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Liban: Manifestation à Beyrouth au deuxième anniversaire de l’explosion dans le port

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par Timour Azhari, Maya Gebeily et Emilie Madi

BEYROUTH (Reuters) – Des milliers de personnes ont défilé jeudi avec émotion à Beyrouth pour marquer le deuxième anniversaire de l’explosion dans le port de la capitale libanaise qui a tué au moins 220 personnes et ravagé des pans de la ville, dénonçant les manquements du gouvernement pour faire la lumière sur la catastrophe.

En marge de ce rassemblement, à quelques centaines de mètres seulement, les restes de plusieurs silos gravement endommagés le 4 août 2020 se sont effondrés, ravivant le douloureux souvenir de la déflagration.

Alors qu’un nuage de fumée se répandait dans l’air, des manifestants incrédules ont protégé leur bouche.

« Voir cette fumée se dégager – particulièrement pour moi qui étais là lors de l’explosion -, déclenche un très mauvais souvenir », a déclaré l’un des manifestants, Samer al Khoury, âgé de 31 ans.

Les manifestants ont démarré leur marche devant le ministère de la Justice, prenant la direction du bord de mer puis du Parlement, dans le centre-ville.

Nombre d’entre eux étaient vêtus d’un tee-shirt sur lequel figuraient des mains ensanglantées.

« Il est important pour moi d’être là aujourd’hui parce qu’il est très important pour nous de demander justice et des comptes pour ce qui s’est passé », a déclaré Stéphanie Moukheiber, une Libanaise de 27 ans résidant au Canada depuis dix ans qui a décidé de passer l’été à Beyrouth.

« Ce qui s’est passé n’est pas une erreur, c’était un massacre. Cela a détruit une ville entière », a-t-elle ajouté.

L’explosion est l’une des plus grandes catastrophes non nucléaires de l’histoire. Elle a été provoquée par des stocks massifs de nitrate d’ammonium conservés sur le port depuis 2013.

« CRIME DU SIÈCLE »

Plusieurs hauts représentants ont été accusés d’être responsables de l’incident mais, à date, aucun d’entre eux n’a dû rendre de comptes – une situation symptomatique, selon certains, de la corruption gangrenant une élite politique blâmée pour la crise économique et politique dans laquelle est plongé le pays.

Une enquête nationale sur les causes exactes de l’explosion – et sur les responsabilités ou les négligences liées à la présence de nitrate d’ammonium – est au point mort depuis des mois.

Le mouvement chiite Hezbollah et son allié, le mouvement Amal, sont les principaux détracteurs de l’enquête, dénonçant la partialité du juge aux commandes qui a inculpé plusieurs politiciens d’Amal et demandé à interrogé d’autres représentants politiques et sécuritaires de haut rang.

Il est reproché à un ministre soutenu par Amal de bloquer l’enquête en refusant de signer un décret administratif.

S’exprimant jeudi soir à la télévision, le chef de file du Hezbollah a déclaré que la solution était le retrait du juge chargé de l’enquête et la nomination d’un autre juge « crédible », alors que le mouvement chiite a publié un communiqué demandant la fin de la politisation de l’affaire.

Plus tôt dans la journée, au cours d’une messe en mémoire des victimes, le plus haut dignitaire religieux chrétien du Liban a « condamné » les entraves à l’enquête nationale et a de nouveau appelé à l’ouverture d’une enquête internationale.

« Que voulez-vous de plus, quoi de plus que ce crime du siècle, pour agir ? », a interrogé Bechara Boutros al-Rai, qui bénéficie d’une influence au sein du système de partage du pouvoir entre communautés religieuses.

« DEUX ANNÉES SANS JUSTICE »

Des familles de victimes ont exhorté le Conseil des droits de l’homme de l’Onu à mettre en oeuvre une enquête internationale. Elles ont manifesté jeudi devant l’ambassade de France à Beyrouth afin de demander à Paris de soutenir l’ouverture d’une enquête externe.

S’exprimant au milieu des manifestants, une chercheuse de l’ONG Human Rights Watch, Aya Majzoub, a accusé la France de bloquer, pour des raisons politiques, les efforts destinés à ouvrir une enquête internationale.

Dans un entretien au journal libanais L’Orient-Le Jour publié mercredi, Emmanuel Macron a indiqué avoir proposé à Beyrouth l’ouverture d’une enquête internationale. « Les autorités (libanaises) ont décidé d’ouvrir une enquête nationale (…) C’est un choix souverain que la France et les pays amis du Liban ont respecté », a dit le président français.

La porte-parole du ministère français des Affaires étrangères a déclaré que « la justice libanaise doit pouvoir travailler et mener à son terme son enquête en toute transparence, à l’abri de toute interférence politique ».

« La France a soutenu à toutes les étapes les investigations sur l’explosion du port, et répondu à l’ensemble des requêtes qui lui ont été adressées dans le cadre de l’enquête libanaise, et continuera de le faire », a-t-elle ajouté lors d’un point presse.

Le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, a déclaré que ce jour marquait « deux années sans justice ». Via Twitter, il a appelé à une enquête « impartiale, approfondie et transparente ».

Omar Jheir, 42 ans, propriétaire d’un café endommagé par l’explosion, a déclaré que « les cicatrices sont toujours là ». « A l’intérieur, à l’extérieur (…) Particulièrement parce que justice n’a toujours pas été rendue. »

(Reportage Timour Azhari, Maya Gebeily et Emilie Madi; version française Jean Terzian)

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