie non sans succès à réintégrer la Syrie au sein de la communauté internationale malgré une situation intérieure instable marquée par des violences intercommunautaires, s’est rendu lundi à la mosquée des Omeyyades à Damas pour la prière de l’aube.
Le nouveau dirigeant de la Syrie portait l’uniforme militaire qu’il arborait lors de la campagne de décembre 2024, rapporte l’agence de presse officielle SANA.
A la tête d’une mosaïque ethnique et religieuse, Ahmed al Charaa s’est engagé à instaurer un régime inclusif avec pour priorité le rétablissement économique du pays, où quelque 80% de la population vivent sous le seuil de pauvreté.
Manoeuvrant habilement pour obtenir l’appui des Etats-Unis, l’ex-djihadiste a notamment été reçu le 10 novembre à la Maison blanche par Donald Trump, a rencontré le président russe Vladimir Poutine à Moscou en octobre pour obtenir le maintien des bases russes sur le sol syrien, et a été reçu par le président français Emmanuel Macron à Paris en mai dernier.
Ahmed al Charaa, de facto ennemi de Moscou durant la guerre civile syrienne (2011-2024), a appelé de ses voeux une redéfinition des relations avec la Russie et pris ses distances avec le régime iranien. Il s’est assuré également le soutien des Etats du Golfe et de la Turquie.
« LA SYRIE VIT SES MEILLEURS MOMENTS »
L’objectif premier est la levée des sanctions économiques internationales, principalement occidentales, qui affectent le pays. L’ex-chef rebelle y est déjà partiellement parvenu.
« Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, si Dieu le veut, nous reconstruirons une Syrie forte avec une structure digne de son présent et de son avenir », a déclaré lundi Ahmed al Charaa, selon des propos rapportés par SANA.
Si cette diplomatie pragmatique porte ses fruits, elle est menacée par une instabilité interne qui demeure, face à l’interventionnisme redoublé d’Israël contre des infrastructures stratégiques et cibles militaires syriennes depuis décembre 2024.
Des violences intercommunautaires meurtrières, particulièrement en juillet dans la région de Souweïda (sud) entre Druzes et bédouins, fragilisent le processus de transition politique. Les affrontements, qui ont fait plusieurs centaines de morts, ravivent le spectre de la guerre civile.
Les rassemblements et événements commémoratifs ont ainsi été interdits dans le nord-est de la Syrie, sous domination kurde, pour des raisons de sécurité. L’administration régionale a fait état de « cellules terroristes » actives préparant de possibles attentats.
« La Syrie vit ses meilleurs moments », a assuré pourtant Ahmed al Charaa durant le week-end, dans le cadre d’un forum au Qatar, réaffirmant sa volonté de punir les responsables des violences.
Le président intérimaire se donne encore quatre ans pour mener à bien la transition, refonder les institutions, le corpus législatif et doter le pays d’une nouvelle Constitution qui sera soumise à référendum. Au terme de ce processus, a-t-il dit, des élections seront organisées.
La Syrie post-Assad est pour l’heure sous le régime d’une Constitution provisoire adoptée en mars, d’un Parlement désigné en octobre par scrutin indirect. Il incombe à Ahmed al Charaa de nommer le tiers des 210 représentants de la Chambre, ce qui n’a pas encore été fait.
L’Onu a déclaré que 1,2 million de réfugiés syriens avaient regagné leur pays depuis la chute d’Assad, ajoutés aux 1,9 million de déplacés à l’intérieur de la Syrie. Quelque 16,5 millions de Syriens dépendaient de l’aide humanitaire en 2025, selon les Nations unies.
(Rédigé par Tom Perry, version française Sophie Louet, édité par Kate Entringer)
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