A Calais, les réfugiés continuent de rêver d’Angleterre malgré la menace rwandaise
Dans un camp de réfugiés improvisé près de Calais, Mohamed, un Kurde irakien de 20 ans, s’applique à confectionner un bateau en papier. Une façon de tuer le temps en s’accrochant à son rêve: traverser la Manche pour entamer une nouvelle vie au Royaume-Uni.
A l’image de la détermination de Mohamed, l’accord conclu par le gouvernement britannique avec le Rwanda pour déporter des demandeurs d’asile dans ce pays d’Afrique de l’Est ne semble pas avoir atteint, pour le moment, son objectif de décourager les traversées entre les plages du nord de la France et les côtes du sud-est de l’Angleterre.
Alors qu’un premier vol à destination de Kigali a été bloqué cette semaine par une décision de la Cour européenne des droits de l’homme, provoquant la fureur de Londres, des réfugiés rencontrés ces deniers jours par Reuters assurent que rien ne les dissuadera de se rendre au Royaume-Uni.
« J’ai entendu dire qu’ils veulent renvoyer les gens en Afrique, au Rwanda. Mais moi je m’en moque », assure Ahmed, qui dit avoir fui le Soudan il y a quatre ans pour ne pas être enrôlé dans l’armée, et être arrivé il y a sept mois à Calais après avoir traversé la Libye, l’Algérie, le Maroc, l’Espagne et la France.
« Je ne veux pas m’inquiéter pas pour ça. Un jour, j’irai en Angleterre. Si, après ça, ils m’envoient au Rwanda, je verrai un autre endroit. Peut-être que je retournerai au Soudan, je ne sais pas. J’ai réussi l’impossible pour arriver jusqu’ici. Qu’est-ce que je peux faire de plus? »
APPRENDRE LEURS DROITS AUX RÉFUGIÉS
Membre de l’association Care4Calais, Claire Moseley juge inhumain de vouloir renvoyer en Afrique des réfugiés qui ont enduré les pires souffrances pour arriver en Europe.
« C’est une situation qui nous inquiète beaucoup, le projet (du gouvernement britannique) est très brutal. Après tout ce qu’ils ont enduré pour arriver ici, trouver la sécurité, la dernière chose dont ils ont envie est d’être renvoyés en Afrique », souligne-t-elle.
Avec d’autres bénévoles, Claire Moseley s’emploie désormais à expliquer aux candidats à la traversée comment se défendre s’ils sont arrêtés en arrivant sur le sol britannique.
« On leur explique quels sont leurs droits dans un centre de détention, comment contacter des avocats… Quand quelqu’un arrive dans un pays étranger, qu’il ne parle pas la langue, comme pourrait-il savoir qui appeler, comment être aidé? », demande-t-elle.
Tamim Omerzai, un Afghan de 24 ans, reconnaît avoir peur de ce qui l’attend, mais davantage pendant la traversée qu’après avoir atteint les côtes britanniques.
Quand on lui demande s’il craint d’être déporté au Rwanda, il hausse les épaules, lui qui a fui le régime des taliban pour rejoindre sa femme et son oncle, réfugiés en Angleterre, où il espère reprendre ses études de commerce.
« Je ne sais pas s’ils vont me sauver ou m’envoyer dans un autre pays. Mais je veux y aller, je veux retrouver ma femme », dit-il d’une voix douce.
(Reportage de Pascal Rossignol, rédigé par Tangi Salaün)
Le Journal Chrétien est un média indépendant financé par des chrétiens comme vous, en accès libre, sans subventions ni publicité. La générosité de la communauté chrétienne garantit notre indépendance.
Aujourd’hui, une poignée de chrétiens rendent possible une information indépendante accessible gratuitement à des millions de personnes sur nos sites, nos applications et notre chaîne de télévision chrétienne.
Chaque article, chaque émission, chaque reportage, chaque enquête existe uniquement grâce à votre générosité. C’est ce qui nous permet de répondre à l’immense soif spirituelle de nos contemporains et ce, avec une exigence de qualité journalistique reconnue, et de donner la parole à ceux qu’on n’entend jamais ailleurs.
Mais aujourd’hui, nous arrivons à un moment décisif. Partout, les médias indépendants sont fragilisés, attaqués, précarisés. Pendant que quelques grandes fortunes verrouillent toujours davantage le paysage médiatique, les médias chrétiens et tous ceux qui refusent de se soumettre sont maintenus sous pression permanente.
Le Journal Chrétien et sa chaîne Chrétiens TV, diffusée sur le canal 246 de la Freebox, n’échappent pas à cette réalité. Oui, nos médias chrétiens pourraient disparaître si nous ne parvenons pas à toucher de nouveaux donateurs dans les prochains mois.
Je soutiens le Journal Chrétien !
Au moment où les milliardaires étendent leur emprise sur l’information, nous pensons au contraire qu’il faut plus de travail de terrain, plus de reportages, plus d’enquêtes, plus de pluralisme, plus de médias chrétiens capables de résister aux pressions religieuses, politiques et économiques. C’est pour cela que nous lançons un appel à la communauté chrétienne.
La question est simple : voulons-nous laisser mourir les médias chrétiens et laisser la presse ainsi que la télévision aux mains des grands groupes privés ?
Si vous lisez les articles du Journal Chrétien, regardez nos émissions sur Chrétiens TV, partagez nos contenus dans les réseaux sociaux ou pensez qu’une autre voix doit continuer d’exister dans le débat public, alors c’est maintenant qu’il faut agir.


