Le fils de Mahmoud Abbas brigue un poste de direction au sein du Fatah, selon des sources
RAMALLAH, 5 mai (Reuters) – Yasser Abbas, fils du président palestinien Mahmoud Abbas et homme d’affaires, va sûrement se porter candidat à un poste de direction au sein du parti politique de son père âgé de 90 ans, selon des sources au fait de ses intentions, alors qu’une lutte de succession se profile pour le contrôle de l’Autorité palestinienne.
Dirigeant multimillionnaire d’entreprises de tabac et de construction dans les zones de la Cisjordanie occupée par Israël, où l’Autorité palestinienne exerce une autonomie limitée, Yasser Abbas – ainsi que son frère cadet Tarek, également un homme d’affaires – est accusé de longue date par ses détracteurs d’utiliser des fonds publics pour financer ses activités, ce que les deux hommes nient.
L’incursion en politique de Yasser Abbas, âgé de 64 ans, alimente de nombreuses spéculations au sein des territoires palestiniens selon lesquelles Mahmoud Abbas chercherait à positionner son fils pour lui succéder à la tête de son puissant parti, le Fatah, qui contrôle l’Autorité palestinienne.
Ce scénario suscite des critiques de la part de certains responsables du Fatah, faisant valoir que Yasser Abbas serait incapable d’unifier les Palestiniens ou de les aider à tracer un nouvel avenir politique après des années sans élections nationales ni avancées tangibles vers la création d’un État.
Yasser Abbas, selon des sources au fait de ses projets, devrait briguer l’un des 18 sièges du Comité central du Fatah qui seront en jeu lors d’un congrès du parti organisé à Ramallah, en Cisjordanie, du 14 au 16 mai. Il s’agira du premier rassemblement de ce type depuis près de dix ans.
Yasser Abbas a tenu ces dernières semaines des réunions avec des factions du parti représentant les services de sécurité de l’Autorité palestinienne, ainsi qu’avec des groupes représentant les prisonniers détenus par Israël, un électorat influent dont le soutien pourrait le renforcer lorsque les quelque 2.500 membres votants du Fatah se rendront aux urnes pour élire le Comité.
AUX CÔTÉS DE SON PÈRE À L’INTERNATIONAL
Yasser Abbas accompagne depuis longtemps son père lors de réunions politiques et a notamment participé en 2025 à une visite à Moscou lors de laquelle ils ont rencontré le président Vladimir Poutine et l’Égyptien Abdel Fattah al-Sissi.
Mahmoud Abbas lui a en outre demandé l’an dernier de diriger les affaires libanaises pour l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) afin de superviser les remises d’armes des combattants palestiniens à l’armée libanaise.
Yasser Abbas, qui n’a jamais occupé de fonction officielle au sein du Fatah ou de l’Autorité palestinienne, a refusé d’être interviewé dans le cadre de cet article.
Le bureau de Mahmoud Abbas et les porte-parole de celui-ci n’ont pas souhaité faire de commentaires sur l’éventuel souhait du dirigeant de voir son fils lui succéder à la tête du Fatah ou de l’Autorité palestinienne.
Sabri Saidam, élu au Comité central lors de la dernière conférence du Fatah en 2016, a déclaré que le parti disposait d’un règlement intérieur démocratique permettant à tout membre remplissant les conditions requises de se présenter aux élections de cet organe.
« J’espère voir un renouveau au sein de la direction et un renouveau des capacités du mouvement, afin de se préparer à une phase future qui s’annonce clairement plus complexe et difficile », a-t-il dit.
L’Autorité palestinienne, créée en tant qu’administration intérimaire dans le cadre des accords d’Oslo conclus dans les années 1990 entre Israël et l’OLP, est toujours reconnue à l’international comme la représentante du peuple palestinien.
LUTTE DE SUCCESSION
Depuis l’élection en 2005 de Mahmoud Abbas comme successeur de Yasser Arafat, le charismatique fondateur du Fatah, l’Autorité a vu sa popularité chuter parmi les Palestiniens, qui en sont venus à la considérer comme inefficace et corrompue.
En 2007, l’entité gouvernementale a été chassée de la bande de Gaza par le Hamas, qui y avait remporté une élection sur la base d’un programme anti-corruption. Aucune élection à la tête de l’Autorité palestinienne n’a eu lieu depuis et Mahmoud Abbas gouverne par décret depuis l’expiration de son mandat en 2009.
Le processus de paix censé aboutir à la création d’un État palestinien en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est, est par ailleurs dans l’impasse depuis 2014 et l’expansion des colonies israéliennes a morcelé des zones autrefois appelées à être placées sous contrôle palestinien.
L’Autorité palestinienne a également subi une grave crise financière, aggravée par des coupes drastiques dans l’aide des donateurs américains et du Golfe et par le refus d’Israël de débloquer des recettes fiscales dans le cadre d’un différend concernant des paiements versés par l’entité aux prisonniers incarcérés par l’Etat hébreu en raison d’attentats meurtriers.
L’entrée en politique de Yasser Abbas aggrave encore la lutte de succession pour le contrôle de l’Autorité palestinienne et de l’OLP.
Parmi les successeurs potentiels de Mahmoud Abbas figurent Hussein Al Sheikh, son confident de longue date et vice-président de l’OLP, ainsi que Marwan Barghouti, l’un des leaders des deux intifadas contre Israël de 1987 à 1993 et au début des années 2000, qui jouit d’une grande popularité parmi les Palestiniens bien qu’il soit emprisonné par Israël, notamment pour meurtre, depuis 2002.
« DES BRÈCHES DANS LE NAVIRE DU FATAH »
Un dirigeant du Fatah a qualifié le rôle potentiel de Yasser Abbas au sein du Comité central de « début » et déclaré que l’homme d’affaires chercherait à terme à occuper un poste au sein du Comité exécutif suprême de l’OLP.
« C’est apparemment ce à quoi Yasser Abbas est préparé », a-t-il déclaré, s’exprimant sous le sceau de l’anonymat.
Ses détracteurs au sein du Fatah affirment toutefois que la promotion de Yasser Abbas, qui contrôle l’un des principaux importateurs de cigarettes de Cisjordanie, risque d’accroître encore la méfiance des Palestiniens envers leur gouvernement après des années sans élections nationales.
« Abbas tente de créer des brèches dans le navire du Fatah avant (sa mort) en installant son fils comme héritier de la couronne. Cela devrait être combattu et rejeté par tous les membres du Fatah », a déclaré un autre haut responsable du parti, s’exprimant lui aussi anonymement.
Selon Reham Owda, analyste politique palestinienne, Mahmoud Abbas est peut-être en mesure de promouvoir son fils au sein du Fatah, mais rien ne garantit qu’occuper un poste au sein du parti assurerait à celui-ci un succès dans les urnes.
« Cela ne résout pas la frustration du peuple palestinien, car aucune élection démocratique n’a eu lieu depuis 2006 ; au contraire, cela accroît la frustration, car la population attend avec impatience des élections démocratiques, législatives et présidentielles », juge-t-elle.
(Reportage de Reuters, rédigé par Rami Ayyub, version française Benjamin Mallet, édité par Benoit Van Overstraeten)
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