Paris demande à Bruxelles de « sévir » contre Shein
PARIS (Reuters) -La France a demandé à la Commission européenne de « sévir » et de prendre des sanctions contre la plateforme chinoise de vente en ligne Shein, qui fait l’objet d’une procédure de suspension par le gouvernement français.
« La Commission européenne doit sévir, elle ne peut plus attendre », a déclaré jeudi le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot au micro de franceinfo.
« Il faut que la Commission prenne des sanctions, elle peut aller jusqu’à 6% du chiffre d’affaires mondial, ce qui n’est pas neutre. »
Dans une lettre envoyée à la Commission européenne, le ministre de l’Economie Roland Lescure et la ministre chargée du Numérique Anne Le Hénanff ont demandé à Henna Virkkunen, vice-présidente de l’exécutif européen, chargée de la souveraineté technologique, de prendre des mesures contre la plateforme chinoise.
« La France appelle la Commission européenne à se saisir pleinement de ces prérogatives, y compris à travers l’édition de mesures provisoires à l’encontre de la plateforme, et à conduire sans délai des investigations permettant de faire la pleine lumière sur les dysfonctionnements ayant conduit à la commercialisation d’objets illégaux sur cette plateforme », écrivent les deux ministres dans cette lettre.
Un porte-parole de la Commission européenne a dit prendre note de la demande de Paris et affirme être en contact avec les autorités françaises et Shein, tout en ajoutant ne pas envisager la suspension de quelque plateforme que ce soit à l’échelle européenne.
Shein n’a pas répondu dans l’immédiat à une demande de commentaire.
Le gouvernement a annoncé mercredi avoir engagé une procédure de suspension des ventes en ligne de Shein en France, donnant au géant chinois 48h pour se mettre en conformité avec la législation française.
Cette procédure est intervenue quelques heures à peine après l’ouverture par Shein de son premier magasin physique au BHV à Paris et en pleine polémique sur la nature des objets disponibles sur son site internet français, notamment des poupées à caractère pédopornographique et des armes.
La plateforme a de son côté dit avoir suspendu les activités de sa « marketplace » le temps de procéder à un examen exhaustif des produits vendus par des tiers sur sa plateforme et de vérifier qu’ils respectent ses propres normes ainsi que la législation française.
Le site de Shein était toujours accessible jeudi en France, bien que les produits affichés se limitent à la gamme de vêtements de la marque chinoise, les jouets, peluches et produits de maison n’y figurant plus.
MOBILISATION EUROPÉENNE
Dans le cadre de la procédure de suspension engagée par le gouvernement, la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, s’est déplacée à l’aéroport de Paris Charles de Gaulle où la douane procède à la vérification « depuis 24h » de 200.000 colis envoyés par Shein.
« Tous les produits non conformes qu’on détecte, quelle que soit leur nature, et aussi abjects et dangereux soient-ils, alimentent cette procédure », a-t-elle déclaré devant des journalistes, appelant à une mobilisation européenne.
« Ensuite, au bout de 24h, la plateforme peut elle-même répondre. Si elle répond de manière non convaincante, 48 h donc après le début de l’enclenchement de la procédure, le site est fermé. Donc ce que nous contrôlons ici, c’est de nous assurer d’avoir les éléments de preuve de la nature de cette non-conformité. »
La fédération allemande du commerce de détail (HDE) a fait écho à l’appel de Paris, demandant de Bruxelles une position plus offensive contre Shein.
« Les violations des lois et régulations doivent avoir des conséquences », a déclaré à Reuters le secrétaire général de la HDE, Stefan Genth.
La plateforme chinoise devrait être « aussi transparente que possible et, si besoin, corriger la trajectoire », estime Gunther Oettinger, ancien commissaire européen qui conseille désormais Shein.
« Il est clair que les produits doivent se conformer aux standards de l’UE, peu importe qui les vend ou les produit », a-t-il déclaré auprès de Reuters.
« Je suis sûr que Shein prend cela très sérieusement, vous pouvez voir que les produits ont déjà été retirés. »
Shein est désigné comme une « très grande plateforme en ligne » au titre du règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA) qui confère à l’exécutif européen le pouvoir d’enquêter sur d’éventuelles infractions à la législation.
La Commission européenne peut infliger des amendes pouvant atteindre 6% du chiffre d’affaires annuel mondial d’une entreprise en cas de violation avérée du DSA.
Le géant chinois revendique 146 millions d’utilisateurs mensuels dans l’UE et a réalisé un chiffre d’affaires mondial de 37 milliards de dollars en 2024, selon le dernier rapport déposé par sa société mère Roadget Business Pte Ltd à Singapour.
(Rédigé par Zhifan Liu, avec Helen Reid à Londres, édité par Benjamin Mallet et Blandine Hénault)
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