Un fonds de crise européen de €430 mds pourrait financer la défense, dit son chef
par John O’Donnell
FRANCFORT, 30 janvier (Reuters) – Un fonds de crise européen doté d’une capacité de plus de 430 milliards d’euros pourrait servir à financer des projets de défense, a déclaré à Reuters le directeur général du Mécanisme européen de stabilité (MES), Pierre Gramegna, alors que l’UE s’efforce de renforcer ses capacités militaires.
Pierre Gramegna a précisé que le MES pourrait accorder des lignes de crédit pour des dépenses de défense et n’exigerait pas en contrepartie de réformes économiques strictes, en partie afin d’éviter toute stigmatisation pouvant résulter d’un recours à ce fonds d’urgence destiné aux Etats membres de la zone euro.
« En cette période de troubles géopolitiques, qui ont entraîné une augmentation des dépenses et des coûts de défense pour tous les pays, nous devons exploiter tout le potentiel du MES », a-t-il dit.
Pierre Gramegna a évoqué l’utilisation de lignes de crédit pour la défense pour les pays en bonne santé financière mais dont les budgets sont tendus, en particulier les petits Etats de la zone euro.
« Nous disposons d’instruments », a-t-il déclaré. « Il est dans l’intérêt de l’Europe (…) d’utiliser tout le potentiel. »
« Il est évident que la relations entre l’Europe et les États-Unis devient de plus en plus cahoteuse », a également souligné le directeur général du Mécanisme européen de stabilité.
Un tel soutien financier aurait une importance symbolique, car il réorienterait un fonds créé à l’origine au plus fort de la crise de la dette dans la zone euro pour éviter l’effondrement des économies nationales et des banques, ainsi que pour soutenir la monnaie unique.
L’hostilité ouverte du président américain Donald Trump envers l’Europe oblige ses dirigeants politiques à rechercher de nouveaux moyens de défendre la région contre toute agression russe.
« REDÉCOUVRIR LE POTENTIEL DE CET INSTRUMENT »
Les propos de Pierre Gramegna suggèrent une volonté d’utiliser les vastes réserves européennes pour renforcer les pays de la zone euro, en particulier les petits pays baltes limitrophes de la Russie, même si les prêts doivent d’abord être approuvés par ses 21 Etats membres.
Seuls les pays de l’eurozone pourraient obtenir ces prêts, mais le MES ne mentionne pas explicitement la défense dans ses missions et un tel changement nécessiterait l’accord des États membres, y compris des pays militairement neutres comme l’Autriche, Chypre, Malte ou l’Irlande.
Les tentatives de l’Europe visant à renforcer ses défenses, quatre ans après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, ont pris un caractère plus urgent depuis que Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane aux pays rejetant son projet de prendre le contrôle du Groenland, un territoire danois.
Pierre Gramegna a laissé entendre que le MES, créé pendant la crise de la dette pour prêter à des pays comme la Grèce mais devenu depuis largement superflu, pourrait jouer un rôle.
« C’est l’un de nos instruments », a-t-il déclaré au sujet de l’utilisation de lignes de crédit dites « préventives » pour financer la défense. « Il est disponible. Nous devons redécouvrir le potentiel de cet instrument. »
« Il faut garantir que ce mécanisme (…) soit utilisé pour les dépenses de défense », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il ne serait pas assorti de conditions draconiennes. « L’objectif ici est d’éviter que ce type d’outil ne soit associé à une restructuration de l’économie. »
Ces déclarations redonnent vie à l’idée d’une « ligne de soutien à la défense » suggérée précédemment par l’ancien Président du conseil italien Enrico Letta, consistant à prêter jusqu’à 2% du PIB d’un pays à des taux d’intérêt bas pour des dépenses de défense.
Le MES avait mis en place un plan de soutien d’un maximum de 240 milliards d’euros pendant la pandémie de COVID, pour aider les pays à financer leurs dépenses de santé, qui n’a finalement pas été utilisé.
« L’IMPULSION DOIT VENIR DES PAYS MEMBRES »
Les États baltes, à savoir la Lituanie, l’Estonie et la Lettonie, pourraient cette fois en bénéficier après avoir presque quadruplé leurs dépenses de défense depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, pour atteindre environ 5% de leurs PIB, en empruntant massivement.
Ces pays, qui ont des frontières communes avec la Russie et son proche allié, la Biélorussie, ont subi un nombre croissant d’opérations de sabotage que leurs autorités imputent à la Russie.
Ils ont aussi emprunté des milliards d’euros dans le cadre du programme de prêts SAFE de l’UE – largement sursouscrits – pour des projets de défense. En vertu de ce programme, l’UE emprunte conjointement de l’argent sur les marchés pour le prêter à prix coûtant aux gouvernements de ses Etats membres afin de financer des dépenses de défense. L’aide du MES fonctionnerait de manière similaire.
S’ils étaient mis en place comme le soutien à la pandémie, ces prêts auraient un poids considérable dans toute l’UE. Alors que le PIB de l’Estonie était d’environ 40 milliards d’euros en 2024, 2% de ce montant serait inférieur à 1 milliard.
Pierre Gramegna a déclaré que les Etats pourraient faire des « demandes collectives », ce qui éviterait toute stigmatisation liée à une demande d’aide auprès du MES. « L’impulsion doit venir des pays membres », a-t-il déclaré.
(Avec Andrius Sytas à Vilnius et Jan Strupczewski à Bruxelles, version française Benjamin Mallet)
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