Plus de 2.000 morts en Iran, Trump appelle les Iraniens à continuer de manifester
par Elwely Elwelly
DUBAÏ/DETROIT, 13 janvier (Reuters) – Le président américain Donald Trump a appelé mardi les Iraniens à continuer de manifester et à prendre le pouvoir, leur assurant qu’ils allaient bénéficier d’aide alors que le mouvement de contestation qui secoue la République islamique depuis le 28 décembre a fait plus de 2.000 morts.
« Patriotes iraniens, CONTINUEZ À MANIFESTER – PRENEZ LE CONTRÔLE DE VOS INSTITUTIONS !!!… L’AIDE EST EN ROUTE », a écrit Donald Trump dans un message publié sur son réseau Truth Social, ajoutant avoir annulé toutes les réunions avec des responsables iraniens jusqu’à ce que les « tueries insensées » de manifestants cessent.
Le locataire de la Maison blanche a dit avoir annulé toutes ses réunions avec des responsables iraniens jusqu’à ce que les « tueries insensées » de manifestants cessent. Il a demandé plus tard aux Iraniens de « se rappeler des noms des tueurs et des agresseurs qui vous font du mal, car ils paieront un très lourd tribut ».
Interrogé sur ce qu’il voulait dire par « l’aide est en route », Donald Trump a dit aux journalistes qu’ils devraient répondre eux-mêmes à cette question.
Lundi, Donald Trump avait déclaré qu’il passait en revue des « options très fortes » – y compris militaires – face à la répression violente menée par le régime de Téhéran, prévenant également que tout pays faisant affaire avec l’Iran s’exposerait à des droits de douane de 25% dans ses échanges commerciaux avec les Etats-Unis.
Mardi, le ministère russe des Affaires étrangères a condamné dans un communiqué une « ingérence extérieure subversive » dans la politique intérieure iranienne et déclaré que les menaces américaines de nouvelles frappes militaires étaient « catégoriquement inacceptables ».
Téhéran n’a pas encore réagi publiquement aux droits de douane annoncés par Donald Trump, mais la Chine les a rapidement critiqués, avertissant qu’elle défendrait ses droits. L’Iran, déjà soumis à de lourdes sanctions américaines, exporte une grande partie de son pétrole vers la Chine, tandis que la Turquie, l’Irak, les Émirats arabes unis et l’Inde comptent également parmi ses principaux partenaires commerciaux.
Après la publication du message de Donald Trump mardi sur Truth Social, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale d’Iran, Ali Larijani, a répliqué sur X que le président américain et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu étaient les « principaux meurtriers » du peuple iranien.
L’organisation de défense des droits humains HRANA, basée aux États-Unis, a dénombré 2.003 morts en lien avec la contestation en Iran depuis le 28 décembre – dont 1.850 manifestants, 135 militaires ou membres des forces de sécurité et 9 passants -, ainsi que 16.784 personnes arrêtées. Un responsable iranien avait auparavant avancé un bilan de « quelque 2.000 morts » auprès de Reuters.
MERZ PRÉDIT LES « DERNIERS JOURS ET SEMAINES » DU RÉGIME
L’UE proposera « rapidement » de nouvelles sanctions contre les responsables de la répression des manifestations en Iran, a pour sa part déclaré mardi sur X la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, évoquant un nombre de victimes « effroyable » et condamnant « l’usage excessif de la force et la restriction continue des libertés ».
Bien que les analystes estiment que l’Iran a surmonté des vagues de protestations de plus grande ampleur, le mouvement actuel survient à un moment particulièrement délicat pour les autorités compte tenu de l’ampleur des difficultés économiques du pays.
Illustrant les interrogations de la communauté internationale quant à la suite des événements, le chancelier allemand Friedrich Merz a estimé mardi qu’une chute du régime semblait se profiler, sans préciser si ce scénario reposait sur des renseignements.
« Je suppose que nous assistons actuellement aux derniers jours et semaines de ce régime », a-t-il déclaré, ajoutant que si le pouvoir devait se maintenir par la violence, « il touchait effectivement à sa fin ».
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a rejeté les critiques de Friedrich Merz, accusant Berlin de pratiquer une politique de deux poids, deux mesures et déclarant que le chancelier n’avait aucune crédibilité.
Malgré les manifestations en cours à l’échelle nationale et des années de pressions extérieures, l’élite sécuritaire de la République islamique ne montre pour le moment aucun signe de dissensions susceptibles de mettre fin au régime en place depuis la Révolution islamique de 1979.
INTERNET TOUJOURS INSTABLE
Les autorités iraniennes ont tenté d’adopter une double approche face à la contestation, reconnaissant la légitimité des manifestations liées aux difficultés économiques tout en imposant une sévère répression.
« Le gouvernement considère les forces de sécurité et les manifestants comme ses enfants. Dans la mesure de nos capacités, nous avons essayé et nous essaierons d’écouter leurs voix, même si certains ont essayé de détourner ces manifestations », a déclaré mardi la porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani.
Les autorités accusent les États-Unis et Israël d’attiser les troubles aux côtés de personnes non identifiées qualifiées de terroristes qui, selon elles, ont pris le contrôle des manifestations.
Mohammadreza Sabaghian, un député qui représente une partie de la province de Yazd, dans le centre de l’Iran, a déclaré que le gouvernement devait répondre au mécontentement populaire, sous peine que « les mêmes événements se produi(sent) avec une intensité accrue ».
Alors que des restrictions de communications ont freiné la circulation des informations ces derniers jours, le bureau des droits de l’homme de l’Onu a déclaré mardi que les services téléphoniques avaient été rétablis, mais que les connexions internet avec l’Iran restaient instables.
Des vidéos montrant des affrontements nocturnes entre manifestants et forces de sécurité au cours de la semaine passée – dont plusieurs authentifiées par Reuters – ont révélé des confrontations violentes, avec des coups de feu et des voitures et bâtiments incendiés.
Les autorités iraniennes ont déclaré lundi qu’elles maintenaient des canaux de communication ouverts avec Washington. « Nous avons le devoir de dialoguer et nous le ferons certainement », a déclaré mardi la porte-parole du gouvernement.
La porte-parole de la Maison blanche, Karoline Leavitt, a quant à elle déclaré lundi aux journalistes que, bien que des frappes aériennes fassent partie des nombreuses possibilités qui se présentent à Donald Trump, « la diplomatie reste toujours la première option pour le président ».
Abbas Araqchi a déclaré que Téhéran étudiait les idées proposées par Washington, bien que celles-ci soient « incompatibles » avec les menaces américaines.
(Reportage d’Elwely Elwelly à Dubaï, rédigé par Michael Georgy et Angus McDowall, avec Susan Heavey à Washington, Maxim Rodionov à Moscou et Emma Farge à Genève, version française Benjamin Mallet, édité par Blandine Hénault)
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