Discussions « actives » à Washington sur le rachat du Groenland, réunion à venir avec le Danemark
WASHINGTON/PARIS, 7 janvier (Reuters) – Donald Trump et ses conseillers en sécurité nationale mènent des discussions actives sur une acquisition du Groenland, territoire semi-autonome intégré au royaume danois, a déclaré mercredi la Maison blanche, tout en soulignant l’engagement du président américain à l’Otan, dont sont membres Etats-Unis et Danemark.
Ces commentaires interviennent sur fond d’inquiétude accrue des Européens à l’égard de la volonté de Donald Trump de prendre le contrôle de l’île de l’Arctique, déjà exprimée par le président américain en 2019 lors de son premier mandat et régulièrement évoquée depuis son retour au pouvoir en janvier dernier, avec l’hypothèse de recourir à la force.
En parallèle, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a déclaré dans la journée qu’il s’entretiendrait la semaine prochaine avec des responsables danois à propos du Groenland, sans signaler une quelconque volonté de Washington de renoncer à prendre le contrôle du territoire.
L’opération militaire des Etats-Unis au Venezuela le week-end dernier, lors de laquelle l’armée américaine a bombardé la capitale Caracas et capturé le président Nicolas Maduro, a exacerbé les craintes du Danemark et de ses alliés européens de voir le Groenland faire face à un scénario similaire.
Une quelconque intervention de l’armée américaine au Groenland, où les Etats-Unis disposent d’une base militaire, provoquerait une onde de choc au sein de l’Otan.
Plusieurs pays européens, au premier rang desquels la France et l’Allemagne, travaillent à l’élaboration d’une réponse commune aux ambitions de Washington envers le Groenland, a fait savoir mercredi le ministre français des Affaires étrangères.
« Quelle que soit la forme des intimidations et quelle que soit leur provenance, nous avons engagé un travail (…) au Quai d’Orsay pour nous préparer à riposter », a déclaré Jean-Noël Barrot sur France Inter, avant la tenue à Paris d’une réunion dit en format « Weimar » avec ses homologues allemand et polonais, précisant que le Groenland serait évoqué lors des discussions.
« Face à ces marques d’intimidation, nous voulons agir, mais agir avec nos partenaires européens », a-t-il ajouté.
« CHAQUE PRÉSIDENT (AMÉRICAIN) CONSERVE L’OPTION MILITAIRE »
Une source gouvernementale allemande a déclaré séparément que Berlin travaillait « étroitement avec d’autres pays européens et le Danemark » sur les prochaines mesures à prendre concernant le Groenland.
Copenhague doit mener les efforts destinés à coordonner une réponse européenne, a dit un représentant européen de haut rang sous couvert d’anonymat, ajoutant que les Danois n’ont pour l’heure pas communiqué le « type de soutien concret qu’ils souhaitent recevoir ».
De par sa localisation stratégique entre l’Europe et l’Amérique du Nord, le Groenland représente depuis des décennies pour les Etats-Unis un site majeur de défense antimissile.
Donald Trump juge le Groenland essentiel à la stratégie militaire américaine et reproche au Danemark de n’avoir pas oeuvré suffisamment à la protection du territoire.
Marco Rubio a annoncé mercredi qu’il rencontrerait la semaine prochaine des responsables danois, tout en rappelant que le président américain dispose de la possibilité de recourir à une intervention militaire pour parvenir à ses fins, même s’il privilégie un rachat du Groenland.
« Si le président identifie une menace pour la sécurité nationale des Etats-Unis, chaque président conserve l’option d’y répondre par des moyens militaires », a déclaré le secrétaire d’Etat américain devant les journalistes à Washington.
« En tant que diplomate (…), ce sur quoi nous travaillons, c’est plutôt de régler la situation de manière différente – cela inclut le Venezuela », a-t-il ajouté en réponse aux questions sur l’hypothèse que Washington mette en péril l’Otan en recourant à une option militaire au Groenland.
La Maison blanche a répété dans la journée que « toutes les options » étaient étudiées à propos de l’île de l’Arctique.
L’acquisition du territoire est discutée « activement » par Donald Trump et ses conseillers en sécurité nationale, a ajouté la porte-parole de la présidence américaine, Karoline Leavitt, lors d’un point de presse régulier.
UN SCÉNARIO SIMILAIRE AU VENEZUELA « ÉCARTÉ », SELON BARROT
Une intervention militaire est « toujours une option », avait dit mardi la Maison blanche, alors même que des dirigeants européens, dont le président français Emmanuel Macron, ont marqué leur soutien au Danemark et au Groenland.
Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a déclaré mercredi que l’Union européenne soutenait le Groenland et le Danemark, ajoutant que le bloc communautaire n’accepterait aucune violation du droit international, où que ce soit.
Selon deux personnes informées de la question, des représentants de l’administration Trump envisagent différentes approches à l’égard du Groenland. Marco Rubio a effectué lundi soir un compte-rendu classifié auprès des chefs de file du Congrès pour les informer que l’objectif était de racheter l’île au Danemark, ont dit les sources.
Jean-Noël Barrot a laissé entendre mercredi matin que l’hypothèse d’une intervention militaire américaine avait été écartée par Marco Rubio. « Moi même j’étais hier au téléphone avec le secrétaire d’Etat (…), il a écarté qu’on puisse imaginer que se produise au Groenland ce qui vient de se produire au Venezuela », a-t-il dit sur France Inter.
Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Lokke Rasmussen, et son homologue groenlandaise, Vivian Motzfeldt, ont demandé à rencontrer rapidement Marco Rubio pour discuter de la situation.
« Nous aimerions ajouter une certaine nuance dans la conversation », a écrit Lars Lokke Rasmussen sur les réseaux sociaux. « La cacophonie doit être remplacée par un dialogue plus sensible. Dès maintenant », a-t-il ajouté.
Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, a exhorté Donald Trump à mettre en sourdine ses velléités d’annexion de l’île.
(Daphne Psaledakis, Jeff Mason, Patricia Zengerle, Simon Lewis, Trevor Hunnicutt et Susan Heavey à Washington, John Irish à Paris, Andreas Rinke à Berlin, Anne Kauranen à Helsinki, Stine Jacobsen, Tom Little et Soren Sirich Jeppesen à Copenhague, Terje Solsvik et Nerijus Adomaitis à Oslo; version française Jean Terzian, édité par Tangi Salaün et Nicolas Delame)
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