Les habitants du nord d’Israël se détournent de Netanyahu, jugé trop faible face au Hezbollah
par Emily Rose
KIRYAT SHMONA, Israël, 4 juin (Reuters) – Les habitants du nord d’Israël, confrontés aux tirs de roquettes incessants du Hezbollah libanais, se détournent du Likoud et de son chef Benjamin Netanyahu, reprochant au Premier ministre son manque de fermeté face au groupe armé.
Un sondage effectué le mois dernier par l’institut Agam Labs de l’Université hébraïque d’Israël montre que seulement 23% d’entre eux voteraient pour le parti de droite aux prochaines élections législatives, prévues d’ici octobre, contre 35% lors du scrutin de 2022.
La chute de popularité du Likoud est trois fois plus élevée dans le nord d’Israël, qui représente un cinquième de l’électorat, que partout ailleurs dans le pays et environ 70% des personnes sondées disent désapprouver la conduite de la guerre au Liban, bien plus que dans les autres régions.
« On observe un retournement spectaculaire », analyse Nimrod Nir, d’Agam Labs. « C’est pratiquement l’image inversée de ce qu’on a constaté lors des dernières élections, avec deux tiers des sondés disant vouloir voter pour le bloc anti-Netanyahu. »
Alors que Téhéran exige, pour conclure un accord avec les Etats-Unis, l’arrêt de l’offensive israélienne au Liban, qui a repris début mars à l’initiative du Hezbollah après les frappes israélo-américaines contre l’Iran, Benjamin Netanyahu doit louvoyer entre les considérations de politique intérieure et les pressions de Donald Trump pour faire cesser le feu.
Le président américain a déclaré lundi qu’Israël et le Hezbollah étaient convenus d’une désescalade et le Premier ministre israélien a conclu mercredi une trêve avec Beyrouth, laquelle est subordonnée à l’arrêt complet des tirs de la part du Hezbollah et à l’évacuation de tous ses membres de la zone située au sud du fleuve Litani. Mais de nombreux électeurs du Nord réclament la poursuite de la campagne contre le parti-milice chiite jusqu’à son démantèlement.
« C’EST TRUMP QUI DIRIGE »
Pour les habitants de Kiryat Shmona, un ancien centre agricole et touristique prospère mais aujourd’hui décrit comme une « ville fantôme », où environ la moitié des électeurs ont voté pour le Likoud aux dernières élections, la question prioritaire est d’éliminer la menace que représente le « Parti de Dieu ».
« Toute la nuit il y a de fortes explosions », déclare Moshe Yifrah, âgé de 45 ans, qui ne croit pas qu’un cessez-le-feu protégera sa famille. « Avec qui on négocie ça ? Avec des meurtriers qui veulent nous tuer? »
« Je n’ai pas honte de dire que j’ai voté pour ce gouvernement mais il s’avère que celui qui dirige est le président Trump », ajoute-t-il.
Les rivaux de Benjamin Netanyahu dans la perspective des élections accusent le chef du gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël de compromettre la sécurité nationale.
« Le Hezbollah doit être frappé où qu’il soit et l’armée ne doit pas avoir les mains liées », a déclaré lundi l’opposant Gadi Eizenkot, ancien chef d’état-major candidat au poste de Premier ministre, qui s’est rendu une quinzaine de fois dans le nord d’Israël ces dernières semaines.
Après une longue accalmie, le Hezbollah a recommencé à tirer sur le territoire israélien pour soutenir le Hamas face à Israël après les attaques du 7 octobre 2023.
L’armée israélienne a décimé les dirigeants du mouvement et l’a contraint à un cessez-le-feu en novembre 2024, mais les hostilités ont repris le 2 mars, quand le groupe armé chiite parrainé par Téhéran a déclenché de nouvelles frappes en soutien à la République islamique.
Plus de 50 civils israéliens ont été tués par les tirs du Hezbollah depuis octobre 2023, selon l’Institut des études de sécurité nationale de l’Université de Tel Aviv. Au Liban, plus de 7.500 personnes ont été tuées par les opérations militaires israéliennes depuis la même date, selon les autorités libanaises qui ne font pas la distinction entre civils et combattants.
(Avec Avi Ohayon, Rami Amichai, Jean-Stéphane Brosse pour la version française, édité par Benoit Van Overstraeten)
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