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L’Europe confrontée à la dure réalité économique de l’impact du changement climatique

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par Balazs Koranyi

FRANCFORT, 10 août (Reuters) – Les vagues de chaleur de cet été ont fait prendre conscience que les répercussions économiques du changement climatique sur l’Europe ne sont pas pour les générations futures mais bien pour maintenant au vu des conséquences brutales des conditions météorologiques extrêmes.

Les températures record ainsi que des taux de sécheresse inédits – des phénomènes exacerbés, selon les scientifiques, par le réchauffement climatique mondial – ont mis à mal les secteurs de l’électricité, du transport maritime et de la santé publique, et ont été à l’origine de la pire saison des feux de forêt que l’Europe ait jamais connue.

Au total, l’impact sur l’économie ​européenne se chiffre déjà en centaines ‌de milliards d’euros, selon les estimations des économistes et des chercheurs. Mais ceux-ci préviennent que ce n’est qu’un ​début, car les coûts devraient augmenter plus ⁠rapidement que les températures.

Le climat se réchauffe plus rapidement en Europe que sur tout autre continent, une évolution qui pèse déjà sur les ‌finances publiques, qui provoquent de fortes fluctuations de ‌l’inflation, redessinent la carte du tourisme et obligent l’Union européenne à repenser ses modes de production d’énergie et de transport des marchandises.

Ces canicules ont également coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes, notamment en Allemagne avec plus de 10.000 décès.

« Ce qui rend l’année 2026 particulièrement inquiétante d’un point de vue économique, c’est la multiplication des épisodes extrêmes », a déclaré Sehrish ​Usman, économiste à l’université de Mannheim.

DES DOMMAGES ÉCONOMIQUES RECORDS DUS À LA CHALEUR

Les estimations de rendements agricoles ont été revues à la baisse, avec des récoltes tardives, telles que le maïs et le tournesol, ayant subi une perte de 6 à 7% en juillet.

Le trafic sur le Rhin et le Danube, artères fluviales essentielles pour le transport de marchandises, est fortement limité en raison des faibles niveaux d’eau. Parallèlement, les coûts des mesures d’urgence, telles que la lutte contre les incendies ou la réduction de la consommation d’électricité, pèsent encore davantage sur les budgets.

La banque ING estime que l’arrêt de la navigation sur le Rhin fera baisser le PIB (produit intérieur brut) de ⁠l’Allemagne, troisième économie mondiale, de 0,3 point de pourcentage cette année, tandis que l’établissement bancaire hongrois MBH prévoit une baisse de 0,1 point de pourcentage pour chaque semaine d’arrêt de la plus grande centrale nucléaire ⁠du pays.

Selon Allianz, l’assureur allemand, le changement climatique fera reculer la croissance de 5 à 7% d’ici 2030 pour les économies les plus exposées, telles que l’Espagne, la France et l’Italie.

« Le bilan total pour cette année sera bien plus lourd », a déclaré Hazem Krichene, économiste chez Allianz. « Ce chiffre ne tient pas compte des incendies, des sécheresses, des différentes inondations ni du phénomène El Niño attendu »

Selon Sehrish Usman, l’impact économique « s’amplifie au cours des années suivantes, car les phénomènes météorologiques extrêmes déclenchent une série de conséquences économiques à long terme ».

Il prévoit que l’ampleur réelle des répercussions sur l’économie ne se fera sentir que plus tard.

LE SUD DE L’EUROPE CONNAÎTRA ⁠UNE BAISSE DU ‌TOURISME ET UNE HAUSSE DE L’INFLATION

Les pics de température dans le sud de l’Europe pourraient contribuer à réduire les recettes touristiques de la région, aggraver les ⁠mauvaises récoltes et favoriser l’émigration.

Les touristes seraient accueillis tout au long de l’année, mais privilégieraient les pays du nord durant la période estivale, ​ce qui porterait un coup ​dur au secteur de l’hôtellerie et de la restauration, d’après Carsten Brzeski, économiste chez ING.

Selon les estimations de Maximilian Kotz, chercheur au Centre de supercalcul de Barcelone, la canicule de 2022 a fait grimper l’inflation ​de la zone euro de 0,34 point de pourcentage en raison de la hausse des prix des denrées alimentaires, le sud ayant été touché de manière disproportionnée.

Par ailleurs, l’interruption du transport fluvial complique l’acheminement du carburant vers certaines régions d’Europe, ce qui accentue les écarts de prix.

LES ‌PRESSIONS BUDGÉTAIRES LIEES A LA VAGUE DE CHALEUR ​METTENT LA BCE SOUS PRESSION

La baisse des recettes fiscales annuelles due à la perte de production pourrait atteindre 1,8% en France et 1,3% en Italie et en Espagne, selon Allianz.

Les marges bénéficiaires des entreprises ​vont également diminuer, ce qui freinera les investissements et aggravera les pertes économiques.

Dans le même temps, les coûts grimpent en flèche, à la fois parce que les gouvernements doivent financer les mesures d’urgence et investir, notamment pour pérenniser la production d’électricité ou les réseaux de transport.

« L’une des principales préoccupations est que les pays s’appuient encore beaucoup trop sur des mesures d’urgence ponctuelles, qui sont à la fois coûteuses et souvent assez inefficaces », a déclaré Heather Grabbe, chercheuse au think tank Bruegel.

Les investisseurs pourraient toutefois s’y opposer si les gouvernements tentaient d’augmenter leurs dépenses. Les niveaux d’endettement sont déjà élevés et les pays doivent investir dans la défense et la transition vers les énergies vertes.

Ce dilemme pourrait impliquer la Banque centrale européenne, qui ⁠a racheté des milliers de milliards d’euros de dette souveraine au cours de la dernière décennie afin de maintenir les coûts d’emprunt à un niveau bas lorsque l’inflation était trop faible.

« Face à une liste aussi longue de dépenses nécessaires, la tendance sera à l’augmentation de la dette publique », a déclaré Carsten Brzeski. « Cela exercera alors une pression sur ​la BCE pour qu’elle intervienne et renforce son assouplissement quantitatif, en cas de vente massive soudaine sur les marchés obligataires ».

(Rédigé ​par Balazs Koranyi ; Version française Rihab Latrache ; édité par Benoit Van Overstraeten)

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