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Réseau électrique au Cameroun : fin des bricoleurs, l’autorité reprend la main

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Pendant des années, ils opéraient en toute impunité. Des techniciens autoproclamés, des bricoleurs du dimanche ou des intermédiaires douteux qui, moyennant quelques billets, raccordaient un voisin au réseau, trafiquaient un compteur ou s’aventuraient dans une armoire électrique sans jamais montrer patte blanche. Cette époque semble désormais révolue.

Depuis le 23 février 2026, un arrêté ministériel impose une règle simple : sans document officiel, aucune intervention n’est permise.

Sur le terrain, certains agents d’Eneo respirent enfin. « Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de fois où nous arrivons sur une panne et découvrons qu’un inconnu est déjà passé avant nous, sans savoir qui, ni pourquoi », raconte un technicien rencontré à Yaoundé, visiblement soulagé. « Nous travaillons dans des conditions risquées, et quand le réseau a été manipulé de façon anarchique, c’est encore plus dangereux.

Chez les usagers, le sentiment est plus nuancé. Dans les quartiers périphériques, où un raccordement légal peut prendre des mois, parfois des années, les branchements clandestins sont souvent perçus comme une solution de survie. « Je comprends qu’il faut de l’ordre, mais qu’on nous donne d’abord accès à l’électricité dans les règles », lâche un habitant d’un quartier non loti. « Ce n’est pas par plaisir qu’on passe par des voies détournées. »

Le texte instaure désormais un arsenal documentaire destiné à tracer chaque geste sur le réseau. Tout intervenant ( transport, distribution ou comptage ) doit être porteur d’un document officiel signé par un responsable compétent. Ce papier doit préciser son identité, la nature des travaux, la zone concernée et la durée de la mission. Il doit pouvoir être présenté à tout moment aux forces de l’ordre, aux autorités administratives ou même aux riverains.

Sans ce sésame, l’intervention est automatiquement qualifiée de frauduleuse. Les sanctions administratives s’appliquent, et des poursuites pénales peuvent suivre.

La mise en œuvre repose sur les trois piliers du secteur : Arsel, le régulateur, chargé de veiller au respect du cadre ; Sonatrel, gestionnaire du transport, et Eneo, distributeur, qui devront adapter leurs procédures et former leurs équipes.

« C’est une bonne chose sur le papier, mais tout dépendra de l’application », tempère un observateur du secteur énergétique. « Si les contrôles ne suivent pas, l’arrêté restera lettre morte, comme beaucoup de textes avant lui. »

Derrière cet arrêté se joue une question plus large : la fiabilité d’un réseau fragilisé par des années de manipulations anarchiques. Dans un pays où la demande en énergie progresse et où les coupures restent une réalité quotidienne, chaque intervention non autorisée aggrave la situation. En imposant traçabilité et responsabilité, le gouvernement fait le pari que l’ordre technique peut contribuer à un service plus stable  et plus sûr pour tous.

Désormais le plus difficile semble être de convaincre ceux qui, faute d’alternative, avaient appris à se débrouiller seuls.

 

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