Venezuela: Le bilan des séismes s’aggrave, 589 morts, près de 3.000 blessés et des milliers de disparus
par Vivian Sequera, Mayela Armas et Tibisay Romero
CARACAS/LA GUAIRA/MORÓN, 26 juin (Reuters) – Les équipes de secours oeuvraient sans relâche au Venezuela pour retrouver des centaines de personnes toujours prises au piège des décombres après que deux des plus puissants séismes de l’histoire moderne de l’Amérique latine ont frappé Caracas et ses environs, faisant au moins 589 morts.
La président par intérim Delcy Rodriguez a fait état vendredi d’un nouveau bilan de 589 morts et 2.980 blessés après les violents tremblements de terre de magnitude 7,2 et 7,5 survenus mercredi à environ 160 km à l’ouest de Caracas.
Le séisme le plus meurtrier de l’Histoire moderne du Venezuela remontait jusqu’ici à l’année 1967 et avait fait 240 morts.
Un site internet créé pour recenser les personnes disparues et relayé par les dirigeants de l’opposition faisait état de 49.600 personnes portées disparues vendredi, tandis que l’U.S. Geological Survey redoutait plus de 10.000 morts.
Le ministère espagnol des Affaires étrangères a annoncé que trois de ses ressortissants étaient décédés, que quatre étaient coincés sous les décombres et que 99 autres étaient portés disparus.
Alors que des équipes de secours étrangères arrivaient sur place, des pompiers, des soldats et des citoyens désemparés fouillaient les bâtiments en ruines, certains utilisant leurs mains nues et des lampes de poche dans les endroits privés d’électricité.
« Il est sous les décombres et nous n’avons pas de matériel pour le sortir de là », témoigne Yamileth Jimenez à propos de son fils de 19 ans, pris au piège de leur immeuble de sept étages qui s’est effondré à à La Guaira, une ville côtière aux portes de Caracas.
Des milliers de personnes se retrouvent sans abri dans un pays déjà affaibli par des décennies de crises économique et politique qui ont appauvri la nation, provoqué l’exode de millions de personnes et drastiquement réduit les services publics.
Beaucoup vivent dans des bidonvilles de fortune à flanc de colline, les « barrios ».
« Mon immeuble est inhabitable et je n’ai plus rien désormais. Il n’y a que mon fils et moi, et je n’ai pas de famille dans le pays », raconte Suhayl Sarquiz, 50 ans, qui a perdu son emploi il y a quelques mois.
« C’est une tragédie », s’émeut Beatriz Rodriguez, 60 ans, dont le neveu a été amputé des deux jambes après avoir été écrasé lors des séismes. Un autre de ses neveux a été tué.
DORMIR DANS LA RUE
Le gouvernement a confirmé que 250 bâtiments avaient été endommagés ou détruits. Au moins huit hôpitaux, la Croix-Rouge vénézuélienne et l’ambassade de France figuraient parmi les bâtiments signalés comme gravement endommagés.
Près de 7 millions de personnes pourraient être touchées, a indiqué l’organisme des Nations unies chargé des migrations, qui fournit des abris d’urgence et d’autres secours.
La Guaira, l’État côtier limitrophe de Caracas qui abrite le principal aéroport du pays, figure parmi les zones les plus durement touchées. Nombre de bénévoles ont emprunté l’autoroute Caracas-La Guaira pour acheminer de l’eau, de la nourriture et des médicaments.
« Nous avons tout perdu », déclare Pedro Perez, 64 ans, propriétaire d’un atelier de tapisserie d’ameublement, qui a expliqué avoir perdu à la fois sa maison et son entreprise et dormir dans la rue avec sa femme et ses enfants.
« Nous espérons que les secours arriveront rapidement. »
Près de l’épicentre, à Morón, une ville balnéaire de l’État de Carabobo, les maisons se sont effondrées et les habitants se sont retrouvés sans eau ni électricité. Les familles ont récupéré ce qu’elles pouvaient, notamment des matelas, des téléviseurs et des machines à laver.
Des journalistes de Reuters ont vu des membres d’un « colectivo » — ces groupes de motards proches du gouvernement, depuis longtemps accusés de harceler les partisans de l’opposition — participer aux opérations de secours.
Des pays du monde entier ont promis leur soutien, y compris certains qui se sont opposés au Venezuela pendant des décennies d’isolement international, de répression politique et de détérioration économique sous le Parti socialiste au pouvoir.
Delcy Rodriguez, qui a pris les rênes du pays après la capture du président Nicolas Maduro par les États-Unis en janvier, a remercié tant le président américain Donald Trump que le président russe Vladimir Poutine pour leur appui.
Washington a assoupli ses sanctions afin d’autoriser l’acheminement d’une aide humanitaire destinée aux victimes des séismes. Donald Trump a assuré que les États-Unis étaient « prêts, disposés et capables d’apporter leur aide ».
AIDE DE L’ÉTRANGER
Delcy Rodriguez a publié des images montrant des équipes cynophiles mexicaines arrivant à l’aéroport endommagé de La Guaira, qui n’est ouvert qu’aux vols officiels et militaires.
Tom Fletcher, responsable de l’aide humanitaire à l’Onu, a déclaré que l’organisation coordonnait les équipes de secours internationales et qu’un « effort collectif massif » serait nécessaire dans un pays où 8 millions de personnes avaient besoin d’une aide humanitaire avant les séismes.
« Les premières heures sont cruciales pour sauver des vies », a déclaré Ciro Ugarte, directeur des urgences de l’Organisation panaméricaine de la santé et de l’Organisation mondiale de la santé, ajoutant que les hôpitaux prenaient en charge de nombreuses personnes souffrant de fractures et de brûlures.
La mission des Nations unies pour les droits de l’Homme au Venezuela a exhorté le gouvernement à lever les restrictions imposées à certains réseaux sociaux, qualifiant la connectivité de « question de vie ou de mort ».
Le fournisseur d’accès Starlink a annoncé qu’il offrirait un service gratuit jusqu’au 25 juillet aux nouveaux clients dans les zones touchées, et qu’il s’efforçait de déployer des terminaux dans les zones les plus durement affectées afin de contribuer au rétablissement des communications.
Dans le secteur pétrolier, vital pour ce membre de l’Opep, les entreprises étrangères ont indiqué que leurs activités n’avaient pas subi de perturbations majeures et que les infrastructures semblaient avoir été largement épargnées.
La Bourse de Caracas est restée fermée, transformée en centre de collecte d’aide.
(Reportage de Vivian Sequera, Deisy Buitrago, Mayela Armas, Tibisay Romero, Reuters TV, Keren Torres, Tathiana Ortiz et Mariela Nava à Caracas and around Venezuela; Bureaux Reuters ; Rédigé par David Latona et Andrew Cawthorne; Version française Matthieu Huchet, édité par Sophie Louet)
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