RDC: L’ex président Kabila discute avec des opposants du futur politique du pays
par Sonia Rolley et Ange Kasongo
(Reuters) – L’ancien président de la République démocratique du Congo (RDC) Joseph Kabila a initié des négociations avec des opposants quant au futur politique du pays alors que les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda continuent de gagner des territoires dans l’est du pays, ont rapporté à Reuters cinq sources familières du sujet.
Les négociations, qui incluent également des membres de la société civile, représentent une nouvelle menace potentielle pour l’actuel président congolais Félix Tshisekedi, critiqué pour sa gestion de l’avancée sans précédent des rebelles du M23.
Félix Tshisekedi et Joseph Kabila ont un temps conclu un accord pour se partager le pouvoir après l’élection présidentielle de 2018 avant que le premier ne prenne de l’influence sur le second.
Les relations entre les deux hommes se sont distendues à tel point que l’actuel président de la RDC a accusé son prédécesseur de soutenir le mouvement du M23, qui s’emparait le mois dernier de la ville de Bukavu, la deuxième plus grande de l’est du pays.
Joseph Kabila n’a pas réagi publiquement aux accusations avant de publier une tribune dans l’édition du 23 février d’un journal sud-africain, accusant Félix Tshisekedi de violer la Constitution, de commettre des violations des droits de l’homme et de mener la RDC au bord d’une guerre civile.
L’ex-président s’est montré tout aussi critique en privé, selon des sources ayant échangé directement avec Joseph Kabila ou ayant connaissance d’échanges entre ce dernier et des opposants politiques et des membres de la société civile.
Joseph Kabila aurait avancé que « le régime de Félix Tshisekedi est bientôt terminé », selon une des sources.
« On verra ce qu’ils vont faire », a ajouté la source, qui n’a pas souhaité être identifiée en raison de la sensibilité des discussions.
TRANSITION POLITIQUE
Toutes les sources ont rapporté que, si Joseph Kabila et ses lieutenants ont parlé d’une sorte de transition politique, aucun détail sur la manière dont cela pourrait se dérouler n’a été dévoilé.
L’ancien président a publiquement rencontré en décembre à Addis-Abeba les dirigeants de l’opposition, Moïse Katumbi et Claude Lubaya.
Dans une rare interview accordée cette semaine à un média namibien, Joseph Kabila a appelé à un processus de paix inclusif, tout en restant vague sur ses propres motivations.
« Seul Dieu sait. Nos intentions restent d’être disponibles pour servir notre pays, servir notre peuple », a déclaré Joseph Kabila après avoir rencontré plusieurs dirigeants africains en marge des funérailles de l’ancien président de Namibie Sam Nujoma.
Emmanuel Ramazani Shadary, un des dirigeants du parti de Joseph Kabila, a déclaré à Reuters qu’il serait « bon » d’exclure Félix Tshisekedi des discussions sur le futur politique de la RDC mais qu’il était important de respecter la Constitution.
Félix Tshisekedi a émis le mois dernier son souhait de former un gouvernement d’union nationale, sans donner plus de détails.
L’actuel président congolais se méfie de son prédécesseur. Une source de sécurité et un membre de haut rang du gouvernement ont rapporté à Reuters cette semaine que les autorités ont bloqué un navire appartenant à Joseph Kabila sur le lac Tanganyika, soupçonnant qu’il soit utilisé pour transporter des armes à des groupes alliés au M23.
L’offensive du M23 est l’escalade la plus grave depuis plus d’une décennie d’un conflit qui remonte à la fuite en RDC de nombreux Hutus ayant participé au génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, et qui a été aggravé par une lutte impitoyable pour le contrôle des riches ressources minérales de l’est de la RDC.
Le Rwanda rejette les accusations de Kinshasa, de l’Onu et des pays occidentaux selon lesquelles il soutient activement le M23 en lui fournissant armes et soldats. Kigali dit se défendre contre la menace d’une milice hutue qui combat aux côtés de l’armée congolaise.
(Version française Zhifan Liu, édité par Kate Entringer)
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