Jean-Pierre Mustier sur le départ, UniCredit flanche en Bourse
L’annonce soudaine du prochain départ de Jean-Pierre Mustier a fait chuter le titre UniCredit mardi à la Bourse de Milan, les investisseurs craignant de voir la banque italienne se lancer dans un périlleux projet d’acquisition de la fragile Banca Monte dei Paschi (MPS).
Le banquier français, respecté dans les milieux financiers italiens pour ses quatre années à la tête d’UniCredit, a annoncé lundi soir qu’il quitterait son poste d’administrateur délégué au terme de son mandat actuel en avril – ou dès qu’un successeur lui aura été trouvé – en raison de ses désaccords stratégiques avec le conseil d’administration.
Agé de 59 ans, l’ancien de Société Générale s’est montré hostile à des opérations de fusion-acquisition, préférant rester à l’écart du mouvement de consolidation à l’oeuvre dans un secteur bancaire italien fragmenté et privilégier une augmentation de la rémunération des actionnaires.
En quatre ans, Jean-Pierre Mustier a levé 14,5 milliards d’euros en cédant des actifs, notamment ce qui était autrefois considéré comme les joyaux de la couronne d’UniCredit, les gestionnaires d’actifs Pioneer Investments et Fineco.
Ces cessions, ajoutées à un appel au marché de 13 milliards d’euros, ont permis de consolider le bilan de la banque et l’ont aidée à se débarrasser de 54 milliards d’euros de créances douteuses.
Cet assainissement lui a valu des louanges qui se sont progressivement transformées en critiques, certains ayant espéré que la puissance de feu financière retrouvée permettrait de se lancer dans des acquisitions, ce qu’il a refusé jusqu’à provoquer la rupture.
MONTE DEI PASCHI PAS ACQUIS
Le gouvernement italien cherche un acquéreur pour Banca Monte dei Paschi, que l’Etat a sauvée en 2017, et des sources rapportent qu’il a identifié UniCredit comme le repreneur idéal.
Pier Carlo Padoan, qui doit prendre la présidence du conseil d’UniCredit, est précisément l’architecte du sauvetage de Monte dei Paschi en tant que ministre de l’Economie à l’époque.
Jean-Pierre Mustier, selon lequel les rapprochements « ne sont pas la panacée » pour le secteur bancaire, n’a jamais caché ses réticences à l’idée de reprendre un établissement non rentable devenu depuis des années le symbole des difficultés des banques italiennes.
Dans ses discussions avec les autorités à Rome, il a ainsi fixé des conditions strictes à un éventuel mariage entre UniCredit et Monte dei Paschi, ont dit des sources.
« Mustier a été un fervent partisan de la stratégie de la rentabilité du capital plutôt que du M&A », écrit Citi, selon lequel son départ va être interprété par les investisseurs comme « un facteur de risque de premier ordre pour le rôle d’UniCredit dans la consolidation italienne, aux dépens de la rentabilité des capitaux propres et du profil de risque. »
L’action UniCredit a perdu 8% à 7,95 euros ce mardi alors que le titre MPS a pris 3,7%, signe que le marché croit au moins en partie au scénario d’un rapprochement.
Deux sources informées des réflexions au sein du conseil d’administration d’UniCredit ont toutefois déclaré que les investisseurs ne devaient pas prendre une acquisition de Monte dei Paschi comme une affaire entendue.
Dans la soirée, un porte-parole d’Unicredit, s’exprimant au nom des administrateurs, a déclaré que « le conseil d’administration n’acceptera(it) jamais une transaction qui nuirait aux intérêts du groupe et en particulier à sa structure capitalistique ».
« Le groupe continuera à soutenir l’économie et à distribuer du capital aux actionnaires », a ajoute le porte-parole.
Au-delà du différend sur Monte dei Paschi, Jean-Pierre Mustier a aussi dû affronter un mécontentement grandissant quant à la performance d’UniCredit en Bourse, même si elle a été légèrement supérieure à celle du secteur bancaire européen dans son ensemble.
« UN COSTUME BIEN GRAND À ENFILER »
La pandémie a en outre mis à mal sa stratégie de rémunération des actionnaires avec l’interdiction de verser un dividende imposée aux banques de la zone euro cette année.
Accentuant la pression sur les épaules de Jean-Pierre Mustier, UniCredit a en outre dû céder au cours de l’été son statut de première banque d’Italie à Intesa Sanpaolo avec le rachat d’UBI par cette dernière.
S’il a fait d’UniCredit une banque plus solide, Jean-Pierre Mustier l’a aussi rendue moins italienne, ce qui lui a, là encore, attiré des critiques.
Il a notamment cédé la participation qu’UniCredit détenait de longue date au sein de Mediobanca, la banque d’affaires du tissu industriel italien.
Une forte opposition interne l’a en revanche contraint à renoncer à son projet de scissions des activités internationales et domestiques de la banque.
« J’ai traité avec Mustier en tant que ministre et je l’ai trouvé plutôt froid et détaché à l’égard de l’Italie comme si la banque n’en faisait en quelque sorte pas partie », a déclaré l’ancien ministre de l’Industrie Carlo Calenda lundi lors d’une émission de télévision.
Au sujet du départ du Français, il a ajouté: « Je ne suis pas du tout désolé. »
Pour JPMorgan, le successeur du banquier français va avoir « un costume bien grand à enfiler étant donné le puissant bilan de Mustier en termes de gestion des coûts et de réalisation des objectifs ».
Le prochain départ de Jean-Pierre Mustier alimente la vague actuelle de renouvellement à la tête des grandes banques européennes, qui a déjà concerné cette année Credit Suisse, UBS, ING, Commerzbank et Lloyds.
(version française Bertrand Boucey, édité par Blandine Hénault et Jean-Stéphane Brosse)
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