Le chef du Bureau anti-corruption dénonce une campagne de dénigrement
par Dan Peleschuk
KYIV (Reuters) – Le directeur du Bureau national ukrainien de lutte contre la corruption (NABU) s’attend à de nouvelles offensives contre son agence malgré la décision du président Volodimir Zelensky de revenir sur une loi restreignant son indépendance.
Lors d’un entretien accordé vendredi à Reuters, Semen Kryvonos s’est dit « choqué par l’ampleur des pressions accumulées pour nous détruire » lors du vote de cette loi en début de semaine, adoptée en hâte par une large majorité de députés. « Tout le monde était soudé autour de l’idée de briser notre indépendance », a-t-il dit.
Volodimir Zelensky a annoncé jeudi avoir approuvé un nouveau projet de loi qui sera soumis la semaine prochaine au Parlement en vue de garantir l’État de droit et de préserver l’indépendance des agences anti-corruption, après de vives critiques de la rue et de ses alliés européens suscitées par la loi promulguée cette semaine, qui donnait à l’exécutif davantage de contrôle sur les deux agences anti-corruption du pays, le NABU et le Parquet spécialisé anti-corruption (SAPO).
Mais à l’approche de l’examen de ce nouveau texte devant la Rada, le Parlement monocaméral ukrainien, Semen Kryvonos estime que le NABU reste une cible prioritaire pour des intérêts particuliers qui cherchent à contrecarrer ses efforts contre la corruption.
Il redoute que des acteurs n’intensifient une « campagne de dénigrement » déjà en cours contre son agence via des chaînes Telegram anonymes dénonçant la lenteur ou l’inefficacité du NABU.
Le chef du Bureau national anti-corruption identifie les cercles de résistance aux efforts de son agence à « divers représentants du gouvernement, divers groupes financiers » et souligne que la loi controversée votée en début de semaine a été soutenue par la plupart des élus du parti de Volodimir Zelensky, par des députés d’opposition et des élus entretenant des liens avec d’anciennes formations pro-russes.
Semen Kryvonos estime que le travail de son agence, qui a récemment accusé un ancien vice-Premier ministre d’avoir reçu un pot-de-vin de 345.000 dollars dans le cadre de projets immobiliers, a déclenché cette réaction.
Deux responsables du NABU ont été arrêtés pour des liens présumés avec la Russie et une vingtaine d’autres ont été visés par des perquisitions.
« Tout cela est le résultat du travail systémique du NABU et du SAP, en particulier depuis le début de l’année », déclare Semen Kryvonos, qui ajoute avoir reçu de nombreuses menaces.
Les élites politiques, conclut-il, « doivent cesser de nous considérer comme des ennemis (…) et nous accepter en tant que part importante des institutions ».
(Jean-Stéphane Brosse pour la version française)
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