Stellantis veut revenir sur le télétravail en Europe
PARIS, 12 mars (Reuters) – Stellantis pousse ses salariés en col blanc en Europe à revenir travailler à 100% en présentiel pour une plus grande efficacité, a dit à Reuters le constructeur automobile en difficulté, revenant sur plusieurs années de politique dominée par le télétravail.
Le groupé né de la fusion entre PSA et FCA veut voir plusieurs dizaines de milliers de salariés revenir travailler progressivement sur site à plein temps d’ici l’an prochain, a dit un porte-parole, marquant un revirement drastique alors que depuis l’épidémie de COVID, les salariés hors production en France, Italie et Allemagne pouvaient travailler jusqu’à seulement un jour et demi en présentiel.
Le retour au bureau est une « priorité stratégique » du redressement de Stellantis et sera déployé sur mesure selon les règles en vigueur dans chaque pays et selon la disponibilité des surfaces de travail, a ajouté Stellantis.
Le constructeur franco-italo-américain a déjà informé ses salariés aux Etats-Unis qu’ils devront travailler à 100% en présentiel à compter du 30 mars.
En Europe, ce mouvement commencera en France, en Italie et en Allemagne et « s’étendra progressivement à d’autres pays », précise le groupe sur des supports visuels communiqués lors d’un récent comité restreint du comité de groupe européen, ont dit deux sources syndicales.
En Allemagne, Stellantis a informé environ 5.400 salariés que le retour à plein temps sur site « tiendra compte des circonstances régionales », tandis qu’en Italie, le groupe veut que 60% des 8.000 salariés concernés travaillent trois jours par semaine en présentiel d’ici septembre prochain, puis cinq jours d’ici 2027.
En France, environ 8.500 salariés ont été prévenus du changement par email le 9 février, avec une première cible intermédiaire à trois jours à compter du milieu de l’année.
Pour cela, Stellantis a rénové notamment un ancien bâtiment, le CEMR B, renommé « Hydrae », à Poissy (Yvelines), pour agrandir le tout nouveau Green Campus du groupe, inauguré l’an dernier mais ne disposant finalement pas d’assez de postes de travail pour accueillir tout le monde dans la nouvelle configuration.
Jean-Marie Roy, représentant CFTC chez Stellantis, vient d’intégrer le nouveau bâtiment, comme plusieurs centaines de salariés de retour de congés cette semaine. Le site peut pour l’heure accueillir 1.200 personnes trois jours par semaine.
« C’est un peu comme un retour en arrière », dit-il, appelant à une négociation « constructive » avec la direction « pour concilier efficacement vie professionnelle et vie personnelle ».
Le principal syndicat du groupe, la CFE-CGC, a organisé un sondage en ligne, où 90% des participants se sont dit hostiles à un retour complet sur site.
Jean-Marie Roy note une forte opposition notamment chez les salariés déjà transférés d’un autre site en région parisienne en 2023, ainsi que ceux qui vivent loin de leur lieu de travail.
« Ce revirement brutal, décidé sans réelle concertation, met à mal dix ans de politique pionnière en matière d’agilité et génère un climat d’inquiétude majeur », déclare de son côté Laurent Oechsel, représentant de la CFE-CGC.
Il relève aussi que les arguments de la direction précédente en faveur du télétravail tiennent encore, à savoir moins de temps dans les transports et moins de pollution associée.
C’est sur ces principes que se basent les accords toujours en vigueur sur le temps de travail chez Renault – deux jours en moyenne sur site – ou chez les allemands Volkswagen, BMW et Mercedes-Benz, qui encouragent les équipes individuelles à fixer les règles du télétravail.
(Reportage Gilles Guillaume à Paris, Nora Eckert à Detroit, Giulio Piovaccari à Milan et Rachel More à Berlin, édité par Sophie Louet)
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