Pas de dégel américano-russe après les discussions à Genève
par Emma Farge
GENEVE (Reuters) – Huit heures de discussions « franches et directes » sur la crise ukrainienne et plus généralement la sécurité en Europe n’ont pas permis de rapprochement significatif des positions des Etats-Unis et de la Russie lundi à Genève.
Américains et Russes ont vanté leur fermeté pendant ces échanges qui visaient davantage à tracer des lignes rouges qu’à trouver des compromis, et si les deux pays se sont dits prêts à poursuivre le dialogue, chacun a dit attendre de l’autre qu’il fasse le premier pas.
Pour les Etats-Unis, l’objectif premier de cette rencontre impulsée par Moscou à la faveur de la pression militaire exercée à la frontière avec l’Ukraine était d’essayer d’écarter tout risque d’invasion russe sans pour autant faire de concessions sur les nombreuses demandes de Moscou en matière de sécurité.
A l’issue des discussions avec le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, la secrétaire d’Etat adjointe Wendy Sherman a assuré que la délégation américaine avait rejeté sans l’ombre d’une ambiguïté les propositions russes visant à fermer la porte à l’adhésion de nouveaux pays à l’Otan.
« Nous avons été fermes (…) pour repousser des propositions de sécurité qui ne sont pas recevables aux yeux des Etats-Unis », a-t-elle déclaré à la presse.
« Nous ne renoncerons pas à la coopération bilatérale avec des Etats souverains qui souhaitent travailler avec les Etats-Unis, et nous ne prendrons pas de décisions concernant l’Ukraine sans l’Ukraine, l’Europe sans l’Europe ou l’Otan sans l’Otan », a insisté la responsable de l’administration Biden.
La perspective de voir l’Ukraine intégrer un jour l’Alliance atlantique est régulièrement brandie par la Russie, qui y voit une menace pour sa propre sécurité, pour justifier d’avoir massé quelque 100.000 soldats à la frontière entre les deux pays depuis plusieurs mois.
À QUI LE PREMIER GESTE?
Alors que Washington et Kiev y voient un prélude à une possible invasion de l’Ukraine, huit ans après l’annexion de la péninsule de Crimée, Moscou dément avoir un tel projet et dénonce une attitude agressive et provocante de l’Otan et de l’Ukraine.
Moscou ne « menace personne » et ne « lance pas d’ultimatum », a réaffirmé Sergueï Riabkov pendant une conférence de presse au terme de la réunion à Genève.
Le responsable russe a cependant lancé une mise en garde à peine voilée à l’Alliance atlantique en soulignant l’intérêt pour cette dernière de « faire un geste » pour répondre aux préoccupations « non négociables » de Moscou.
« Si cela ne se produit pas, ce serait une erreur de la part de l’Otan et cela porterait atteinte à sa propre sécurité », a-t-il prévenu.
Du point de vue américain, c’est au contraire à la Russie de démontrer qu’elle est prête à faire baisser la tension à la frontière ukrainienne, auquel cas les Etats-Unis seront tout disposés à discuter rapidement et plus en profondeur des questions bilatérales, a dit Wendy Sherman.
« La Russie peut apporter la preuve de sa volonté de désescalade en renvoyant ses troupes dans leurs casernes », a souligné la secrétaire d’Etat adjointe.
Tout en jugeant « possible » un accord avec les Etats-Unis, Sergueï Riabkov a reconnu que les deux pays avaient des visions diamétralement opposées de la situation.
« Malheureusement, nous avons de grandes divergences dans nos approches de principe à ce sujet. Les Etats-Unis et la Russie ont à certains égards des positions aux antipodes sur ce qu’il faut faire », a dit le responsable russe.
Trouver un terrain d’entente passera par des compromis et un respect par les deux pays de leurs intérêts mutuels, a-t-il ajouté.
Les discussions entre Washington et Moscou doivent se poursuivre mercredi à Bruxelles, via une réunion Otan-Russie, puis jeudi à Vienne, dans le cadre de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).
(Reportage d’Emma Farge, avec Denis Balibouse à Genève ; Tom Balmforth, Andrey Ostroukh et Andrew Osborn à Moscou ; Doina Chiacu, Mohammad Arshad, Daphne Psaledakis et Simon Lewis à Washington ; version française Matthieu Protard et Tangi Salaün, édité par Bertrand Boucey)
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